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Zaida Bergroth • Réalisatrice de Maria's Paradise

"Mon film parle de la relation entre amour et pouvoir"

par 

- Nous avons rencontré la réalisatrice finlandaise Zaida Bergroth, dont le prochain long-métrage, le drame historique Maria’s Paradise, est en cours de montage

Zaida Bergroth  • Réalisatrice de Maria's Paradise

Maria’s Paradise [+lire aussi :
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, le nouveau long-métrage de la réalisatrice finlandaise Zaida Bergroth, se déroule dans les années 1920 et raconte l’histoire de Maria Åkerblom (interprétée par Pihla Viitala), prêcheuse etdirigeante du mouvement finlandais Åkerblo, un mouvement évangélique considéré comme une secte. Le film a été produit par Komeetta et ses ventes sont assurées par LevelK (pour en apprendre davantage, cliquez ici). Alors que le film est en montage, nous avons discuté avec Bergroth.

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Cineuropa : Avant ce film, la période la plus lointaine que vous ayez évoquée est la décennie 1970 (c'était dans votre premier long-métrage, Last Cowboy Standing [+lire aussi :
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). Ce film représentait-il un grand défi pour vous ?
Zaida Bergroth : Je pense que c’était surtout stimulant. Bien qu’il ait lieu dans les années 1920, le film se déroule essentiellement dans une seule villa. C’est l’univers de Maria. Ainsi, nous avons pu créer un monde à nous, en quelque sorte. Je ne voulais pas faire un film historique étouffant. Il fallait qu’il soit aéré et féerique. J’ai eu la chance de travailler avec une excellente équipe, qui a su créer des costumes et des décors correspondant à ma vision. Leur travail m'a beaucoup inspirée. 

Lorsque je lis des choses sur les cultes ou le sectes, j'en deviens claustrophobe. Les personnes s’isolent de plus en plus.
Je pense que Maria était entourée de quelques centaines de personnes. Notre film retrace l’installation du groupe à Helsinki vers 1927 ainsi que les difficultés qu’ils pu ont rencontrer – Maria se heurtait notamment à tous ceux qui s’opposaient à elle. Mon film parle de la relation entre amour et pouvoir. Je peux comprendre le côté délectable de l’obéissance passive, du fait de donner toute la responsabilité à quelqu’un d’autre. C’est presque libérateur. Dans notre histoire, le personnage principal, Salomé, a un vif besoin de se sentir acceptée par Maria, ce qui peut être très dangereux, car on peut vraiment se perdre dans cette quête d’approbation. Quand elle commence enfin à douter de Maria, cela marque un tournant dans son parcours. Dans un sens, c'est une histoire de passage à l'âge adulte.

Il est rare qu’une femme dirige une secte. Quelles étaient ses méthodes ?
Ce qui la distinguait, c’est qu’elle faisait de ces réunions de véritables spectacles. Elle apportait un lit à l’église, portait une robe de nuit et arborait quelques fleurs dans ses cheveux. Elle voulait avoir l’air innocente, telle un ange de Dieu. C’était une actrice, en quelque sorte, une actrice qui parlait d’un avenir meilleur, une approche qui était très efficace à l’époque, juste après la guerre civile finlandaise. Elle décrivait des lieux paradisiaques dans lesquels ils s’installeraient, comme Jérusalem.

Maria contrôlait ses disciples en les persuadant qu’elle pouvait voir en eux et qu’elle était une messagère venue du Ciel. Elle était très douée psychologiquement : elle devinait les peurs des autres et n’hésitait pas à les utiliser à son avantage. Son histoire m’a touchée, car elle venait d’un milieu très pauvre. Maria avait été donnée quand elle avait cinq ans pour servir dans différents foyers, et son avenir n’était pas brillant. Peu importe ses intentions, la manière dont elle a pu changer son destin est captivante. 

On dirait une histoire de survie.
C’est une belle façon de le formuler. On ignore ce qu’elle a pu ressentir. Je ne sais pas si elle croyait vraiment être une messagère, mais elle était tellement convaincante qu’elle a probablement fini par croire ce qu’elle prêchait. Je me suis sentie interpellée par cette fille qui avait besoin d’amour, comme nous tous, mais à qui personne n'accordait cette affection, et qui a donc forcé ses disciples à lui en donner. Elle exigeait loyauté et attention, ce dont personne ne peut se passer. Face au refus, elle devenait dangereuse. C’est déchirant de voir que malgré tout ce pouvoir, elle n’avait aucune chance de connaître le véritable amour.     

Comment a-t-elle abordé sa sexualité? Lorsqu’il s’agit de religion, les femmes doivent faire preuve d’une grande prudence.
On dit qu’elle utilisait habilement sa sexualité. Elle attirait les hommes comme les femmes, grâce à son caractère audacieux. Elle avait le pouvoir d’imposer les mariages entre ses disciples et de nommer leurs enfants. Quand elle choisissait quelqu’un pour la rejoindre au lit, elle se contentait de lui prendre la main. Elle a néanmoins obtenu un faux justificatif médical qui prouvait sa virginité, afin de souligner encore une fois sa pureté. C’est un mystère, mais dans mon film, elle n’avait pas peur de se rapprocher des autres. Maria utilisait l’intimité, mais aussi l’amour maternel – qu’elle offre notamment à Salomé. Il y a toutefois un élément étrange, presque érotique.

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(Traduit de l'anglais par Loubna Mairfate)

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