email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

KARLOVY VARY 2019 Compétition

Damjan Kozole • Réalisateur de Half-Sister

“C’est une histoire sur le transfert de la haine de génération en génération”

par 

- Nous avons discuté avec le réalisateur slovène Damjan Kozole, dont le nouveau film, Half-Sister, a fait sa première mondiale en compétition à cette édition du Festival de Karlovy Vary

Damjan Kozole • Réalisateur de Half-Sister

Nous avons discuté avec le réalisateur slovène et régulier de Karlovy Vary Damjan Kozole, dont le nouveau film, Half-Sister [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Damjan Kozole
fiche film
]
, vient d'y faire sa première mondiale en compétition

Cineuropa : D’où vient l’histoire de ce film et comment avez-vous travaillé sur le scénario ?
Damjan Kozole :
L'histoire vient d’une situation personnelle dans laquelle je me suis trouvé il y a plusieurs années, quand il s’est avéré qu'il était possible que j'aie des liens de sang avec quelqu'un que je ne connaissais pas. Ça a été une émotion forte, puissante et troublante.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Pour moi, c’est une histoire sur le transfert de la haine de génération en génération. Les gens sont souvent inconscients des raisons pour lesquelles ils perpétuent cette haine. Donc ça parle de la manière dont la haine est transmise et dont les deux héroïnes se détestent sans même savoir pourquoi exactement. Elles ressentent de la culpabilité pour des péchés qu’elles n’ont pas commis. C’est, bien sûr, également connecté aux problèmes de nationalisme dans la région, qui continuent d’exister.

L’écriture est un processus permanent pour moi. Si un projet met dix ans pour entrer dans sa phase de production, je vais continuer de l’écrire pendant dix ans. J’ai commencé à travailler sur ce scénario en 2015, pendant le montage de Nightlife [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Damjan Kozole
fiche film
]
. J'ai d’abord travaillé avec Urša Menart, puis quand elle est partie faire son propre film [My Last Year as a Loser [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
], Ognjen Sviličić m'a rejoint. C’est lui qui a ajouté cette idée de chauvinisme slovène latent dans le récit.

Les deux héroïnes, Irena et Neža, sont très différentes au début du film. Pourquoi Neža ressent-elle tant de colère ?
Je me suis toujours intéressé aux gens qui sont en colère, agressifs et grossiers pour cacher leur propre vulnérabilité. Dans mon idée, c'est juste qu'elle a l’impression de ne pas faire partie de la société. Et elles ne sont pas si différentes : pour moi, Irena était très similaire à Neža quinze ans plus tôt, et à présent, on la trouve un stade où elle doit prendre une décision cruciale dans sa vie, de sorte qu'elle est franchement angoissée. Sous la surface, il y a des petits détails qui permettent de percevoir qu'elles se ressemblent bien plus qu’on ne pourrait le penser au début.

Quid de la relation d’Irena avec Brane et du fait qu’il est si violent ? Comment reliez-vous cet aspect avec ce que notre société est en train de vivre en ce moment ?
Parfois, on épouse quelqu’un de diamétralement opposé à soi et après deux ans, on se rend compte que cette personne est méchante ou agressive. Cela se produit tout le temps dans nos vies, mais on tend à voir la personne comme celle qu’on a projetée, plutôt que celle qu’elle est vraiment. C’est un aspect que nous souhaitions intégrer au personnage d’Irina : ça vient d'elle. Mais maintenant, elle est plus intelligente que quand elle était jeune, et on espère qu’elle ne va pas répéter les mêmes erreurs avec sa demi-sœur. C'est aussi lié au passé. Tout ce film parle du passé et de la manière dont il se reflète dans ce qui se passe à présent. Le personnage de Brane est un exemple de cela, de même que le père et que la mère albanaise de Neža. Cette histoire traîne un grand pan de passé avec elle.

Dans tous mes films récents, les personnages principaux sont des femmes, parce que je crois qu’elles font face a beaucoup plus d’obstacles dans la société que les hommes. Quand nous avons commencé d’écrire le scénario, en 2015, le mouvement #MeToo n'était pas encore né, et voilà que le film arrive au moment où ce problème happe l'attention de tout le monde. Bien que je sois d’accord avec ce mouvement, je n’ai pas consciemment fait ce film pour qu’il en fasse partie. Le personnage de Brane était censé représenter un symptôme, plutôt que notre volonté de faire un film sur la violence domestique.

Qu’est-ce qui vous a amené à tourner le plus gros du film dans un appartement ? Comment avez-vous travaillé avec les actrices et le chef-opérateur dans cet espace restreint ?
Il y a souvent trop d’éléments dans les films. Nous voulons toujours avoir trop de choses dans nos vies, nos appartements et nos films. Moi, au contraire, j’aime bien tout réduire au minimum. Je voulais me concentrer uniquement sur les deux personnages principaux, et c’est pour cela que même les décors de l’appartement sont complètement nus. Pour moi, l’important dans ce film, c’était les corps des actrices et leurs visages. Ça a été un long processus qui a nécessité beaucoup de répétition, car Urša n’est pas une actrice professionnelle. Par ailleurs, les deux comédiennes utilisent un dialecte côtier très prononcé, donc elles avaient besoin de mémoriser le texte, de sorte qu'il n’y a eu presque aucune improvisation.

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi