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COTTBUS 2018

Andrea Sedláčková • Réalisatrice de Backstage

"Ces concours de talent sont encore pire que ce que nous montrons. C'est un univers impitoyable"

par 

- Nous avons interrogé la réalisatrice-scénariste tchèque Andrea Sedláčková sur son film Backstage, au programme du Festival de Cottbus

Andrea Sedláčková  • Réalisatrice de Backstage

La réalisatrice-scénariste tchèque Andrea Sedlackova est au Festival du film de Cottbus pour présenter son dernier long-métrage, Backstage [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Andrea Sedláčková
fiche film
]
, auquel ont collaboré des acteurs et des danseurs professionnels et amateurs. Le film lui a permis de se plonger dans l'univers de la musique hip-hop, univers qui lui était jusqu'alors complètement étranger. Backstage est une coproduction entre la République tchèque et la Slovaquie.

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Cineuropa : D'où est venue l'idée du film ?
Andrea Sedlackova : Ce sont les producteurs qui m'ont proposé le scénario. Au début, le film racontait l'histoire d'un garçon handicapé amoureux d'une danseuse, Mary, mais après plusieurs années de récriture, l'histoire s'est tournée vers Mary, la troupe de danse, et leur participation au concours télévisé. J'ai tout de suite aimé le scénario, car il était complètement différent de ce que j'avais fait jusque-là. Les films consacrés à la danse sont plein de poésie. La sensibilité visuelle est l'alpha et l'oméga de ce genre de film. Moi qui n'avais jusqu'alors tourné que des films psychologiques, j'ai aimé emprunter ce nouveau mode d'expression pour décrire un univers complètement différent : celui du hip-hop, art pratiqué par les jeunes générations issues de toutes les couches de la société et qui est, en quelque sorte, l'expression naturelle d'un besoin de liberté et d'accomplissement personnel.

Comment avez-vous trouvé les personnages principaux ?
Comme toujours : en passant par un long casting. Pour ce film, c'était d'autant plus difficile que les personnages principaux devaient non seulement être d'excellents acteurs mais également d'excellents danseurs. La difficulté a été de faire collaborer des acteurs professionnels et des amateurs dont les rôles se résumaient à celui de danseurs. Le jeu des danseurs est authentique mais bien différent de celui des acteurs professionnels. 

L'endroit où les personnages principaux répètent existe-t-il vraiment ?
Oui, c'est une gare située dans les Hautes Tatras. Nous l'avons trouvée par hasard. Je voulais des héros originaires d'une petite ville industrielle au pied des montagnes. Nous avons fini par trouver ce que nous cherchions à Svit, ville d'une beauté saisissante et qui, de surcroît, possède également une magnifique gare avec un superbe hall.

Comment avez-vous imaginé le personnage d'Hugo ?
J'ai essayé de faire en sorte qu'Hugo soit émouvant et vrai.

Au sein du groupe d'amis que montre le film, deux jeunes sont issus d'une famille de Roms. Quel est leur statut dans la société slovaque ?
Je ne vis pas en Slovaquie. Comme je suis tchèque, je n'ai pas une vision globale de la situation. Cela dit, il me semble que leur situation est assez compliquée. Beaucoup d'entre eux vivent dans des ghettos et n'ont pas la chance de pouvoir se construire une vie sociale ordinaire, mais il y a aussi de nombreux Roms qui mènent une vie parfaitement normale, comme nos deux acteurs.

Quelle relation entretiennent la Slovaquie et la République tchèque ?
Depuis la scission, la situation s'est nettement améliorée. Les Slovaques sont heureux d'avoir retrouvé leur indépendance et les Tchèques ont fini par comprendre qu'ils avaient leur propre histoire et leur propre vie. Dans l'industrie du film, notre collaboration est très importante. Beaucoup de réalisateurs et cameramen slovaques travaillent à Prague et inversement, nombreux sont les réalisateurs et cameramen tchèques qui travaillent à Bratislava.

Quelle forme ont ces émissions de "télé-crochets" et de "télé-réalité" en Slovaquie ?
Lorsque j'ai lu la première mouture du scénario, je pensais que la description que l'auteur faisait de ces émissions était exagérée. Je ne pensais pas que cela pouvait être aussi terrible. Et puis j'ai rencontré des gens qui travaillaient dans ce milieu (des réalisateurs, des chorégraphes, des membres du jury) et j'ai découvert que la réalité était encore pire, que c'était vraiment un univers impitoyable. Comme le film le montre, la plupart du temps, les concours sont en partie faussés : les vainqueurs ne sont pas toujours les plus talentueux. Ce sont souvent ceux qui attirent le spectateur, que ce soit par leur histoire ou par exemple par leur calme, qui impressionne le public et lui permet de s'identifier. La préférence du public se porte souvent sur les candidats les plus faibles, et les producteurs en sont conscients. C'est pour cela que ces candidats parviennent souvent jusqu'en finale, même s'ils ne le méritent pas vraiment. J'ai également pu assister au tournage de ces concours, aller en coulisse et prendre des notes. Par exemple, certains dialogues entre les membres du jury sont inspirés de la réalité.

(Traduit de l'anglais par Karine Breysse)

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