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CANNES 2019 Hors-compétition

Nicolas Winding Refn • Réalisateur de Too Old to Die Young

"Nous avons tous de la perversion en nous"

par 

- CANNES 2019 : Nous avons rencontré Nicolas Winding Refn pour parler de la série violente qu'il a faite pour Amazon, Too Old to Die Young, avec Miles Teller, et qui a été montrée à Cannes

Nicolas Winding Refn  • Réalisateur de Too Old to Die Young
(© Scott Garfield/Amazon Studios)

Comme l'ont prouvé les deux épisodes présenté hors-compétition au Festival de Cannes, la série Amazon Too Old to Die Young: North of Hollywood, West of Hell, qui sera mise en ligne prochainement, le Danois Nicolas Winding Refn excelle pour ce qui est de représenter le côté obscur, tandis que son personnage de flic (Miles Teller) descend dans les bas-fonds avec, apparemment, un seul objectif : redresser au moins certains des torts dont il est témoin quotidiennement. Sauf que cette fois, il a les moyens d’intervenir.

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Cineuropa : Les récits criminels ont souvent des dialogues à la mitrailleuse, mais pas le vôtre. Pourquoi avez-vous opté pour une manière aussi lente de faire dire les textesaux acteurs ?
Nicolas Winding Refn :
Nous vivons dans un monde très stressant, et une des fonctions que l'art devrait avoir est de vous faire déstresser. La tranquillité, bizarrement, est quelque chose que beaucoup trouvent très inconfortable, qu’ils en fasse partie ou même qu'ils y assistent simplement. Mon dessein était de proposer une serie qui ait un rythme différent de celui de notre vie de tous les jours. Je me suis dit que c'était plus intéressant d'aller complètement à rebrousse-poil par rapport à la plupart des séries tradictionnelles. Le spectateur veut qu'on l'innonde d'information à toute vitesse, mais j'ai toujours trouvé cette pratique du visionnage-marathon assez surréaliste. Si vous arrivez à consommer une telle quantité d’informations, c'est qu'elle ne résonne pas beaucoup en vous, ça vous traverse comme un fluide. Je trouvais important que le rythme soit un peu lâche.

Est-ce que le fait que ce soit une série a influé sur votre manière de travailler?
C'est exactement comme faire un film, mais pendant très longtemps. Je n’aime pas particulièrement les narrations par épisodes. Je ne m’intéresse pas particulièrement à autre chose que moi. Le volume de travail et la quantité de matériel que je devais produire était fatigante, mais aussi très très satisfaisante. C’est comme d'arriver dans un atelier de peintre et d'avoir la possibilité de peindre tous les jours pendant dix mois – alors que je suis habitué à tout faire en six semaines ! Parfois, on se rend compte qu'on devient un peu fou dans cette pièce, mais ça reste amusant.

Le streaming fait maintenant partie de nos vies, donc créer des contenus par rapport à cette ressource est, dans un sens, une nouvelle frontière. Cela ne signifie pas que le cinéma traditionnel en devient moins intéressant, mais c’est une toile sur laquelle peindre qui est plus grande que j'aurais jamais pu l'imaginer. Je pense que les deux vont coexister, parce que les cinémas feront toujours partie de notre culture. Hélas, c'est en train de devenir un format élitiste – je dois payer ma fille aînée pour qu’elle aille au cinéma. Sa génération a glissé vers quelque chose de plus sophistiqué, donc heureusement qu’Amazon a soutenu ce que je voulais faire et qu'ils m'ont laissé seul pour le faire. La télévision moderne est en grande partie devenue une usine, et je ne veux pas passerma vie à travailler dans une usine.

D’où vient votre penchant pour les choses obscures ? Après tout, le Danemark est censé être l’endroit le plus heureux de la Terre.
Il faut se souvenir qu'Hamlet aussi vient de chez nous, et il s’est retrouvé dans une situation plutôt malsaine. Nous avons tous de la perversion en nous, qu'on le veuille ou non. L’évoquer me procure un plaisir immense. C’est comme un exorcisme. Même chez Shakespeare, plus l'histoire est sombre, plus la pièce est réjouissante.

Et pourtant, vous semblez suggérer plus que vous ne montrez réellement. Il y a une scène très longue dont la fonction est de mener à une agression sexuelle brutale, qu’on ne voit finalement pas.
Cela vous a-t-il déçue ? Ce n’est pas tant une affaire de détourner le regard que de savoir que moins on en fait, mieux c'est. Je dis toujours que le style fait partie de l’artisanat du cinéma. Ça fait partie de l'art de la narration, de l'imagination. Je ne fais pas de documentaires. Dans mes premiers films, je parlais du réel, mais je me suis rendu compte à un moment que ça ne pourrait jamais être assez authentique. Ce n’est pas la réalité, alors je me suis dit : je vais faire des films sur la non-réalité. Ça ne veut pas dire que je ne veux pas que le film soit pertinent par rapport au réel, c’est plus comme une peinture ou une installation abstraite. Quand les gens parlent de style comme quelque chose qui va contre le contenu, je me demande toujours ce qu’ils veulent dire. Le contenu est toujours là, il a juste plus d'allure.

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(Traduit de l'anglais)

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