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CANNES 2019

Thierry Frémaux • Délégué Général du Festival de Cannes

"Personne n'est parfait, pas même Alain Delon, et je suis sûr que vous non plus"

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- CANNES 2019 : Thierry Frémaux, Délégué Général du Festival de Cannes, a tenu un petit entretien pré-festival avec les journalistes arrivés tôt, durant lequel plusieurs sujets sensibles ont été abordés

Thierry Frémaux  • Délégué Général du Festival de Cannes

“Je suis très heureux qu'Alejandro González Iñárritu soit président du jury. Dans mon souvenir, il est, je crois, le premier président du jury à porter la barbe".

La rencontre impromptue de Thierry Frémaux, directeur artistique du Festival de Cannes (14-25 mai), avec la presse déjà présente lundi midi sur la Croisette, dans une salle de conférence de presse rénovée (nouvelles chaises !) au troisième étage du Palais des Festivals, était en grande partie très cordiale. On y a abordé des sujets légers, du nouveau Tarantino (“Je ne pense pas vraiment à cette année comme le 25e anniversaire de Pulp Fiction ; pour moi, c'est l'année du neuvième film d'un des grands de sa génération, et je suis ravi qu'il ait pu le terminer à temps") à la disposition primesautière de cinéastes "sérieux" comme Ken Loach et les frères Dardenne. “Ils sont tous amis, et il est très agréable de voir ses amis de retour au festival”.

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Interrogé sur l'engagement du festival dans le sens de la parité signé en mai 2018, Frémaux a expliqué que dans les bureaux parisiens du festival, la plupart des employés étaient des femmes, alors que les agents de sécurité sont principalement des hommes. Les titres en compétition cette année ont été choisis par quatre femmes et quatre hommes, "et nous avons deux hommes et deux femmes à la tête de nos jurys cette année, et de même, l'ouverture de la compétition officielle est assurée par un réalisateur homme (Jim Jarmusch) tandis que c'est une réalisatrice (Monia Chokri) qui ouvre Un Certain Regard". Le directeur artistique a fièrement dénombré 15 oeuvres réalisées par des femmes cinéastes ("même plus, si on compte les courts") dans la sélection officielle, tout en insistant sur le fait que l'engagement de l'événement cannois ne pourrait jamais aboutir à une sélection fondée sur l'exigence de parité ("Ce serait un manque de respect de sélectionner un film juste parce qu'il a été réalisé par une femme"). Il a ensuite mis du sel dans la conversation en citant la femme qui orne cette année l'affiche, Agnès Varda : “Agnès me disait toujours : je ne suis pas une femme-cinéaste ; je suis une femme et je suis cinéaste. Promets-moi que tu ne sélectionneras jamais un film uniquement parce que son auteur est une femme". Ainsi, il n'est pas question de faire du favoritisme ou de la discrimination positive à Cannes, a affirmé Frémaux. 

La salle s'est davantage émue lorsque le sujet délicat de la distinction d'Alain Delon a été mis en avant : le récipiendaire de la Palme d'or d'honneur cette année a été accusé de sexisme, de racisme et de fascisme. Comment cela se justifie-t-il après la déclaration de tolérance zéro du festival concernant le harcèlement et les abus faite l'année dernière ?, a demandé un journaliste alors que la salle grognait "Oh non, s'il vous plaît, arrêtons avec ça !". "Je sais que vous êtes obligé de demander, a reconnu Frémaux sans s'offusquer, mais écoutez, on ne donne pas à Delon le Prix Nobel de la Paix : on honore sa carrière d'acteur, et Delon est un acteur formidable. Les gens sont pleins de contradictions. Si vous avez vu Delon dans Mr. Klein, vous serez d'accord. Ce film a été réalisé par un membre du parti communiste qui s'est retrouvé blacklisté, Joseph Losey, et Delon l'a produit : le film a pu se faire parce qu'il voulait qu'il soit fait". 

Frémaux est ensuite passé à des commentaires plus sarcastiques sur le fait qu'une pétition américaine (qui approche les 18 000 signatures) demande que Delon soit banni du festival alors que personne aux États-Unis ne signe de pétition sur le changement climatique et le président américain. "C'est compliqué. Personne n'est parfait, pas même Alain Delon, et je suis sûr que vous non plus", a conclu Frémaux, une conclusion saluée par quelques applaudissements, après quoi il a émis une petite plaisanterie sur l'absence de questions sur Netflix.

Pour ce qui est des présidents du jury barbus, Frémaux dit vrai – sauf si on prend en compte Louis Lumière, président d'honneur de l'édition 1939 du festival, annulée pour cause d'éclatement soudain de la Seconde Guerre mondiale.

(Traduit de l'anglais)

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