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LANZAROTE 2019

Maya Kosa et Sérgio da Costa • Réalisateurs de L’Île aux oiseaux

"Nous fonctionnons par contradiction, et ça en devient absurde"

par 

- Les réalisateurs Maya Kosa et Sérgio da Costa présentent à la 9e édition de la Muestra de Lanzarote un beau documentaire, une fable écologique et poétique intitulée L’Île aux oiseaux

Maya Kosa et Sérgio da Costa • Réalisateurs de L’Île aux oiseaux

Maya Kosa et Sérgio da Costa, réalisateurs de la production suisse L’Île aux oiseaux [+lire aussi :
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interview : Maya Kosa et Sérgio da Costa
fiche film
]
, ne sont pas à la Muestra de Lanzarote, où le documentaire a été projeté cette semaine. En raison de leurs convictions écologistes, ils préfèrent ne pas voyager en avion, mais ils ont accepté de répondre aux questions de Cineuropa en ligne.

Cineuropa : Qu'est-ce qui vous a tant attiré dans le monde fascinant des oiseaux pour que vous décidiez de faire un film à leur sujet et comment avez-vous trouvé cet endroit, où on soigne les oiseaux ?
Maya Kosa : En 2013, avec des amis, nous vivions dans une maison abandonnée dans un quartier résidentiel de Genève. Nous avions un grand jardin où les plantes et les arbres poussaient librement, ce qui attirait beaucoup d'oiseaux. Curieux de ces nouveaux voisins, dont nous ignorions tout, nous avons décidé d'acheter un guide et des jumelles pour nous rapprocher d'eux. C'est ainsi que nous sommes entrés dans leur monde, infiniment complexe et beau.

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L'idée de faire un film s'est présentée à peu près à la même époque, suite à la découverte, dans ce même jardin, d'un martinet noir blessé. Ne sachant que faire de ce petit oiseau migrateur, nous avons cherché sur internet un lieu où il pourrait être soigné. C'est grâce à ce petit oiseau que nous avons atterri au Centre ornithologique et de réadaptation de Genthod, situé à côté de l'aéroport de Genève.

Pourquoi avoir décidé d'utiliser une voix-off pour la narration ?
M.K. : L'idée de la voix-off était présente depuis le début, mais elle a pris sa forme définitive à la fin d'un long processus de montage. Au départ, nous avions demandé à Antonin, le personnage principal, de tenir un journal parallèlement à sa formation auprès de Paul, l'éleveur de rats. Il devait y relater son expérience. Nous n'avons découvert ce qu’Antonin avait écrit dans ce journal qu’au début du montage et c’était très éloigné du personnage composé par les images. Nous n'avons donc rien gardé de ses textes. Cependant, comme l'a dit Antonin, l'écriture de ce journal lui a permis d'être aussi ce personnage en dehors du tournage et ainsi, de le renforcer. L'écriture, chaque soir, était comme une sorte de prolongement de l'expérience qu'il faisait du lieu le jour. Au moment de l'écriture de la voix-off, à la fin du montage, l'emploi de la première personne dans la narration a été conservé. Au-delà de l'expérience intime du lieu, il fallait camoufler une série d'informations sur le fonctionnement du centre, et au contraire intégrer des éléments nécessaires à la progression du récit, comme par exemple le lien entre Antonin et Paul, Antonin et Émilie la vétérinaire, ou encore Antonin et la chouette. 

L'utilisation de la musique est particulière, car elle renvoie au religieux. Regardez-vous les oiseaux avec un sentiment de foi ?
Sérgio da Costa : Non, mais avec respect oui. Nous avons essayé de respecter la sensation d’étrangeté qu’on peut ressentir quand on observe vraiment un animal. L’animal sauvage instaure une distance et un mystère qui nous touche beaucoup, Maya et moi. L’utilisation de la musique religieuse a plus à voir avec une dimension mystique que spirituelle. Quand les yeux des oiseaux nous regardent, comme c’est particulièrement le cas lors des scènes d’opérations, on a l’impression d’accéder à leur intériorité sans savoir pour autant de quoi elle est faite, et cette sensation est très profonde.

Tuer pour sauver et manger les autres... Vivons-nous sur cette planète dans une pure contradiction ?
S.C. : L’existence même de ce centre ornithologique renvoie à une contradiction toute humaine : tout en nuisant aux oiseaux, nous les sauvons. Nous fonctionnons par contradiction, et ça en devient absurde.

La peur de la liberté, de sortir de sa zone de confort, est un autre sujet du film. Sommes-nous capables de renoncer à la liberté pour la sécurité ?
S.C. : Je pense que nous sommes sans arrêt tiraillés par des sentiments et des désirs contradictoires. Nous bataillons intérieurement entre intérêt et volonté. Quand les menaces sont trop fortes et que la confiance nous manque, nous penchons vers la sécurité. Pour vivre en liberté, il faut être fort ou sentir qu'on fait partie d’un milieu bienveillant et solidaire. La bienveillance et la solidarité, c’est peut-être ce qu’il nous fait défaut trop souvent, aujourd’hui.

Considérez-vous le film comme une oeuvre écologiste ou préférez-vous laisser le public découvrir seul ses multiples couches et nuances ?
S.C. : Nous espérons provoquer des questionnements chez le spectateur, en lien avec les différentes couches thématiques du film. L’une d’elles est bien sûr l’écologie, que nous traitons d’un point de vue plus philosophique que scientifique. Le film est une sorte de fable écologique qui, nous l’espérons, ne véhicule pas un discours clos et qui a la capacité provoquer une crise existentielle en chacun de nous.

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