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BERLIN 2019

Dieter Kosslick • Directeur, Festival de Berlin

“Notre politique, c'est qu'un film doit être exploité en salle d'abord"

par 

- Entretien avec Dieter Kosslick sur sa dernière édition comme directeur de la Berlinale, la relation du festival avec les services de streaming et son développement stratégique

Dieter Kosslick  • Directeur, Festival de Berlin
(© Marc Ohrem Leclef Ausschnitt)

Cineuropa a rencontré le directeur sortant du Festival de Berlin, Dieter Kosslick, pour parler du programme de cette 69e édition (7-17 février), de la relation de l'événement avec les services de streaming et du développement stratégique du festival, qui peut se targuer d'avoir la plus grosse audience du monde 

Cineuropa : Quels sont les sujets principaux qui ressortent du programme de Berlin cette année ?
Dieter Kosslick :
Les thèmes principaux peuvent se résumer ainsi : "ce qui est personnel est politique", en partant du mouvement des femmes de 1968, dans ces eaux-là. Plusieurs films au programme parlent de la famille, des structures familiales et de la manière dont elles se délitent. Ils parlent de la manière dont les enfants vivent dans notre société, mais aussi de l'exploitation des enfants, telle que la dépeint par exemple Grâce à Dieu [+lire aussi :
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de François Ozon, qui montre des victimes devenus des hommes adultes. Cette affaire a donné lieu à un procès contre le Cardinal Philippe Barbarin. Le premier long-métrage allemand System Crasher [+lire aussi :
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, de Nora Fingscheidt, parle d'un enfant placé en institution et le film chinois So Long, My Son traite de l'impact désastreux de la politique de l'enfant unique en Chine. Le troisième grand thème cette année est la consommation au sens large du terme. L'hebdomadaire allemand Die Zeit a écrit récemment que la consommation est politique parce que tout le monde a un impact sur l'état du monde à travers les décisions qu'il prend quant à quoi consommer et comment. Cette réalité est prise en compte dans nos films.

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Quels seront les moments phares de l'année ?
Dans un sens, pour moi, c'est la place des femmes. Dans la section Rétrospective, nous n'allons projeter que des titres réalisés par des femmes entre 1968 et 1999. En plus de cela, nous avons beaucoup de femmes en sélection officielle. En compétition, on trouve sept films qui sont l'oeuvre de réalisatrices, notamment  Mr. Jones [+lire aussi :
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par Agniezka Holland ou le film d'ouverture, The Kindness of Strangers [+lire aussi :
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de Lone Scherfig, ou encore I Was at Home, but [+lire aussi :
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d'Angela Schanelec. Un autre moment clef va être la remise de l'Ours d'or d'honneur à Charlotte Rampling, et nous allons profiter de cette occasion pour projeter Portier de nuit de Liliana Cavani, qui sera aussi présente parmi les invités.

Comment décririez-vous la relation du Festival de Berlin avec les plateformes de production et de streaming comme Netflix ?
C'est une relation saine. Nous allons montrer un film Netflix produit en Espagne et pour la première fois, nous allons accueillir une discussion avec des représentants de Netflix à l'EFM. Mon vieil ami Tendo Nagenda, ancien vice-président exécutif à la production chez Disney, a rejoint Netflix comme vice-président : il s'occupe de la sélection cinéma d'auteur. En compétition, nous allons présenter le drame romantique espagnol Elisa & Marcela [+lire aussi :
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d'Isabel Coixet, qui a été acheté par Netflix et sortira dans les salles avant d'être disponible en streaming. Le film a trouvé un distributeur salles en Espagne. C'était un bon argument pour avoir le film en compétition – parce que notre politique, c'est qu'un film doit être exploité en salle d'abord. 

Qu'est-ce qui a été le plus grand défi pour vous en tant que directeur ici, et de quel accomplissement êtes-vous le plus fier ?
Le plus grand défi, c'était que le festival reste un festival tourné vers le public, ce qu'il est depuis 1951. Grâce à la myriade d'initiatives que nous avons intégrées dans le programme, comme les sections Cinéma culinaire, Generation, Berlinale Special, Native et Berlinale Goes Kiez, nous vendons chaque année 340 000 tickets et accueillons un demi million de gens dans nos cinémas. Berlin est le festival qui a le plus de public au

monde, ce qui est un énorme accomplissement. Ça s'applique aussi à l'EFM. Grâce au déménagement au Martin Gropius-Bau et dans les hôtels, l'EFM s'est développé et compte maintenant parmi les plus gros marchés du film du monde. 

Y a-t-il des initiatives ou projets que vous n'avez pas pu mettre en place en tant que directeur ? Avez-vous des regrets ?
J'aurais aimé organiser le 70e anniversaire, mais à présent, je vais pouvoir me détendre et en profiter comme spectateur et invité. Peut-être que j'aurais dû éviter tel ou tel film que j'ai programmé pour je ne sais quelle raison, mais tous les directeurs de festival ont ça. Je regrette que nous n'ayons pas pu continuer le cinéma en plein air à la Porte de Brandebourg, mais c'était très compliqué d'obtenir les autorisations. Toutes les initiatives ont pour fin d'attirer le public au cinéma. Les séances se font souvent à guichets fermés. Un des rôles principaux de la Berlinale est de promouvoir les films et le cinéma lui-même. En tant que festival du film, il est de notre mission de motiver justement les spectateurs qui ne vont plus au cinéma, pour vraiment remplir les salles.

(Traduit de l'anglais)

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