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BELGIQUE

Seppe Vanhaecke • Distributeur, MOOOV

“En tant qu’organisation subventionnée, nous voulons soutenir les cinémas autant que possible”

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- Nous avons interviewé Seppe Vanhaecke, responsable de la distribution chez MOOOV, pour parler de la distribution dans le Benelux et de la situation actuelle

Seppe Vanhaecke  • Distributeur, MOOOV

Nous avons interviewé Seppe Vanhaecke, responsable de la distribution chez MOOOV, pour discuter du rôle de cette entité sur le marché de la distribution au Benelux et des mesures prises afin d’adapter leur modèle à la situation actuelle.

Cineuropa : Pouvez-vous nous en dire plus sur l’histoire de votre société et sa politique éditoriale ?
Seppe Vanhaecke :
Nous sommes présentement une organisation subventionnée par le gouvernement qui a résulté de la fusion de deux festivals en 2013. La distribution n’est qu’une partie de notre travail. Notre activité principale est le Festival MOOOV, que nous organisons habituellement fin avril. Nous avons aussi des programmes de formation et un réseau de centres culturels où nous projetons nos films. Notre organisation se concentre sur le cinéma du monde, en particulier des titres venant d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie. Nous avons aussi beaucoup d’intérêt pour des sujets comme le changement climatique et la migration. Comme nous sommes une organisation financée par le gouvernement, quand nous achetons des films, nous nous assurons de ne pas contrer d’autres distributeurs au Benelux. Si des sociétés privées sont intéressées par le même titre, nous le leur laissons. Nous n’allons pas miser contre d’autres distributeurs en utilisant l’argent des contribuables, ce ne serait pas juste. Notre objectif est de constituer une aide structurelle pour le marché, en présentant des films qui ne seraient pas distribués autrement. Les titres que nous sélectionnons pour les distribuer font souvent leur première à notre festival, et après cela, nous lançons dans les cinémas.

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Quelles sont les particularités du marché du Benelux ?
La Belgique est un pays bilingue, ce qui rend les choses très complexes. D’abord, nos films doivent avoir des sous-titres en français et en néerlandais, principalement à cause de Bruxelles. Il y a aussi des différences culturelles. En Flandre, nous sommes plus proches des Pays-Bas, alors qu’en Wallonie, ils ont tendance à suivre la France. En tant que distributeur, nous devons toujours garder à l’esprit les dates de sortie de nos films en France. Le public de Wallonie suit les médias français, donc quand un film fait beaucoup parler de lui en France, l'idée est de le projeter le plus rapidement possible dans les salles en Belgique francophone. C’est difficile parce que parfois, nous voudrions présenter le film en première nationale à notre festival, mais ça ne cadre pas avec la sortie française. C’est une des difficultés. En outre, par rapport aux Pays-Bas, la Belgique est un très petit marché. On n’y trouve pas tant d’exploitants de films d'art et d'essai que cela. Quand nous achetons les droits d'un film pour le Benelux, les Pays-Bas sont très importants pour nous, parce que le public est beaucoup vaste là-bas. C’est là que nous réalisons toujours nos plus grosses recettes.

En quoi le confinement a-t-il affecté votre travail ?
Avant toute chose, nous avons dû changer notre stratégie pour notre festival cette année. Il a été rebaptisé MOOOV Festival 2.0, et notre compétition centrale a été déplacée en ligne, pour que le public puisse tout de même voir les films. Une partie du programme sera déplacée vers d’autres festivals, comme le festival de Gand. Sinon, ces films ne seraient pas projetés en Belgique. Au niveau de la distribution, nous avons dû décaler nos prochaines sorties, des titres parmi les plus importants que nous ayons jamais eus : Monos, [+lire aussi :
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Pour Sama [+lire aussi :
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, Öndög... Pour le moment, nous attendons. Il y a beaucoup de choses qui se passent du côté des services de VàD en Belgique, et donc il y a pas mal de pression sur les distributeurs pour qu'ils lancent des films sur ces plateformes. En tant qu’organisation subventionnée, nous voulons soutenir les cinémas autant que possible, donc nous allons essayer de lancer nos films dans les salles quand elles rouvriront. Pour le moment, nous n’avons lancé qu’un film sur vidéo en VàD, qui a gagné le Prix du jeune jury à notre festival l’année dernière. Cependant, si la situation perdure, nous pourrions envisager cela pour d’autres films également.

Comment se partagent vos revenus entre vos différents titres, et par rapport à la chronologie des médias ?
En termes de pourcentage, les salles représentent bien sûr le plus gros de nos revenus, soit approximativement 60 %. La VàD est assez limitée en Belgique, au-delà des grands services de streaming, alors qu'aux Pays-Bas, il y a des initiatives comme Picl, où les films sont lancés au moment de leur sortie en salle, pour un tarif similaire. Les revenus découlant de la VàD représentent environ 10 % pour nous, mais c’est une estimation. Nous avons fait des sorties DVD par le passé, mais nous ne le faisons plus. Pour ce qui est de la télévision, nous réalisons toujours des ventes pendant notre festival, et ça représente aussi un pourcentage important.

Quel a été votre titre le plus populaire jusqu’ici ? Quel est l’ingrédient secret ?
L’année dernière, nous avons lancé An Elephant Sitting Still, le film chinois de quatre heures, qui a beaucoup mieux fonctionné que nous ne l’espérions. Même s'il n'a pas été le plus gros film que nous avons sorti en termes de revenus, ça a été très spécial. Il a fait sa première à notre festival, et ensuite il a été projeté dans différentes villes. Il y a un bon bouche-à-oreille autour du film et il a fait l’objet de très bonnes critiques. À Bruxelles, nous l’avons lancé à Cinéma Galeries, et il est resté à l’affiche là-bas pendant 30 semaines, de début mai à fin novembre, et tout cela s'est produit grâce au bouche-à-oreille. Les gens, à Bruxelles, en ont parlé et les spectateurs ont continué de venir. Au bout du compte, le film a réalisé le même nombre d’entrées en Belgique et aux Pays-Bas, ce qui n’arrive presque jamais. Pour nous, il est très important d’obtenir le soutien de salles comme Cinéma Galeries. Nous essayons toujours d’engager des conversations avec eux, au lieu d’essayer de pousser nos titres. Nous voulons qu’ils croient dans le film et qu'ils le soutiennent.

Comment avez-vous commencé de travailler dans la distribution et qu’est-ce qui vous motive ?
Je travaille chez MOOOV depuis que j’ai 17 ans. J’ai commencé en tant que membre du jeune jury au festival et ensuite, je suis devenu bénévole. Et puis d'un coup, une position en intérim s'est libérée, alors que je venais de finir mes études et en janvier 2019, je me suis lancé dans la distribution. Pour moi, la chose la plus importante, ce sont les films que nous distribuons. La gratification ne vient pas pour moi des chiffres ou des recettes, parce qu'on n'aura jamais ce genre de succès. C'est une question d’amour pour ces petits films, qui méritent une place dans les cinémas.

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(Traduit de l'anglais)

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