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CANNES 2019 Compétition

Jessica Hausner • Réalisatrice de Little Joe

"L’ambiguïté de la façon dont on perçoit la réalité"

par 

- CANNES 2019 : La cinéaste autrichienne Jessica Hausner nous parle de son film en langue anglaise, Little Joe, dévoilé en compétition à Cannes

Jessica Hausner • Réalisatrice de Little Joe
(© Evelyn Rois)

Déjà sélectionnée trois fois à Cannes, à Un Certain Regard (avec Lovely Rita [+lire aussi :
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en 2001, Hotel [+lire aussi :
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en 2004 et Amour Fou [+lire aussi :
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en 2014), et une fois en compétition à Venise en 2009 avec Lourdes [+lire aussi :
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interview : Jessica Hausner
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, la cinéaste autrichienne Jessica Hausner s’est lancé avec son 5e long métrage dans son premier film en langue anglaise, Little Joe [+lire aussi :
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interview : Jessica Hausner
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, découvert en compétition au 72e Festival de Cannes.

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Cineuropa : Pourquoi avoir décidé de vous intéresser au sujet du génie génétique ?
Jessica Hausner
: Je suis partie d’une idée très simple. Je voulais faire un film sur un Frankenstein, le roman de Mary Shelley, mais au féminin. Dans mon film, ce personnage du scientifique est une femme qui a créé une plante, mais aussi un autre monstre : son propre fils. Et ces deux montres font ce qu’ils veulent : elle ne peut pas les contrôler. Ce qui m’intéressait aussi, c’était d’explorer une atmosphère de conte de fées. Ensuite, quand j’ai commencé à mener des recherches et à rassembler des idées, je suis tombé sur le génie génétique et évidemment, c’est un sujet très actuel, qui fait beaucoup parler et qui concerne tout le monde. J’ai creusé la question et j’ai découvert un champ passionnant, notamment parce que parler à des scientifiques m’a montré que la science ne parle pas d’une seule et apporte des réponses très contradictoires en matière de génie génétique.

L’ambiguïté est d’ailleurs au cœur du film de manière générale.
Dans tous mes films, je tente de décrire l’ambiguïté de la façon dont on perçoit la réalité. Chacun la perçoit d’un point de vue beaucoup plus personnel que ce que nous pensons tous. Chaque société a établi certaines règles pour que nous puissions tous vivre ensemble, mais en fait, chacun vit dans son propre monde. C’est quelque chose qui me touche beaucoup. Dans mon film, par exemple, qu’est-ce que cela signifie d’aimer son enfant ou que l’enfant aime sa mère ? Même ces sentiments sont ambigus, ambivalents, des deux côtés.

Les secrets sont-ils le sujet principal du film ?
Oui. Chaque être humain reste un mystère. Dans le film, il y a aussi le fait que la mère commence à douter de son fils. Ce qu’on aime tous penser d’une relation entre une mère et son enfant, c’est que c’est un lien stable, positif, qu’on ne peut pas mettre en question. Dans mon film, il est mis en question car ce fils change soudainement et n’est plus la personne que sa mère connaissait. A cet instant, une énorme ambivalence apparaît.

Le doute imprègne tout le film, y compris pour le spectateur qui peut avoir différentes interprétations.
En écrivant le scénario avec Géraldine Bajard, nous avons travaillé dans cette direction, en rassemblant des scènes qui peuvent être un peu effrayantes, mais qui préservent toujours cet équilibre sur le fait que peut-être qu’il ne s’est rien produit du tout. C’était un défi amusant que de créer une véritable intrigue, pleine de suspense, sans donner au public de réponse définitive.

Vos personnages principaux féminins, Alice et Bella, sont assez peu stables psychologiquement. Pourquoi ?
Je pense que ce qu’on appelle la stabilité psychologique pourrait aussi être désigné sous le nom de stupidité. L’instabilité psychologique signifie que vous êtes sensibles et intelligent. Mon point de vue est aussi celui d’une femme sur la prétendue folie féminine qui est plutôt selon moi le la marque d’un sens profond de la perception et de la compréhension des côtés contradictoires de la vie.

Quelles étaient vos principales intentions sur le plan visuel ?
Je travaille depuis très longtemps avec la même équipe à la direction de la photographie, aux costumes et aux décors. Film après film, nous avons développé un style spécial, assez artificiel. Car j’aime montrer qu’un film est un film. J’ai toujours été très intriguée par le fait qu’en tant que cinéaste, on choisit où poser la caméra, et je veux que les spectateurs en soient totalement conscients. Il s’agit juste un film et ce n’est pas un monde parfait. Le monde que je montre a des points d’interrogation et des trous noirs : tout n’est pas visible.

Little Joe est votre premier film en langue anglaise. Cela a-t-il changé votre façon de travailler ?
Je me suis sentie très à l’aise. J’aime le côté concis de la langue anglaise pour les dialogues. Les choses peuvent être dites d’une manière sèche, précise et rapide, sans rien induire de pathétique, ni de banal. J’ai beaucoup aimé écrire les dialogues directement dans cette langue et cela a été une expérience très positive. Mais j’ai aussi choisi l’anglais parce que c’est la langue qui fonctionne le mieux pour les films de genre et également, évidemment, pour atteindre, je l’espère, un public plus large.

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