email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

LES ARCS 2019

Nathalie Biancheri • Réalisatrice de Nocturnal

"Faire ce film a été une attaque cardiaque constante"

par 

- Cineuropa a bravé la neige pour parler à la réalisatrice Nathalie Biancheri de Nocturnal à l'occasion du Festival des Arcs

Nathalie Biancheri • Réalisatrice de Nocturnal
(© Romuald Maginot / Les Arcs Film Festival)

Le premier long-métrage de Nathalie Biancheri, Nocturnal [+lire aussi :
critique
interview : Nathalie Biancheri
fiche film
]
, projeté au Festival des Arcs dans la section Hauteur, tourne autour de l'étrange lien qui se crée entre une fille adolescente (Lauren Coe) et un homme bien plus vieux (Cosmo Jarvis qui garde un secret qu’il ne sait pas comment dévoiler.

Cineuropa : La relation que vous montrez dans le film n’est pas exactement évidente. Sans vouloir "spoiler" le film, disons que jusqu’à un certain point, le spectateur n’a aucune idée de ce qui se passe.
Nathalie Biancheri
: Au départ, le mystère des deux personnages était maintenu pendant beaucoup plus longtemps. Je me suis mise à penser : qu’est-ce qui dans le personnage de Pete fait qu’il est impossible pour lui de partager son secret ? J’ai décidé d’interroger des personnes dans des situations similaires et ça a vraiment modelé le scénario. Il était important de conserver cette tension pour que les spectateurs puissent faire leurs propres suppositions, aussi quant à ce que cet homme veut vraiment. Ensuite, quand on apprend tout, on peut revisiter la partie initiale. Je ne voulais pas "trompere le public pendant 70 minutes, c'eût été fatigant et gratuit, mais la question des raisons pour lesquelles il ne peut pas s’ouvrir est probablement la plus intéressante pour moi.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Un homme aussi solide, tout en restant sensible, qui vient de la classe ouvrière, me fait penser au cinéma britannique des années 1960. Comment le voyiez-vous au départ ?
J’ai toujours eu l’impression qu’il était très vulnérable. Pete n’a pas vraiment eu la chance de choisir, donc il s’est juste dit "fuck it" et il est resté dans cette adolescence permanente. Mais je n’ai jamais imaginé que ce serait si évident à l’écran. Quand j'ai choisi Cosmo, il tendait vraiment vers cette vulnérabilité et je ne voulais pas dévoiler tout de suite dans quelle position il se trouve. Quand il a commencé à jouer Pete, je e suis mise à voir l’autre côté de ce type. Il donne l’impression d’être un oiseau blessé, si dur et pourtant si fragile. Je pense vraiment qu’il a "ressenti" son personnage. C’est une chose si belle quand, après avoir investi tant de travail dans un projet, des choses peuvent encore vous surprendre sur le plateau.

Pourquoi avez-vous décidé de montrer leurs interactions principalement la nuit ?
Quand j’ai reçu le scénario, il s’appelait déjà Nocturnal et j’adorais tout simplement ce titre. Il m’a fait penser à une certaine ambiance ou atmosphère qu'on trouve la nuit. Au Royaume-Uni, on va souvent dans des petites villes de bord de mer et c’est à cette heure-là qu’elles se transforment. Toutes ces petites lumières s’allument, il y a de la brume suspendue dans l’air. C’était vraiment une référence importante pour moi : cette dualité. Laurie est encore à l’école, donc c'était logique qu’ils se voient après les heures de travail, avec la nuit pour les protéger. Même si, dans la première partie, quand on ne sait pas encore ce qui se passe, on se dit : "Pourquoi montes-tu dans la voiture de ce type la nuit ?!". D’un point de vue pratique, il n’y avait pas vraiment de cette protection, mais c’était important d’une certaine manière. Parfois, la plus petite chose peut établir tout l’aspect visuel du film.

Ce film représentant votre passage à la fiction, qu’est-ce qui a, d'après vous, été le plus intéressant dans ce changement d’approche ?
Les circonstances de la réalisation de ce film ont été assez folles, car rien n’était prêt quand nous avons eu le feu vert. Je n’étais même jamais allée dans le Yorkshire ! C’était comme une crise cardiaque permanente. On a tourné le film en 17 jours, sans répétitions. Quand je filmais des documentaires, j'avais toujours plus de temps et d’espace. L’idée de Nocturnal était très précise, mais tout s’est posé en obstacle, à un niveau extrême. Ça a été comme un baptême du feu. Mais finalement, ça ne m’a pas découragée : je tourne mon prochain film en avril.

Avoir si peu de temps va contre toute l’idée de la réalisation de films. Par chance, j’ai choisi Lauren assez tôt, donc nous avons eu du temps pour parler. Avec Cosmo en revanche, en partie à cause de son calendrier, ça a été extrêmement compliqué. On a eu une relation où on s'est beaucoup heurté l'un à l'autre, très chargée, mais je pense qu’il a vu comme j’étais dévouée par rapport au projet, et j’ai certainement vu sa passion. J’ai bloqué tout le film avec mon directeur de la photographie avant leur arrivée, comme au théâtre, mais à l’intérieur de ces limites, ils avaient en fait beaucoup de liberté.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi