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SARAJEVO 2019 Compétition

Mina Mileva, Vesela Kazakova • Co-réalisatrices de Cat in the Wall

"Nous voulions créer un pont entre l'Est et l'Ouest pour voir si l'herbe était plus verte de l'autre côté"

par 

- Nous avons interrogé Mina Mileva et Vesela Kazakova sur leur premier long-métrage, Cat in the Wall, projeté à Sarajevo après sa première mondiale à Locarno

Mina Mileva, Vesela Kazakova  • Co-réalisatrices de Cat in the Wall

Le duo de réalisatrices bulgare formé par Mina Mileva et Vesela Kazakova a décidé, pour son troisième long-métrage, Cat in the Wall [+lire aussi :
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interview : Mina Mileva, Vesela Kazakova
fiche film
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, de s’attaquer pour la première fois à une fiction. Le film est à présent en lice au Festival de Sarajevo, après sa première mondiale à Locarno. Voilà ce qu’elles ont à dire de leur passé compliqué en tant que documentaristes et des difficultés qu’il y a à travailler en dehors de son pays natal.

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Cineuropa : Après deux documentaires, voilà que vous passez à la fiction. Qu’est-ce que vous avez le plus aimé dans l'expérience de faire une fiction ?
Mina Mileva :
Nous avons rencontré tout un tas d’obstacles en faisant nos documentaires. Ils ne sont pas diffusés par la chaîne publique bulgare, qui a pourtant été coproductrice sur les deux. Passer à la fiction était nécessaire à la fois sur le plan créatif et comme moyen de survivre. La réalisation de documentaires est plus dure et plus incertaine. Dans la fiction, le processus de fabrication du film ne peut pas être saboté, et il n’y a pas de conséquences lourdes à supporter.

Vous présentez le film comme un titre "inspiré de faits réels". Qu’est-ce qui est réel et qu’est-ce qui est fiction dans ce film ?
M.M. :
Presque tous les éléments de l'histoire se sont vraiment passés. Nous ne voulions pas gâcher la réalité, si absurde, avec des ajouts fictifs. Nos compatriotes ne cessent de se plaindre de la situation terrible en Bulgarie et de la corruption. Oui, il y a de la corruption en Bulgarie, mais regardez un peu ce qui se passe en Grande-Bretagne au même niveau. Comme dans notre documentaire The Beast Is Still Alive [+lire aussi :
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, nous voulions créer un pont entre l’Est et l’Ouest pour voir si l’herbe est plus verte de l’autre côté.

Votre héros est un architecte bulgare qui n'arrive pas à trouver de travail comme architecte à Londres. Quid des difficultés qui se posent pour des réalisatrices bulgares vivant à Londres ?
M.M. :
Être une réalisatrice bulgare vivant au Royaume-Uni s’est avéré moins difficile qu'être une réalisatrice bulgare vivant en Bulgarie. L'environnement britannique est accueillant. D'où vous venez n’a pas vraiment d’importance, idem pour la qualité de votre anglais, tant que vous faites de bons films. Il y a d’autres frustrations, comme le climat incroyablement sexiste qui règne dans le cinéma, et le fait qu’on ne peut pas survivre en tant que réalisateur indépendant, quel que soit l’endroit d’où l’on vienne. En Bulgarie, il est plus facile de survivre comme réalisateur indépendant.

Vesela Kazakova : J'aime la Bulgarie et je ne prévois pas de rester à l’étranger pour toujours. Depuis que nous avons fondé notre société de production, Activist38, nous travaillons à l’étranger nous avons créé un réseau de contacts international. Nous avons été soutenues plusieurs fois par le Programme Europe créative MEDIA et cela nous a aidées à survivre. Après la folie qui a suivi la sortie de notre documentaire Uncle Tony, Three Fools and the Secret Service, j’ai appris de première main qu’il fallait que j’essaie de travailler au niveau international.

Comment vous êtes-vous partagé le travail sur le tournage du film ?
M.M. : Réaliser un film est une activité qui nécessite d’être combatif. Il faut un compagnon pour se renvoyer la balle en termes d’énergie, des obligations qu'on a et des difficultés qu'on rencontre. Je suis plus timide et moins expérimentée sur le plateau, mais mon point fort en tant qu’artiste visuelle est utile pour composer les scènes et les points de vue, dessiner des croquis ou des storyboards, écrire et récrire les scènes. Vesela travaille plus étroitement avec les acteurs, sur les émotions et la manière dans l’interprétation doit se faire. Nous sommes une petite équipe alors ensemble, il faut qu'on couvre tout. Ça a été un parcours intense et exigeant, et je ne pourrais pas m’imaginer une seule seconde seule à le faire.

V.K. : Avec Mina, nous prenons des décisions rapides quand c’est bon pour le film. C’est parfois difficile sur le tournage même, mais nous avons la chance d’avoir une équipe professionnelle et flexible – par exemple, notre caméraman Dimitar Kostov, notre monteuse Donka Ivanova et notre monteur-son installé à Londres Georgi Marinov.

Il y a cinq ans, Cineuropa a publié une lettre de soutien après que votre documentaire Uncle Tony, Three Fools and the Secret Service vous ait causé des problèmes en Bulgarie (cliquer ici pour la lire). Est-ce que les choses vont mieux ?
M.M. : Grâce à Cineuropa, EAVE, EDN Bulgaria et d’autres, les autorités ont relâché un peu la pression, mais on ne peut pas dire que ça aille "mieux" non plus. Nous avons fait notre premier documentaire et notre premier long-métrage de fiction sans aucun soutien du Centre national de la cinématographie de Bulgarie. Heureusement, notre deuxième long-métrage de fiction va être soutenue par le centre en tant que production à petit budget. Le Ministère de la Culture bulgare n'essaie même pas d'aller chercher de la reconnaissance sur le plan international. Ralitza Petrova, pourtant couronnée à Locarno, s’est vu refuser à trois reprises une aide au développement pour son deuxième long-métrage, alors que certains réalisateurs qui travaillent uniquement pour le marché national reçoivent des millions de leva. C’est devenu la norme ces dernières années.

(Traduit de l'anglais)

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