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PULA 2019

Dana Budisavljević • Réalisatrice de The Diary of Diana B.

"Faire un docufiction était la meilleure solution"

par 

- Cineuropa a rencontré Dana Budisavljević pour l'interroger sur The Diary of Diana B., amplement primé au récent Festival de Pula

Dana Budisavljević  • Réalisatrice de The Diary of Diana B.

Dana Budisavljević (Zagreb, 1971), monteuse, productrice et réalisatrice de documentaires, a travaillé sur plusieurs court-métrages, documentaires et séries TV en Croatie, ainsi que sur des coproductions internationales. Le docufiction hybride The Diary of Diana B. [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Dana Budisavljević
fiche film
]
est son premier long-métrage. Il a récemment fait son avant-première en compétition nationale au Festival de Pula, où il a remporté quatre Arènes d’or, notamment celle du meilleur film et de la meilleure mise en scène (lire l’article). Cineuropa a rencontré la réalisatrice pour parler du film et de la figure historique qu'il évoque.

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Cineuropa : Malgré ses actes héroïques pendant la Seconde Guerre mondiale, Diana Budisavljević reste inconnue du plus grand nombre en Croatie et dans le monde. Pourquoi l’avez-vous choisie comme sujet de votre film ?
Dana Budisavljević :
À vrai dire, c’est son histoire qui m’a trouvée. J’ai visité le camp de concentration mémorial de Jasenovac en 2010 et le directeur de l’établissement à cette époque, qui connaissait mon nom, m’a demandé si j’avais entendu parler de Diana ou si j’étais de sa famille. J’ai répondu que je ne savais rien d’elle, et il m’a donné son journal de bord, qui avait déjà été publié par les Archives nationales de Croatie. C’est ainsi que j’ai eu mon premier contact avec Diana et son histoire, qui était complètement inconnue de tout le monde, à l’exception peut-être de quelques personnes dans les cercles historiographiques. C’est une lecture fascinante qui présente des observations complètement nouvelles sur cette période.

Vous insistez sur l’authenticité, en vous appuyant sur ce journal comme source de votre récit et en filmant des lieux et objets réels. Combien de temps les recherches vous ont-elles pris et comment se sont-elles passées ?
En gardant à l’esprit que l’histoire était tout à fait inconnue, et pourtant tellement polémique dans notre région, je voulais faire un film honnête et sincère, donc les recherches historiques étaient nécessaires. Autrement, le film aurait été relégué au rang d'outil de manipulation politique, et il fallait éviter cela. C’est la raison pour laquelle Diana est resté inconnue pendant 70 ans. Les recherches ont commencé dès que nous avons obtenu les premiers financement de la part de MEDIA, et elles ont pris une très grande partie de notre budget. La phase intensive des recherches a duré trois ans, mais nous avons incorporé de nouvelles découvertes pendant tout le temps du développement du projet, c’est-à-dire dix ans.

Vous avez opté pour une approche sous forme de docufiction très spécifique. Était-ce pour vous la seule manière de raconter l’histoire, qui s’appuie sur une petite quantité d’informations globalement assez sèches ?
La décision de faire un docufiction est venue progressivement. Au début, je pensais que le film serait un simple documentaire, puisque mon expérience est dans le documentaire. Il s’est avéré qu’il n’y a pas de témoins pouvant parler de Diana. Il y a des gens qui étaient vraiment de petits enfants à l’époque, de sorte qu’ils ne se souviennent pas d’elle. La seule chose que Diana ait laissé et qui raconte ses actes est son journal. La seule manière de raconter son histoire était de reconstruire les scènes à partir du journal, et c’est ainsi que nous sommes arrivés à la forme du docu fiction. Il eût été possible de faire un travail complètement fictionnel, mais cela aurait requis un budget plus gros que ce que nous aurions jamais pu obtenir. La forme du docufiction était la meilleure solution.

Comment avez-vous équilibré tous les matériels dont vous disposiez et les différentes formes de réalisation ? Quelle était l’idée derrière tout cela ?
Dans la mesure où les scènes de fiction sont des reconstructions de scènes du journal, même avec les meilleurs des acteurs, elles ne pouvaient pas être plus puissantes que la personne elle-même, le témoin vivant. Par ailleurs, si j’avais accordé la même place aux documentaire et à la fiction, ils se seraient heurtés l'un à l’autre. C’est généralement le problème avec le docufiction. Donc l’un des deux devait être en retrait, alors j’ai décidé que les scènes de fiction seraient mises en retrait et qu’elles seraient utilisées pour exposer les faits et reraconter l’histoire de Diana. Elles pouvaient montrer ce qui s'est passé, parce que les témoins n'auraient certainement pas pu savoir cela. Elles pouvaient aussi transmettre de l’émotion parce que si les témoins se souviennent des camps, ils ne se rappellent pas la personne qui les a sauvés, qui était Diana et comment elle a été impliquée dans leurs histoires. Ils ont été sélectionnés soigneusement et filmés d’une certaine manière, de façon à être placés sur le même plan que les personnages de fiction. C’est aussi une des particularités du film. Aussi, il n’y a pas de sentiment de transition brutale entre les différentes parties et les différents types de matériel. Une autre chose était importante pour moi : que je ne sois pas obligée de reconstruire les atrocités dans les scènes de fiction.

(Traduit de l'anglais)

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