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CANNES 2019 Compétition

Ken Loach • Réalisateur de Sorry We Missed You

"À présent, le travailleur supporte tous les risques et doit s'exploiter lui-même"

par 

- CANNES 2019 : À la conférence de presse de Sorry We Missed You, candidat à la Palme d'or cannoise, le cinéaste britannique Ken Loach a détaillé cette nouvelle oeuvre de réalisme social

Ken Loach  • Réalisateur de Sorry We Missed You
(© Joss Barratt)

Ken Loach pourrait bien devenir le premier homme à avoir remporté trois Palmes d'or au Festival de Cannes, où il concourt cette année avec Sorry We Missed You [+lire aussi :
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Q&A : Ken Loach
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. Ce film, comme Moi, Daniel Blake [+lire aussi :
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, se passe à Newcastle, et décrit la manière dont les employeurs se servent de l’économie du travail soi-disant indépendant pour contourner le droit du travail et fixer des objectifs impossibles à atteindre aux travailleurs qu'ils exploitent. Le film commence au moment où Ricky, le personnage principal, obtient un poste dans une entreprise de livraison de paquets, mais s'entend dire sans équivoque qu’il sera un sous-traitant.

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Le film parle aussi des effets dévastateurs du stress que les horaires de travail impossibles génère dans les familles. C'est un tableau qui coche toutes les cases loachiennes : réalisme social, récit dramatique, problèmes contemporains brûlants. Le cinéaste, qui a à présent 82 ans, semble faire chacun de ses films comme si c'était son dernier. Voici ce qu’il a dit à la conférence de presse du film à Cannes.

Ce film, comme Moi, Daniel Blake, se passe à Newcastle. Qu’est-ce qui vous attire dans cette ville ?
Ken Loach : C’est une petite ville du nord de l’Angleterre qui a vraiment beaucoup de personnalité. Elle est séparée du reste du pays, d’une certaine manière, et elle a une grande histoire de luttes sociales. Ce fut une ville de mineurs, et de construction navale, deux industries qui sont mortes et n’ont pas été remplacées. Les gens ont vraiment des difficultés pour survivre, là-bas, alors cette histoire leur est très familière, de même celle de mon film précédent, Moi, Daniel Blake. Les habitants de cette ville sont très vulnérable. Il s'en dégage quelque chose de particulier, du fait des difficultés qu'y connaissent la majorité des gens depuis des années. C’est un microcosme à l’intérieur de la Grande-Bretagne, un endroit très refermé sur lui-même. Et puis quand on descend du train et qu’on entend les gens qui parlent, on se met à sourire. Il y a une vraie chaleur humaine là-bas.

Qu'est-ce qui vous a amené à aborder le sujet du travail indépendant précaire ?
Mon scénariste Paul Laverty, ma productrice Rebecca O’Brien et moi-même avons discuté du travail et de la manière dont le concept de travail a évolué par rapport au temps où nous étions jeunes, et toutes les années qui ont suivi. À l’époque, on nous disait que si on avait des compétences dans un domaine précis, on aurait du travail pour la vie, et un salaire permettant de faire vivre sa famille. Il y a eu un changement dans les conditions de travail : à présent, les gens vivent dans une grande insécurité, avec des emplois sans contrat et en passant par des agences. Et puis il y a des gens comme Ricky, qui sont auto-employés, ce qui est une situation où le travailleur supporte tous les risques et doit s'exploiter lui-même.

Le film s’ouvre sur un écran noir. Pourquoi?
La raison pour cette absence d’images, au début, c’est que quand il parle de son travail, nous voulions d’une certaine manière suggérer que c’est le genre de situation qui pourrait s’appliquer à bien des gens. De nombreuses personnes travaillent dans le bâtiment, ont des métiers manuels. L’objectif était de rendre les choses plus générales avant de les rendre spécifiques. Je pense qu’au bout du compte, cette situation n'a pas d’issue : le système s’est refermé sur lui.

La situation de stress dans laquelle se trouve Ricky génère d'énormes problèmes dans sa vie de famille.
En écrivant et en faisant des recherches, Paul a parlé de la manière dont son travail finissait par influer sur ses relations familiales, à les affecter. Après, il a commencé à tracer une ébauche des personnages principaux. Après cela, nous avons parlé de nouveau et nous les avons développés encore davantage.

Un film puissant comme celui-ci peut-il réparer la situation dans laquelle nous nous trouvons ?
Je pense que nous sommes une seule voix dans un choeur. Depuis, Moi, Daniel Blake, qui parlait de l'appui que l'État devrait donner aux gens, le gouvernement n’a pas cédé d’un iota, et il est toujours aussi cruel. Le nombre de banques alimentaires a augmenté de 18 % juste l’année dernière, et les dirigeants ne vont pas changer, parce qu’ils ne peuvent pas : ils doivent bien montrer que ne pas être capable de travailler et de survivre par ses propres moyens est un crime. 

(Traduit de l'anglais)

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