email print share on facebook share on twitter share on google+

Adam Price • Showrunner

”Je rêve que l’on mette sur pied une version européenne de Netflix, pour raconter nos histoires”

par 

- Rencontre avec l’auteur et showrunner danois Adam Price, créateur de Borgen et Ride Upon a Storm, invité d’honneur du Festival bruxellois Are You Series?

Adam Price • Showrunner

Rencontre avec l’auteur et showrunner danois Adam Price, créateur de Borgen et Ride Upon a Storm, invité d’honneur du Festival bruxellois Are You Series? 

Cineuropa : Quel est votre background ?
Adam Price :
Mes deux parents étaient comédiens et metteurs en scène, essentiellement pour le théâtre, mais ils ont un peu fait aussi du cinéma et de la télé. Pourtant, j’ai commencé à étudier le droit, je voulais être avocat. Mais en parallèle, je travaillais pour gagner un peu d’argent en écrivant des petits choses pour le théâtre et la télé, jusqu’à de que la télévision danoise DR m’offre un contrat de 6 mois pour écrire un show satirique… 

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Vous avez toujours voulu écrire pour la télévision plutôt que le cinéma ?
J’ai beaucoup écrit pour le théâtre, et je continue à le faire. C’est le vaisseau amiral de la fiction, le théâtre. J’ai un peu écrit pour le cinéma, mais mon travail s’est surtout fait à la télévision. Il faut dire aussi que l’on vit un âge d’or des séries télévisées. Je me sens très chanceux de faire partie de ce mouvement, j’ai l’impression qu’il n’y a pas de limites aux histoires que l’on peut raconter aujourd’hui à la télévision.

D’où vient l’histoire de Borgen ?
Ma génération a toujours été accusée d’être apolitique. C’est la génération de mes parents qui a fait la révolution, qui a changé la société. Nous, nous étions les enfants de cette révolution, on ne se souciait que de nos intérêts propres. Mais ce n’est pas vrai! Evidemment que nous avions des ambitions politiques et sociétales! Cette colère, ce besoin de raconter une histoire est devenu Borgen

Comment expliquez-vous le succès de la série à l’étranger ?
J’étais très surpris de ce succès. On produisait une série danoise, sur des coalitions typiques de la politique danoise, dans un tout petit pays, comment penser que ça allait voyager à travers le monde ?

Mais c’est un show idéaliste, qui nous dit que si l’on ose rêver de grands changements, ceux-ci peuvent arriver. Cette femme se voit offrir le travail le plus difficile de sa vie, et elle doit faire d’immenses sacrifices pour le conserver, c’est une question de survie, et d’intégrité. C’est assez universel.

Pouvez-vous m’en dire un peu plus à propos de votre nouvelle série, Ride Upon a Storm ?
Après avoir parlé de politique, je me suis demandé: quel sujet pourrait être encore plus intimement ancré en nous? La religion bien sûr. Il y a une vingtaine d’années, on a pu penser que la religion perdrait du terrain, mais ce n’est pas du tout ce qui arrive! Je voulais créer une discussion ouverte autour de la foi et de la religion. Je ne suis pas une personne religieuse, mais je suis très curieux de ce sentiment. Cela représente quand même une grande majorité des habitants de notre planète. Et cela reste tellement intangible.

Borgen était un show féministe, Ride Upon a Storm parle de la condition de l’homme aujourd’hui ?
Il y a des histoires fortes, et dangereuses à raconter sur la masculinité. Mon personnage principal est un patriarche, et on assiste à sa chute. Il perd peu à peu tout ce qui le constitue…

La télévision a beaucoup changé depuis la création de Borgen, est-ce que cela a eu un impact sur votre travail ?
Cela a beaucoup modifié la façon dont on finance les séries. Mais dans la façon d’écrire, l’objectif reste toujours que les gens aient envie de voir le prochain épisode, qu’on leur donne rendez-vous tous les lundis soirs, ou qu’ils regardent tous les épisodes à la suite. 

Comment survivre à ces changements de paradigmes, et à l’arrivée des nouveaux acteurs sur le marché ?
Il est important aujourd’hui d’écrire des histoires profondément européennes. Sans quoi nous vivrons dans un monde où la fiction deviendra un langage essentiellement américain. Notre voix est importante. Les acteurs les plus puissants sont américains, ils avancent vite, et nous engagent, nous auteurs européens. Nous devons nous souvenir d’où venons.

Mon espoir pour demain, serait que l’on mette sur pied une version européenne de Netflix, un service de streaming européen. On est une Union, mais il y a encore beaucoup de fragmentation et de division dans le domaine de la télévision européenne. Si les gros diffuseurs européens et les gros producteurs pouvaient créer un service de streaming européen, cela pourrait redonner un peu d’équilibre sur le plan mondial, et favoriser des histoires spécifiquement européennes.

Quels sont vos projets ?
Et bien justement, j’écris un show pour Netflix. Mais c’est une série scandinave, en langue scandinave. J’y parle d’un autre conflit qui me tient à coeur aujourd’hui, autour du changement climatique, une opposition entre ma génération ou celle de mes parents, et les générations suivantes, la façon dont elle ressentent que peut-être, nous avons sacrifié leur planète.

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.