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FRANCE

Daniela Elstner • Directrice générale d’UniFrance

"Une variété de films qui n’existe quasiment nulle part ailleurs dans le monde"

par 

- La nouvelle directrice générale d’UniFrance, Daniela Elstner, analyse les nouveaux défis de la promotion du cinéma français à l’international dans un panorama de la diffusion en pleine mutation

Daniela Elstner • Directrice générale d’UniFrance

A l’avant-veille des 22es Rendez-Vous du Cinéma Français à Paris (du 16 au 20 janvier), rencontre avec Daniela Elstner, la nouvelle directrice générale d’UniFrance, en poste depuis octobre au sein de l’agence de promotion du cinéma français à l’international (présidée par Serge Toubiana). Un nouveau rôle pour une professionnelle chevronnée après dix années chez Les Films du Losange, puis onze à la tête de Doc & Film International.

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Cineuropa : Quelles sont vos priorités à votre nouveau poste de directrice générale d’UniFrance ?
Daniela Elstner : UniFrance a un vrai savoir-faire qu’il ne s’agit pas de bouleverser, mais il faut réfléchir à la meilleure manière d’accompagner en promotion les transformations actuelles de la diffusion des films. Sur le versant traditionnel, avec les distributeurs, les sorties salles et les festivals, nous devons renforcer nos actions et maintenir notre efficacité dans un contexte budgétaire un peu contraint puisque nous devons faire autant de choses avec un peu moins d’argent. Mais il faut aussi jongler avec les nouveautés comme les sorties mondiales sur les plateformes. Car quel est notre rôle quand un film est acheté par exemple par Netflix monde ? Aujourd’hui, Netflix est très en demande de soutien car ils se sont probablement rendus compte qu’un festival, avec une présence des cinéastes et des interprètes, c’est bénéfique ensuite pour la sortie plateforme. Mais UniFrance est au service de ses membres, producteurs, artistes et exportateurs, nous ne sommes pas ayant-droits, mais au service des ayant-droits. Donc jusqu’où nos membres souhaitent-ils qu’on les accompagne, quelle est notre position et notre force de frappe marketing en direction des plateformes ? A-t-on vocation par exemple à rassembler et à proposer un ensemble de films français aux plateformes sous une bannière commune ? Certains y sont favorables, d’autres non car ils pensent que cela serait une forme de ghettoïsation du cinéma français sur les plateformes qui n’est pas souhaitable car chaque film français peut exister par lui-même. Tout cela peut se discuter, mais ce sont typiquement les questions qui vont nous occuper dans les années à venir. Mais n’oublions pas que si les plateformes s’intéressent à notre cinéma et que si nos longs métrages y sont bien représentés, c’est aussi parce que nous avons toujours maintenu une présence très forte en salles. Car les plateformes connaissent le cinéma français, ce qui n’est pas le cas des cinémas d’autres pays.

Nos initiatives comme MyFrenchFilmFestival, notre festival en ligne, sont également très importantes, car ce sont des moments de test pour tout le monde, que nous pourrions peut-être décliner davantage sur certaines zones géographiques, comme nous pourrions éventuellement faire vivre d’une autre manière et sur d’autres plateformes notre programme Young French Cinema qui permet actuellement de booker des sorties salles aux Etats-Unis directement via une plateforme présentant des films que nous sélectionnons.

Au-delà des inévitables variations annuelles en fonction du succès d’un ou deux titres, les performances françaises à l’international doivent-elles privilégier un certain type de films ?
Le marché nous devancera toujours et c’est tant mieux. Nous sommes là pour accompagner, non pour dicter. Nous avons eu par exemple une période de comédies qui ont très bien marché, notamment en Allemagne, mais cette vague reflue un peu, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne peut pas revenir. Ce que nous pouvons et ce que nous devons faire, c’est que l’ensemble des films français soient vus par les acheteurs potentiels, donner envie du cinéma français, faire savoir qu’il existe en renforçant notre travail avec la presse internationale, non seulement film par film, mais d’une manière plus globale. Nous disposons d’une variété de films qui n’existe quasiment nulle part ailleurs dans le monde, et nous arrivons à exporter nos films du plus gros au plus petit, ce que même les Américains ont du mal à faire. Cette diversité, comment la faire exister aujourd’hui dans son ensemble ? Les festivals organisés à l’étranger par UniFrance sont des vecteurs essentiels car ce sont presque des manifestations d’avant-premières avec des films déjà achetés, ce qui aide la promotion : les journalistes s’y intéressent car les films vont sortir. Là-dessus, nous greffons quelques films non-distribués pour compléter.

Des surprises peuvent encore survenir aujourd’hui, et c’est là que nous devons accompagner. L’année 2019 en donne de très beaux exemples avec des films comme Les Misérables [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Ladj Ly
fiche film
]
de Ladj Ly que peu de professionnels en France aurait imaginé sur le papier à un niveau de ventes dans plus de 50 territoires.

Quelles zones géographiques sont des gisements de croissance pour le cinéma français ?
L’Amérique Latine est un territoire où nous devons être très présents. Nous y redoublons nos efforts, notamment à travers des festivals locaux que nous pouvons accompagner. Car le cinéma est en croissance au Mexique, au Pérou, en Colombie, etc.

En Europe, les films français marchent bien, mais comme rien n’est jamais gagné d’avance, ce sont évidemment des pays, en particulier l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, à ne surtout pas négliger. Nous y organisons déjà beaucoup de choses et nous allons continuer. Nous essayons d’ailleurs de sensibiliser au maximum nos artistes au fait qu’il est aussi important d’aller à Francfort qu’à New York, car il faut chercher le public là où il est.

Depuis l’an dernier, c’est plus compliqué en Chine pour des raisons de raidissement de la censure. C’est un problème car c’est un énorme marché où les freins politiques compliquent la donne. L’un des premiers moyens de contourner cet obstacle, ce sont les coproductions qui sont en train de se développer, mais j'espère surtout que les pouvoirs publics français poursuivront le dialogue avec les autorités chinoises pour encourager l'ouverture de ce marché en pleine expansion à la diversité des productions étrangères à l'instar du marché français qui est une terre d'accueil du cinéma du monde.

Quelle est l’importance des 22es Rendez-Vous du Cinéma Français à Paris ?
La force de ces rendez-vous, c’est que tous les acheteurs peuvent en quatre jours se concentrer sur le cinéma français. Tout est très facile, très convivial, tout est à portée de mains dans un périmètre d’un kilomètre et les acheteurs ont du temps pour parler avec les exportateurs, ce qui est très précieux. Cela n’a rien à voir avec un marché de festival où il faut courir voir un film le matin pour vite faire une offre, annuler un rendez-vous car on doit finalement en faire un autre pour négocier sur un film, etc. Un engouement collectif à la suite d’une projection de marché peut aussi se produire ici à Paris, mais il y a plus de temps et de bonne humeur. Le tout début d’année, c’est aussi une date excellente car il y a une réflexion sur les line-up de l’année à venir et de la suivante. Par ailleurs, UniFrance et son pendant audiovisuel TVFI ont invité cette année des acheteurs des plateformes pour une journée qui leur est dédiée la veille des Rendez-Vous du Cinéma Français. Nous invitons aussi aux Rendez-Vous des exploitants de certains territoires ; cela stresse parfois un peu le distributeur d’un film préacheté que l’exploitant le plus important de son pays découvre le film en même temps que lui, mais cela a l’avantage que des directeurs de salles puissent voir une grande partie des films français qui seront distribués chez eux : cela avance leur travail et cela aide le cinéma français pour la programmation ultérieure en salles, ce qui est le nerf de la guerre.

Nous pouvons globalement être optimistes car nous avons un beau cinéma avec des films très variés, beaucoup d’énergie et des pouvoirs publics plutôt de notre côté en ce qui concerne l’exportation.

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