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Jeanne Brunfaut • Directrice Générale, Centre du Cinéma et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles

"Trouver un équilibre entre des propositions cinématographiques radicales, et un cinéma plus mainstream"

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- Jeanne Brunfaut, directrice du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de Wallonie-Bruxelles, revient sur leur magnifique édition de Cannes, et sur leurs nouvelles politiques de soutien

Jeanne Brunfaut • Directrice Générale, Centre du Cinéma et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Rencontre avec Jeanne Brunfaut, Directrice Générale du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui revient sur le magnifique palmarès pour la Fédération du dernier Festival de Cannes, et sur les nouvelles politiques de soutien aux auteurs mises en place par le Centre du Cinéma.

Cineuropa : Ce Festival de Cannes a été un grand cru pour le CCA ?
Jeanne Brunfaut : C’était effectivement une édition exceptionnelle en termes de reconnaissance de la qualité des productions belges francophones. Les films primés à Cannes représentent exactement la raison d’être du Centre du Cinéma. On a à la fois les réalisateurs confirmés comme les frères Dardenne (Prix de la Mise en scène pour Le Jeune Ahmed [+lire aussi :
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), un jeune réalisateur qui obtient la Caméra d’or pour son premier film, la relève en somme (César Diaz et Nuestras madres [+lire aussi :
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), et aussi le Prix du Jury pour Atlantique [+lire aussi :
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, le film de Mati Diop, soutenu par le CCA, qui illustre notre rôle de soutien à de jeunes cinéastes étrangers via la coproduction. C’est le reflet parfait de notre activité, de la raison pour laquelle le CCA existe. 

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Vous affichez une politique de soutien volontariste aux jeunes auteurs ?
Nous plaçons un focus important sur les premiers et deuxièmes films. On voit de plus en plus venir chez nous des auteurs étrangers qui étudient et s’installent en Belgique, et qui s’intègrent tout en gardant toute leur culturel d’origine. C’est vraiment intéressant de soutenir des auteurs qui viennent souvent de pays où les structures au cinéma sont peu ou pas existantes, comme ce fut récemment le cas avec César Diaz, ou Joel Karekezi (La Miséricorde de la Jungle [+lire aussi :
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). C’est une vraie opportunité de soutenir des cinéastes qui ont la volonté de faire carrière en Belgique.

Ce qui est également crucial pour nous, c’est de garder notre niveau à l’international, et pour ce faire, il faut renforcer l’écriture. C’est pourquoi nous avons mis en place une nouvelle aide au développement, qui prévoit une démarche de recherche et développement plutôt que juste de soutien à l’écriture. L’idée est de faire confiance à l’auteur quand il vient pitcher son idée, de lui donner les moyens financiers de la développer. Et après seulement de donner une deuxième aide au développement qui sera elle consacrée à l’écriture. On développe plus de projets, mais on ne produit que ceux qui sont le plus aboutis. Cela permet de financer une étape souvent négligée (le développement), mais aussi d’accroitre la qualité des scénarios avant d’entrer en production. 

Il y a aussi une vraie politique d’ouverture des territoires de coproduction ?
On a une longue histoire de coproduction avec nos voisins, essentiellement la France, la Suisse et le Luxembourg. Vus les moyens financiers disponibles, la France reste notre partenaire principal, mais moins qu’avant, car sa politique est plus protectionniste en termes de soutien aux films étrangers, et cela devient difficile d’avoir des financements pour les films majoritaires belges. Le déséquilibre d’apport entre les deux pays s’intensifiait, donc nous avons décidé d’aider nos producteurs à trouver d’autres territoires de coproduction. On a développé des accords avec des pays avec lesquels on a un intérêt artistique, ou parfois même un intérêt pour des lieux de tournage, des décors qu’on ne trouverait pas ailleurs. 

On a signé des accords avec le Chili et l’Uruguay, on devrait bientôt en signer avec le Mexique et le Brésil, on discute également avec le Liban. Ca prendra du temps, mais on encourage ces démarches avec des rencontres de coproduction. Ca ne remplacera jamais la France, mais cela va enrichir nos projets. 

Vous accompagnez également le décloisonnement des formats ?
Nous essayons d’encourager la création, en s’attachant aux formats, même si c’est bien sûr le format qui va déterminer le potentiel de diffusion du film. Mais ces potentiels de diffusion sont eux-mêmes de plus en plus diversifiés. On a décidé en documentaire par exemple de ne plus faire de distinction entre documentaire télévisuel et cinématographique. Nous avons développé le fonds série pour mettre en route ce secteur, et lancé récemment un appel à projets pour les séries d’animation. Nous avons aussi lancé un appel à productions légères, pour des films de moyens ou longs métrages. On se rend compte que dans les festivals aujourd’hui, la durée du film importe moins. Pour nous ce qui compte, c’est revenir à l’essentiel, l’acte de création, et plus le formatage pour la diffusion. 

Quel est l’enjeu principal pour les années à venir ?
C’est la relève! Il faut mettre en place toutes les conditions nécessaires pour s’assurer que les jeunes puissent exercer leur métier et sortir du lot. Il y a un nombre phénoménal de films qui se tournent aujourd’hui, mais faire des films pour faire des films, cela n’a pas de sens. On doit accompagner les jeunes qui sortent de l’école, et le processus de maturation du long métrage, tout en s’assurant que notre industrie mette aussi en valeur nos talents, nos comédien·nes par exemple. Il faut faire converger les différents besoins des différents secteurs, création, production, jeu, pour que la nouvelle génération soit prête à affronter le marché. 

Sans bien sûr abandonner nos talents confirmés. C’est un processus à long terme, mais on doit trouver un équilibre entre des propositions cinématographiques radicales, et un cinéma plus mainstream qui va trouver un public plus large, entre recherche et développement et le lien avec le public.

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