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RENCONTRES DIJON 2019

Marie Masmonteil • Productrice, Elzévir Films

"Des vases communicants pour l’expression des talents"

par 

- Financement et coût des films, négociations avec les TV et les plateformes : la productrice Marie Masmonteil donne son point de vue lors des Rencontres Cinématographiques de l’ARP

Marie Masmonteil • Productrice, Elzévir Films

Marie Masmonteil qui pilote Elzévir Films avec Denis Carot, est aussi vice-présence du Syndicat des Producteurs Indépendants (SPI). Fine connaisseuse des arcanes du modèle français de soutien à la création, elle nous livre son analyse de la conjoncture des financements du 7e art dans l’Hexagone à l’occasion des 29es Rencontres Cinématographiques de l’ARP (du 6 au 8 novembre à Dijon).

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Cineuropa : Il y a deux ans, ici même à Dijon, vous vous inquiétiez de la contraction du financement de la production cinématographique française par les télévisions, notamment Canal+. Où en est-on aujourd’hui ?
Marie Masmonteil : Nous attendons les chiffres 2019, mais il est assez frappant de constater qu’en 2018, Canal+ a engagé 110 M€ pour les films d’expression originale française contre 170 M€ en 2012. Globalement, tous les financements, sauf le crédit d’impôt et les aides régionales, sont en baisse. Du côté des chaînes, France Télévisions et Arte ont néanmoins maintenu le cap avec des efforts conséquents, mais c’est quand même Canal+ qui est le principal financeur du cinéma français. Donc le budget moyen des longs métrages baisse, quel que soit le type de film, et les producteurs doivent trouver des financements soit sur leurs fonds propres, soit en étant en risque sur leurs films.

Cette tendance est-elle inéluctable ? Quelles sont les perspectives pour le financement du cinéma par les télévisions ? Et quid des plateformes ?
D’abord, je ne pense pas du tout qu’il y ait trop de films car sur les 300 longs agrées français en 2018, il y avait 63 coproductions minoritaires avec d’autres pays et 56 documentaires : 181 films de fiction d’initiative française, ça n’a rien de fou ! Mais il y a une réflexion générale à avoir sur le coût des films. Certains ont évidemment des coûts incompressibles, ceux avec des effets spéciaux, les films d’époque, ceux qui ont besoin d’un acteur spectaculaire, etc., mais c’est à chaque producteur de choisir sa stratégie. Ensuite, la nouvelle loi audiovisuelle va inciter les organisations professionnelles à aller négocier avec les éditeurs de services, c’est-à-dire les chaînes TV et les plateformes. Nous sommes déjà en train de discuter, avec de bonnes chances d’aboutir à un accord, pour confirmer l’engagement de France Télévisions dans le financement du cinéma, notamment en leur donnant la possibilité de diffuser les films en replay, ce qui est très important afin de leur offrir une meilleure exposition des films. Avec TF1, les négociations sont beaucoup moins avancées et tournent autour de l’idée d’obligations d’investissement au niveau du groupe et non chaîne par chaîne. Et nous avons pleinement confiance en Arte qui est la chaîne qui expose le mieux les films. Enfin, en ce qui concerne Canal+ et Ciné, nous avons conclu des accords en 2018 et 2019 et nous souhaitons naturellement qu’ils continuer à fonctionner.

La négociation avec les plateformes, Netflix en tête, va être plus compliquée. D’abord car elles n’ont pas l’habitude de négocier et qu’elles ne l’ont jamais fait pour l’instant avec les organisations professionnelles du cinéma. Par ailleurs, la nouvelle loi audiovisuelle prévoit que la définition des obligations de financement en faveur respectivement de la production audiovisuelle et du cinéma, se fera en fonction de la consommation des abonnés des plateformes. Cela inquiète beaucoup toutes les organisations du cinéma car par exemple pour Netflix, cette consommation s’opèrerait apparemment prioritairement en direction des séries. Donc nous pensons que ce sera un peu la portion congrue pour le financement et le préfinancement des œuvres de cinéma. C’est donc un nouveau combat qui s’annonce pour faire ce que nous avons toujours fait en France : intégrer les nouveaux acteurs dans le financement du cinéma.

Si on est un peu optimiste, on peut espérer que sur l’ensemble des plateformes, certaines seront plus intéressées que d’autres par le cinéma, comme Warner ou même Amazon, et qu’on restera à un niveau global de financement du cinéma français équivalent à celui actuel en compensant la baisse des investissements de certaines chaînes historiques. C’est d’ailleurs l’objectif du ministre de la Culture et des pouvoirs publics. Si ce n’est pas le cas, il y aura au moins davantage de possibilités de production de séries françaises pour les plateformes. Et il peut y avoir des vases communicants pour l’expression des talents comme le montrent actuellement Rebecca Zlotowski et Jacques Audiard avec des séries pour la télévision entre deux films pour le cinéma.

Chez Elzévir, nous avons toujours produit aussi bien pour la télévision que pour le cinéma. La première nous donne une forme de sécurité qui nous permet de "faire des bêtises" en produisant des films improbables, mais qui sont parfois ceux qui ont le mieux marché comme Party Girl [+lire aussi :
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qui n’était pas très gagnant sur le papier. Donc il va falloir bien faire son métier (rires), mais je suis plutôt optimiste.

Quelle est l’actualité d’Elzévir Films ?
Notre série À l’intérieur (6x52mn), autour de l’histoire d’un meurtre dans une clinique psychiatrique, a été diffusée fin août sur France 2. Du côté cinéma, nous avons en post-production L’Horizon d’Émilie Carpentier (lire l’article), un premier long métrage altermondialiste autour d’une bande de jeunes luttant contre un projet de centre commercial. Nous produisons d’ailleurs beaucoup de films en ce moment autour de la jeunesse, notamment celle des banlieues qui est beaucoup plus diverse et désireuse de se projeter dans l’avenir que ce que l’on peut raconter parfois. Sont également en post-production les documentaires Bigger Than Us de Claire Vasseur (qui suit sept jeunes activistes du monde entier) et La Valeur de la terre de Geoffrey Couanon. Enfin, il y a la coproduction avec le Maroc de Mica d’Ismaël Ferroukhi (article), l’histoire d’un gamin pauvre de Fez qui va se retrouver confronté, à travers le tennis, à la haute société de Casablanca.

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