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Paul Tunge • Réalisateur de Du

"J’ai adopté une dramaturgie circulaire, à l’opposé de la narration linéaire classique"

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- A l’occasion du troisième festival Oslo Pix le réalisateur norvégien Paul Tunge nous présente son quatrième long-métrage Du, film indépendant qui participe à la compétition officielle

Paul Tunge • Réalisateur de Du

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fiche film
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nous montre un couple confronté à la complexité de sa relation, une femme et un homme en proie à leurs frustrations, dont les regards s’évitent et les paroles sonnent creux.  Sont-ils à un moment-charnière de leur vie commune, comme le suggèrent les gros plans insistants, la juxtaposition de scènes apparemment répétitives, le format carré qui coince, étouffe les personnages ? Le récit se déroule dans un décor enchanteur qui vient apporter comme un démenti à une trame dramatique que ponctuent des touches d’humour involontaire... ou pas. Du est en compétition dans le cadre d’Oslo Pix, festival international dont ce mois de juin voit la troisième édition. C’est aussi la troisième fois que le réalisateur norvégien Paul Tunge, auteur de ce film, participe à Oslo Pix. Du qu’il a produit avec Alexander Kristiansen pour la société de production Filmavdelingen A/S, figure aussi dans une section du festival créée tout récemment, consacrée au cinéma indépendant norvégien.

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Cineuropa : Du... un titre court, direct, à la fois doux et agressif, pourquoi ce titre pour votre quatrième long-métrage ? Est-ce pour nous prendre à partie, pour éveiller les consciences ?
Paul Tunge :
C’est le titre international. Ce petit mot norvégien veut tout simplement dire "tu/toi". C’est une interpellation, peut-être ambigüe, mais ce terme évoque surtout pour moi une communication un peu floue, une mise à distance.

Pas de soutien financier pour vos films, je crois.
C’est un choix de ma part. C’est la passion qui me guide. C’est l’enthousiasme qui m’aiguillonne. J’avoue qu’il y a quelques mois j’ai été saisi d’un petit doute quant à mon aptitude à travailler selon mes principes. Et puis une idée m’est venue pour Du à laquelle je me suis attaché.

Obtenir des aides financières n’est pas chose facile.
Oh non ! Remplir des formulaires, s’adresser à mille et une instances, solliciter les uns et les autres. Qui plus est, je ne suis pas très habile à défendre mes projets, à vendre mon produit. Beaucoup de contraintes et de stress donc. Je trouve tout ça trop chronophage. Je préfère utiliser ce temps à m’améliorer, à expérimenter, à explorer des domaines qui m’intéressent vraiment.

De quoi vivez-vous ?
Pour gagner ma vie, pour financer mes films, je participe régulièrement à différents projets de cinéma, surtout en tant que chef de plateau ou assistant-réalisateur. Je suis plutôt bien organisé. Etre limité, financièrement parlant, cela veut dire penser vite, agir vite. Pas de temps pour les tergiversations. Mais la simplicité des moyens d’expression qu’impose un tout petit budget n’altère pas forcément la richesse du contenu. Je lui dois une plus grande liberté et une certaine forme de pureté à laquelle j’aspire, déterminante pour faire un film minimaliste tel que Du.

Minimaliste... vous pouvez préciser ?
Trois personnes seulement dans l’équipe, les deux acteurs, Maria Grazia Di Meo, Jørgen Hausberg Nilsen, et moi-même. J’ai pratiquement tout fait d’ailleurs, sauf l’étalonnage et le design sonore. Une dizaine d’heures pour l’écriture, deux jours pour le voyage, cinq pour le tournage effectué avec une caméra C300, deux semaines pour le montage. Un décor domestique réduit au strict minimum. Pas de musique. J’ajoute que je me suis laissé inspirer par le manifeste Dogme95 initié par Lars von Trier et Thomas Vinterberg.

Vous êtes très attentif à la structure du film.
C’est fondamental. Le récit ne suit pas l’ordre chronologique. J’ai adopté une dramaturgie circulaire, à l’opposé de la narration linéaire classique. J’ai choisi de ne pas trop travailler le script et, comme les  acteurs ne savaient jamais exactement à quel moment de l’histoire ils se trouvaient quand ils jouaient une scène, cela éveillait parfois en eux une gêne, une inquiétude. Cette façon de procéder peut être déstabilisante, je l’avoue, mais cela me permet de préserver une fraîcheur salutaire, de renouveler en moi la joie de créer. Comme nous étions ensemble presque tout le temps, les journées de tournage étant très longues, il s’est créé une dynamique, un regain de motivation que j’ai particulièrement apprécié.

Où a eu lieu le tournage ? Votre premier long-métrage Kano (2011), qui nous montrait déjà un jeune couple au bord de la rupture, avait pour cadre Bergen ?
Cette fois-ci j’ai tourné dans la région des fjords du sud-ouest, non loin de Stavanger dont je suis originaire.

Peut-on parler de vos thèmes familiers ?
Je n’ai pas de thèmes familiers. Je n’aime pas asséner des vérités définitives. D’ailleurs je n’ai pas de réponses à donner, de solutions à proposer. Je suis dans la mouvance, j’évolue. En fait je ne cherche même pas à présenter des problèmes, à poser des questions. Le propos de Du n’est pas de parler d’une relation humaine en particulier.

Pourquoi donc avoir fait ce film?
Le rapport entre les personnages me permet, non pas d’analyser, mais de faire allusion à certains mécanismes qui prévalent dans nos sociétés occidentales : l’égoïsme, le narcissisme, la course au succès, les rôles que certains sont amenés à jouer. J’ai voulu, par exemple, mettre en évidence comment le téléphone portable et les réseaux sociaux peuvent porter tort à des relations humaines d’où disparaissent trop souvent la sincérité, le respect mutuel, et l’amour, dans un monde superficiel, riche en banalités, où l’on tend à privilégier le "soi" au détriment du "nous".  J’ai voulu aussi mettre l’accent sur nos contradictions, sur la difficulté qu’ont les personnages à communiquer. Mais c’est la forme qui m’intéresse le plus, et j’ai avant tout souhaité faire de Du un film avec des ambitions artistiques, un souci esthétique,  un film qui sorte des sentiers battus.

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