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KARLOVY VARY 2019 Compétition

Marko Škop • Réalisateur de Let There Be Light

Let There Be Light est mon message authentique à moi”

par 

- Cineuropa a interrogé le réalisateur slovaque Marko Škop sur son nouveau film après l’œuvre acclamée par la critique Eva Nová, la polarisation de la société et son parcours côté documentaires

Marko Škop  • Réalisateur de Let There Be Light

Le réalisateur slovaque Marko Škop a présenté à Karlovy Vary, en compétition officielle, le film de fiction Let There Be Light [+lire aussi :
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. Cineuropa a rencontré le scénariste-réalisateur pour parler de cette oeuvre, qui suit le titre encensé Eva Nová [+lire aussi :
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, de la polarisation de la société et de son expérience de documentariste.

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Cineuropa : Let There Be Light est un drame qui a des implications sociales très vastes, contrairement à la pièce de chambre qu'était l'intime Eva Nová, votre premier long-métrage.
Marko Škop : La raison pour laquelle Let There Be Light est différent, et peut-être plus actuel, tient à l’extrême polarisation de la société moderne. C’est un phénomène que je ne vois pas seulement en Europe de l'Est, mais aussi dans toute l’Europe et dans le monde. J’ai entendu que des groupes paramilitaires émergeaient également au Brésil. Le film aborde des sujets qui n’était pas normaux il y a dix ans : la haine et les discours haineux étaient auparavant contenus derrière des portes fermées, mais à présent, avec Donald Trump, tout le monde peut parler librement de son rejet de certaines personnes. Cependant, ils ne pensent pas assez loin : c’est en fait de la pure agression. Ce film a vu le jour dans ce climat politique, mais j’espère qu’il ne le rend pas de manière aussi explicite.

Le film reflète une tendance significative dans la société, et c’est un sujet auquel je me suis toujours intéressé. Je crois que c’est quelque chose d'atavique en nous les humains, que de penser que notre voisin ou que notre semblable peut facilement devenir un ennemi, que ce sont des gens qui sont potentiellement capables de me faire du mal, c’est dans la nature de notre psyché. Let There Be Light est mon commentaire sur le sujet.

Quand vous avez commencé d’écrire le scénario, l’extrême polarisation de la société n’était pas encore aussi prononcée. Peut-on dire que le monde réel a rattrapé l'histoire du film, de manière inattendue ?
C’est à quelqu’un d’autre d'en juger. J’essaie de percevoir avec sensibilité ce qui se passe autour de nous, mais chacun de nous à son test. Avec tout ce qui se passe autour de moi, pas seulement en Slovaquie mais également en République tchèque, en Hongrie, en Pologne et en Croatie, on voit que la société et la vie même sont vraiment en train d'être polarisées, je voulais dépeindre cela. Cela dit, le cœur de mon film reste la famille. Pour moi, c’est ça le thème central.

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de Mira Fornay reflétait déjà ces sentiments sur la polarisation et le documentaire When the War Comes [+lire aussi :
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, qui date de l’année dernière, dressait, plus ouvertement, un tableau de l’extrémisme chez les jeunes. Comment voyez-vous ce chevauchement thématique entre ces films et le vôtre ?
J'apprécie ces deux films. Je pense que ce sont de très bons films et naturellement, je suis le cinéma d’auteur, à l’intérieur du cinéma mondial, de manière à ce que mon film puisse être compris dans ce contexte plus large. Cependant, je n'essaie pas ici de donner une suite à ces films. Il n’y a pas de relation, bien que je sois conscient du contexte. Chaque cinéaste doit trouver sa manière : ce film est mon message authentique à moi.

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire un scénario qui réunit l'histoire d'un Gastarbeiter (migrant économique) avec un incident tragique qui survient dans son village d'origine, incident qui va finalement mener à ce genre de fascisme clérical ?
Ça c’est le cœur de l’histoire : la relation père-fils, et la tentative du père de répercuter le discours qui était déjà au centre de son éducation à lui. Il y a très peu de différence entre la manière dont nos parents, nos grands-parents et nos arrières grands-parents ont été élevés. Leur éducation était globalement très froide. Michael Haneke a très bien illustré cela dans Happy End [+lire aussi :
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. La génération du milieu essaie de changer cela. Mon sentiment personnel est qu’il y a un point de rupture dans la manière dont on élève les enfants maintenant, et je voulais le démontrer à travers l’histoire d’un homme qui veut changer tout cela, mais qui ne s’y prend pas de la bonne manière. C’est ça, le point de départ de Let There Be Light.

Dans quelle mesure votre expérience du documentaire se retrouve-t-elle dans vos films de fiction ? Encouragez-vous l’improvisation sur le plateau, ou collez-vous au scénario ?
Je n’improvise pas tant que ça sur le plateau. J’ai tendance, en effet, à réécrire le scénario pendant les répétitions, qui sont une phase du travail très importante pour moi, et je crois que les acteurs l’apprécient. Si je me rends compte que quelque chose n’est pas dans le ton pendant les répétitions, ou qu’un acteur vient me présenter une idée intéressante, je suis reconnaissant et je l’intègre dans le scénario. Naturellement, ça peut se passer pendant le tournage, mais pas souvent, parce qu'on sent la pression de respecter le calendrier de tournage et le budget.

(Traduit de l'anglais)

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