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FRANCE

Manuel Chiche • Distributeur, The Jokers

"Maintenant, on ne fait plus de prophétie"

par 

- Manuel Chiche, le percutant pilote de la société française The Jokers, éclaire les dilemmes des distributeurs indépendants entre attente de la réouverture des salles et lancements en VOD

Manuel Chiche  • Distributeur, The Jokers
(© Lea Rener)

Découvert à la Semaine de la Critique à Cannes l’an passé, Vivarium [+lire aussi :
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interview : Lorcan Finnegan
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de Lorcan Finnegan a été lancé dans 65 salles de l’Hexagone le 11 mars, mais est resté quatre jours seulement à l’affiche avant que les cinémas ne soient contraints à fermer. Manuel Chiche, distributeur du film (via The Jokers et Les Bookmakers) s’était alors promis de ressortir le film à la réouverture des salles. Mais finalement, le second long métrage du prometteur réalisateur dublinois sort en France en VOD (lire l’article), profitant de la dérogation exceptionnelle à la chronologie des médias. Cineuropa a contacté Manuel Chiche pour en savoir davantage et tenter de décrypter la situation actuelle très difficile à laquelle sont confrontés les distributeurs indépendants.

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Cineuropa : Pourquoi avoir changé d’avis sur Vivarium, avoir renoncé à le ressortir en salles pour le lancer en VOD ?
Manuel Chiche : Nous nous sommes résolus à rendre disponible Vivarium en VOD car il est sur tous les sites pirates. Comme nous n’avons pas encore d’idée précise sur la réouverture des salles, dans le monde d’aujourd’hui, un film qui retournerait en salles quatre ou cinq mois après sa première sortie, en général il serait disponible partout. Nous avons procédé à une vérification et à une analyse des sites pirates sur lesquels il est disponible. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que nous essayons toujours de sortir un film en même temps que les États-Unis ou une, deux semaines avant quand c’est possible. Là, Vivarium est sorti en salles et en VOD en même temps, donc ensuite le fichier s’est retrouvé un peu partout. Nous avons fait ce constat et surtout, nous nous sommes dit qu’en juillet, sous réserves que les salles rouvrent en France à ce moment là, ce serait trop tard, cela ferait trop longtemps : même si les exploitants programmaient de nouveau le film, nous ne sommes pas trop sûrs qu’il arriverait encore à faire des entrées. Donc, à un moment, entre le pas grand-chose de la VOD et un potentiel zéro, nous nous avons choisi le pas grand-chose de la VOD. Ce n’était pas de gaité de cœur d’autant plus que le film avait bien démarré en salles : nous étions contents des résultats, les salles aussi et tous les circuits s’étaient engagés à le reprendre à la réouverture. Le problème, c’est que cette réouverture s’éloigne sans cesse. À chaque fois, on se dit que cela va être bon pour le mois prochain et finalement, ce n’est pas bon. Les salles vont rouvrir probablement, mais sous certaines conditions qu’on ne connaît pas encore. Donc on fait quoi ? On ne peut pas rester sans rien faire et il y a aussi des gens accessoirement qui voudraient voir Vivarium en dehors des sites pirates. Nous avons attendu très longtemps avant de nous décider, mais nous nous sommes dits que c’était finalement ce qu’il y avait de plus simple à faire.

Le calendrier de vos autres sorties est-il un work in progress de reports incessants ?
Nous avons arrêté pendant un bon moment parce que j’en avais assez de faire de la science-fiction toutes les semaines avec les équipes. Cela devenait stérile. Là, nous avons pris l’hypothèse de juillet pour voir ce que cela pourrait donner. À la réouverture des salles, ce sera le film d’animation coréen Nous, les chiens pour lequel tout est prêt, l’intégralité de la presse concernée l’ayant vu. Le 29 juillet, nous enchaînerons avec un film de patrimoine sous le label La Rabbia : Pluie noire de Shōhei Imamura qui pour le coup devient extrêmement de circonstance. Puis le 5 août, si tout va bien ce sera White Riot [+lire aussi :
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fiche film
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de Rubika Shah, un documentaire sur le groupe d'activistes Rock Against Racism et comment la jeunesse anglaise s’est opposée au National Front en 1970. Enfin, La Nuée (The Swarm) de Just Philippot (lire l’article) est daté au 4 novembre.

Quid de vos autres titres ?
Pour Bluebird [+lire aussi :
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de Jérôme Guez (initialement prévu le 10 juin), suite aux discussions que nous avons eues avec le producteur et à sa demande, le film sera disponible directement en VOD. Car nous avons très peur de l’embouteillage potentiel des sorties quand les salles seront rouvertes ; or c’est un premier film, donc plus compliqué à faire exister. Par ailleurs, nous devons aussi dater Muscle [+lire aussi :
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interview : Gerard Johnson
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de Gerard Johnson qui a déjà fait sa première. Nous espérons aussi reprendre le tournage de Ogre d’Arnaud Malesherbe (ndr : dont The Jokers est coproducteur et sera distributeur en France, et dont le tournage été interrompu par le confinement le 16 mars après deux semaines de travail) dans pas trop longtemps, mais nous n’avons pas encore de visibilité précise. Nous devions entrer en préparation sur Inexorable, le nouveau film de Fabrice du Welz (produit avec Frakas Productions) et cela a aussi été freiné.

Toute la filière cinématographique est paralysée par la crise sanitaire et les distributeurs indépendants figurent parmi les plus en danger. Est-ce que le succès récent en France de Parasite de Bong Joon-ho (1,88 million d’entrées en France) vous met un peu à l’abri financièrement ?
Il y a encore beaucoup d’argent dehors au niveau des salles de cinéma qui ont fermé, donc tout est gelé, ce qui nous ennuie un peu. Financièrement, nous sommes sur le qui-vive. Théoriquement, nous aurions pu tenir encore un certain temps, mais là, l’argent est dehors et nous le récupèrerons quand tout le monde sera reparti au travail pendant un certain temps. Globalement, le flou, cela commence à bien faire. Maintenant, on ne fait plus de prophétie, on se prépare pour le jour où on pourra recommencer à travailler un peu plus normalement. Pour l’instant, la seule chose que nous pouvons faire, c’est d’avancer des dossiers "avançables". Sur le reste, nous n’avons pas de prise, c’est une situation qui nous dépasse. Par contre, c’est intéressant pour travailler sur les développements car on a du temps et on est moins dérangé.

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