email print share on facebook share on twitter share on google+

TORONTO 2018 Discovery

Soudade Kaadan • Réalisatrice

“Vous ne savez pas à quel point vous êtes traumatisé jusqu'au moment où vous partez"

par 

- TORONTO 2018 : Entretien avec la Syrienne de naissance française Soudade Kaadan sur Le Jour où j'ai perdu mon ombre, gagnant du Lion du futur à Venise, au programme dans la section Discovery

Soudade Kaadan  • Réalisatrice

La réalisatrice syrienne de naissance française Soudade Kaadan a remporté le Lion du futur du meilleur premier long-métrage à Venise avec le captivant récit proche du réalisme magique Le Jour où j'ai perdu mon ombre [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Soudade Kaadan
fiche film
]
, qui se passe en Syrie en 2012, au moment où la guerre civile a éclaté. Ce film dramatique, où l'on suit une mère séparée de son fils tandis qu'elle cherche du gaz pour sa cuisinière, a aussi été programmé dans la section Discovery du Festival de Toronto. Il sera bientôt en compétition au Festival de Londres

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Cineuropa : Qu'avez-vous ressenti quand vous avez reçu le prestigieux Lion du futur ?
Soudade Kaadan :
Ce prix représente beaucoup pour moi. C'est une reconnaissance des sept années que nous avons passées, mon équipe et moi, à nous battre pour faire le film, et comme le film ne parle pas de la Syrie de manière évidente, c'est aussi une reconnaissance du fait que nous pouvons raconter des histoires différentes au sujet de la Syrie, que nous ne sommes pas obligés de faire du reportage et présenter nos histoires comme s'il s'agissait de cinq minutes d'actualités en résumé. Cela prouve aussi que parfois, la vie peut être juste et que quand on emprunte un sentier moins battu, on peut se retrouver avec un Lion du futur. 

Le film s'inspire de vos propres expériences mais il est raconté d'une manière qui évoque le réalisme magique, de sorte qu'on se demande dans quelle mesure le récit est fictionnel.
Je pense que déterminer la part de réalité et la part de fiction dans n'importe quel récit est compliqué. Le film mélange des approches empruntées au cinéma documentaire et au cinéma de fiction. Beaucoup de scènes sont inspirées de faits qui sont vraiment survenus en Syrie. J'ai vécu là-bas, j'ai fait des recherches sur ce qui s'est passé, et c'est l'histoire de mes amis, de ce que j'ai entendu et de ce qui s'est passé dans le pays. Cependant, encore une fois, l'idée de perdre son ombre, par exemple, ne vient pas de faits réels. 

La mère du film essaie de continuer à vivre son quotidien normalement, mais elle est débordée par les événements. On diraît qu'elle essaie d'ignorer la guerre jusqu'à ce que cette dernière la rattrape.
Je pense que ce qui se passe quand vous vivez en Syrie, ou n'importe quelle zone de guerre, c'est que vous ne savez pas à quel point vous êtes traumatisé, combien tout cela vous affecte, jusqu'au moment où vous partez. Après, on se rend compte de ce qui nous arrive en tant que personne mais quand on est dans le moment, on essaie juste de survivre au jour le jour, dignement, et de terminer la journée encore vivant.

Comment le motif de l'ombre vous s'est-il présenté ?
J'étais en Syrie en 2011, quand les manifestations ont commencé. Les événements ont débuté comme un mouvement populaire et puis soudain, il y a eu une escalade de la violence si rapide qu'on est tombés dans la guerre civile. Je voulais faire un documentaire sur ce qui se passait, mais à ce moment précis, j'étais incapable de filmer. Je me demandais comment je pourrais être objective, prendre une caméra et filmer ce qui se passait, alors j'ai arrêté de filmer. Peut-être que j'étais sous l'effet d'une sorte de traumatisme. Alors, je me suis mise à regarder comment d'autres artistes avaient écrit, filmé et peint la guerre et j'ai trouvé des images d'Hiroshima au lendemain du jour où la bombe nucléaire a non seulement détruit la ville, mais aussi brûlé les gens pour en faire des ombres. Les images étaient très choquantes, mais je pouvais m'y rapporter. À ce moment-là, je me suis dit : "Je ressens la même chose par rapport à Damas. C'est ça qui est en train de se passer : nous marchons, mais sans ombre derrière nous".

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi