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LES ARCS 2019

Halina Reijn • Réalisatrice d'Instinct

"Je veux provoquer"

par 

- Nous avons discuté avec la réalisatrice hollandaise débutante Halina Reijn de son film Instinct, en compétition au Les Arcs Film Festival

Halina Reijn • Réalisatrice d'Instinct
(© Alexandra Fleurantin / Les Arcs Film Festival)

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, son premier long-métrage, Halina Reijn a obtenu l’aide de l’actrice post-Game of Thrones Carice van Houten, ici dans le rôle d’une psychanalyste qui développe des sentiments pour un patient : un violeur en série violent (Marwan Kenzari) dont tout le monde considère qu’il a complètement changé – tout le monde sauf elle. Nous l'avons interrogé à l’occasion de la projection du film en compétition au Festival des Arcs.

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Cineuropa : Les gens peuvent s’offusquer quand on aborde des portraits de la sexualité féminine aujourd’hui, préférant une approche simple, en noir et blanc. Ce n’est pas ce que vous faites ici du tout.
Halina Reijn :
J’ai vu une émission de télévision il y a cinq ans et un épisode s’appelait "L’amour interdit en prison". Il ne s'agissait pas un incident isolé, ça se produit assez souvent dans ces contextes. Une garde de prison femme tombe amoureuse d’un criminel, ou une psychanalyste d’un violeur. J’ai pris ces histoires – donc on pourrait dire que le film s’inspire de faits réels – et j’ai commencé à développer le film bien avant #MeToo. J’ai toujours été fascinée par le sexe le pouvoir. Je viens du théâtre et je travaille depuis un certain temps avec le [metteur en scène] Ivo van Hove, et on fait toutes ces pièces classiques, Hedda Gabler, Shakespeare, qui parlent de cela aussi, mais toujours d’un point de vue masculin. Le truc, si on veut montrer la sexualité féminine, c’est qu’il faut aussi observer les zones grises. Je suis forte, mais parfois je veux de la protection. Pourquoi ai-je toujours ces besoins impérieux ? La polarisation, c’est bien, et nous en avons besoin comme société, mais pas en art.

Nicoline semble troublée également par ses sentiments. Ce fossé entre le fantasme sexuel et la réalité m'a rappelé La Pianiste.
Ce film a été très important pour moi. À chaque fois qu'Isabelle Huppert joue un rôle, je me sens moins seule. Ce que je voulais montrer, bien que ça puisse sembler cliché, c’est que ce sur quoi on fantasme n’est pas nécessairement quelque chose dont on veut que cela se produise dans la vie. Parce que ce n’est pas romantique, c’est juste horrible. Mais bon encore une fois, qu’est-ce que la sexualité féminine ? Nous venons seulement d’obtenir le droit de vote, en gros, donc nous ne savons pas grand-chose sur nous-mêmes. Tout cela est très mystérieux et vague. Mon film est radical parce que mon personnage principal est dominant, mais elle est aussi très masochiste. C’est une métaphore de ce que nous faisons qu’en tant que femme : soit nous essayons de plaire à tout le monde ou nous allons contre la tendance, mais qui sommes-nous, vraiment ? Nous n’avons pas d’espace pour nous en rendre compte, ou du moins pas encore, donc on obtient ces monstres à la Frankenstein qui veulent être des mères, des filles et des femmes d’affaires.

On peut avoir des tueurs en série séduisants au cinéma, pas de problème, mais l’idée d’avoir un violeur en série séduisant… C’est quelque chose qu’on ne peut pas faire, normalement.
Je ne peux nier que ces sujets sont délicats. Nous ne voulions pas rendre le viol glamour, nous ne montrons à aucun moment de la nudité féminine. En même temps, je veux provoquer. C’est pour cela que j’ai choisi Marwan Kenzari pour le rôle d’Idris : il est beau et charismatique, il n’a pas besoin de "jouer" pour avoir l'air masculin. C’est le genre de dynamique que je voulais explorer en moi-même. Pourquoi suis-je attirée par ce genre de type, pourquoi ne pas choisir simplement le type gentil ? Pourquoi on va aller chercher quelque chose qui nous détruit au lieu d’aller simplement faire du sport, de s'acheter des fleurs et d'être heureuse pour une fois ? Pour moi, c'est ça l'art : vous mettez tout votre merdier sur l’écran. Mais vous avez raison, beaucoup de gens ont eu peur de ce film et n'ont pas voulu y être mêlés en aucune façon.

Il y a quelques décennies, les soi-disant "thrillers érotiques" était très populaires, mais ils semblent avoir complètement disparu. Comment expliquez-vous cela ?
J’aime Basic Instinct, j’aime tous ces films. J’ai toujours été attirée par ce genre, même si le mien est plus d’auteur et plus radical. Les hommes hétérosexuels ont peur de ces films, car ils pensent : si je m’y associe, de quoi ai-je l’air ? Avec les femmes, ça semble plus facile – il y a des choses comme Queen of Hearts [+lire aussi :
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, qui explore l’idée de la femme auteur des faits. Ce qui peut être très libérateur, mais pour les hommes, c’est simplement confondant.

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(Traduit de l'anglais)

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