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Marcin Krzyształowicz • Réalisateur de Mister T.

"Qui ne veut pas être anarchiste ?"

par 

- Cineuropa a parlé à Marcin Krzyształowicz, le réalisateur de Mister T., qui fait déjà polémique dans son pays, la Pologne, avant même sa sortie le jour de Noël

Marcin Krzyształowicz • Réalisateur de Mister T.

Le drame fictionnel Mister T. [+lire aussi :
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interview : Marcin Krzyształowicz
fiche film
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de Marcin Krzyształowicz (à moins que ce ne soit une comédie ?), qui fait déjà l’objet de polémiques en Pologne, les journalistes locaux essayant de trouver des similarités entre le film et Diary 1954 de Leopold Tyrmand, un des écrivains les plus iconiques de la période d’après-guerre en Pologne, se plonge dans l'univers en noir et blanc d’un écrivain des années 1950 qui lutte pour survivre, déchiré entre le système oppresseur dans lequel il essaie de naviguer et sa propre imagination sauvage. Le film arrive dans les cinémas polonais le jour de Noël avec Kino Świat. Nous avons discuté avec son réalisateur.

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Cineuropa : Quelle est votre opinion sur les réactions échauffées que le film semble d’ores et déjà provoquer en Pologne, ou du moins sur les affirmations selon lesquelles il raconte la vie de Leopold Tyrmand ?
Marcin Krzyształowicz
: La réponse à cette question est difficile, car le film n’est même pas encore sorti dans les salles. La seule chose sur laquelle je peux commenter, c’est sur quelque confusion, qui s'est tarie d'un coup dès que nous avons partagé notre expertise juridique avec les journalistes qui nous interpellaient. Nous ne nous sommes pas servi du travail de Tyrmand du tout dans le film, donc du point de vue de la loi, de la manière dont elle fonctionne en Pologne, la situation est claire. Mon seul regret est que ces gens ait supposé quelque chose sans se documenter correctement d’abord, sans même lire son Diary 1954 ! Ils ont dit qu’ils avaient "consulté des expertse. Pour moi, c’est une blague.

Les histoires librement inspirées de vraies personnes ne sont pas si rares. Avez-vous été surpris quand d’un coup, tout le monde voulait savoir ce qui était vrai dans le film et ce qui ne l’était pas ?
Je pense que nous avons touché un nerf sensible ici. C’est ça, la curiosité, je dirais, c’est un peu malsain. Qu’est-ce que les gens pourraient tirer d’une réponse précise sur qui se cache derrière la lettre T. du titre ? Est-ce que cela provoquerait de l’émotion, une réflexion du nature intellectuelle ? Je ne pense pas. Et vous ne pouvez pas vraiment répondre à cette question, même si elle continue d'être posée. C’est une chose que je regrette, personnellement, parce que j’espérais, j’espère toujours, que ce film suscite autre chose que juste des potins. Quand nous l’avons montré à l’étranger, ou même au public international du Festival Camerimage, personne n’en a rien eu à faire – ils ont juste vu le film comme un récit sur le combat d'un intellectuel contre le système. Ils l’ont vu comme un film anarchiste, et je crois que ça me plaît. Qui ne veut pas être anarchiste ?

Une telle approche rend sans nul doute cette histoire plus universelle.
Tout le monde peut adapter sa propre réalité à cela, d’où l’opinion qu’il est un peu anti-Trump. Tout cela est un peu simplet, vraiment, car Mister T. parle de la manière dont le monde extérieur ne vous laisse pas être qui vous êtes. Sans doute qu'il y a aussi un contexte local, et pour les spectateurs polonais, “Zbysiu” va sans doute évoquer le [poète encensé] Zbigniew Herbert. Mais pour tous les autres, c’est juste un ami du personnage principal. Je pense que nous avons passé le test d’universalité et tout le monde peut reconnaître la dimension kafkaïenne de cette histoire, même si au début, elle pourrait sembler assez hermétique.

Ces dernières années, les films en noir et blanc sont devenus un phénomène plutôt commun, mais dans Mister T., ce qui semblait une intrigue "respectable" se transforme vite en film fantastique. Vous montrez deux mondes différents ici !
Il y a eu beaucoup de questions sur la photographie en noir et blanc, pratiquement dès le tout début. Je ne voulais pas que ce soit triste que ça devienne pesant pour le spectateur. C’est drôle, parce qu’à travers ce monde en noir et blanc, je voulais en fait découvrir différentes nuances, ou même la couleur ! Et pour revenir à votre question sur la duplicité de ce monde, nous savions que l’histoire jouerait sur deux niveaux : il y a cette réalité qui l’entoure et puis le monde de son imagination, où il ose s’opposer au système. Je ne voulais pas que le spectateur le déchiffre dès le départ, donc on ne peut se rendre compte que ce n’est pas réel que quand on est bien installé dans le film, qu’on a adopté son univers. En surface, notre héros est forcé de participer à plusieurs situations absurdes mais en dessous de ça, un groupe de conspirateurs est déjà en train de mettre en place leur propre plan explosif. Pour certains, Mister T. est un drame, pour d’autres une comédie. Ou c’est juste un drôle d’hybride, parce que d’une certaine manière, ce qui se passe de manière souterraine est tout aussi réel – c’est ce que l’artiste imagine, ce qui constitue la matière de son livre futur.

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(Traduit de l'anglais)

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