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ODESSA 2019

Tymur Yashchenko • Réalisateur de U311 Cherkasy

"Ce film est venu du coeur"

par 

- Nous avons rencontré le réalisateur ukrainien vivant en Pologne Tymur Yashchenko pour parler de son premier long-métrage, U311 Cherkasy, projeté à Odessa

Tymur Yashchenko  • Réalisateur de U311 Cherkasy

Après avoir présenté son premier long-métrage, U311 Cherkasy [+lire aussi :
critique
interview : Tymur Yashchenko
fiche film
]
, en compétition nationale au Festival international d'Odessa, festival, Tymur Yashchenko a expliqué à Cineuropa pourquoi il a décidé de faire un film sur un chalutier dragueur de mines qui s’est défendu pendant trois semaines, en 2014, avant d’être saisi par les forces russes.

Cineuropa : C’est toujours un risque de raconter une histoire inspirée d’événements réels, notamment quand ils se sont passés plutôt récemment. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de le faire ?
Tymur Yashchenko :
C’est facile : j'ai été tellement inspiré par cette histoire. Oui, ça s’est produit récemment, mais je ne pensais pas vraiment que cela poserait problème. Je ne m’en suis rendu compte que quand nous étions déjà en montage : les gens s'en souviennent encore très bien, et certains ont peur d’en parler si tôt après l’affaire. Mais tout ce qui se passait dans mon pays à ce moment-là m’a donné une énergie considérable. Je pleurais en regardant des vidéos de Maiden et en voyant tous ces changements se produire devant mes yeux. Je travaille surtout en suivant mon intuition, moins guidé par mon intellect. Ce film est venu du cœur. J’ai vu ces marins chanter et il se trouve que je viens aussi de la ville de Cherkasy : j’y suis né. Alors un navire baptisé Cherkasy ?! Je ne savais même pas qu’il existait. Dès l’instant où je l’ai su, il n’y a eu aucun doute dans mon esprit : j’allais faire un film à ce sujet. Après tout, Apocalypse Now a également été réalisé dans la foulée de certains événements. Cela dit, mon idée était d'abord de faire un documentaire sur le sujet.

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Aux cœurs des ténèbres : L'Apocalypse d'un metteur en scène d'Eleanor Coppola et George Hickenlooper ?
Oui. Ce film m’a montré ce qu'est le réalisateur et quel est son rôle sur le tournage. J’ai appris plus de ce film que je n’ai appris à l’école. En réalisant U311 Cherkasy, j’y pensais beaucoup, parce que Coppola et moi-même avons traversé le même genre d'enfer du metteur en scène [rires]. Nous nous sommes aussi inspirés de ce film dès la phase de l’écriture.

Vous dites que vous êtes né à Cherkasy, et c’est un environnement que vous avez déjà exploré, dans votre court-métrage Lew.
Faire ce film m’a beaucoup aidé. Ce n’est qu’après que je l’aie réalisé que l'Agence d'État ukrainienne pour le cinéma a finalement compris que j’étais sérieux. C’était la bonne manière de montrer à tout le monde comment je voulais tourner mon long-métrage. Je ne suis pas certain que nous serions ici aujourd’hui s’il n’y avait pas eu Lew. Ce film m’a aidé personnellement, et il nous a aussi aidé à obtenir des financements.

Les histoires qui ont une importance politique finissent souvent par être assez sentimentales quand elles sont représentées à l’écran, mais vous semblez avoir répugné à aller dans ce sens. Chaque fois qu’une scène menace de prendre cette direction, vous l’amenez ailleurs.
C’est une des raisons pour lesquelles j’ai demandé au scénariste Robert Kwilman de co-écrire avec moi. Comme il est franco-polonais, il n'a pas le pathos que j’ai, du moins moi en tant que patriote ukrainien. Cela nous a permis de trouver une sorte d’équilibre. Je continue de penser que c’est un film poétique et métaphorique, mais j’ai discuté avec de vrais marins et je voulais connaître la vérité. Le projet a une dimension naturaliste, parce que je trouve cela plus intéressant.

Vous venez de montrer votre film au public ukrainien pour la première fois. Attendaient-ils ce genre d’histoire ?
Je ne savais vraiment pas comment les gens réagiraient à Odessa. À vrai dire, je m’attendais à ce qu’ils disent : "WTF?! Où sont les héros ?". Je me préparais au pire et d’une certaine manière, je l’attends encore. Nous étions censés terminer le film l’année dernière, mais si ça avait été le cas, les choses auraient peut-être été complètement différentes. La situation politique a changé de manière significative depuis, et à présent, les gens semblent en être contents. Ils n’ont pas ressenti ce film comme un film de propagande, ce que je voulais éviter à tout prix, aussi parce que je veux montrer ce film à des étrangers. Quand nous avons commencé, j’ai dit à tout le monde : "Je ne sais pas si j’en sais plus que vous, alors travaillons tous ensemble". Mon compositeur, Anton Baibakov,aime aussi suivre son intuition, alors je lui ai juste dit : "Fais passer mon film un cran au-dessus !". Le cinéma, c’est beaucoup plus que juste le réalisateur.

(Traduit de l'anglais)

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