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VENISE 2020 Compétition

Julia von Heinz • Réalisatrice de And Tomorrow the Entire World

“Mes recherches, c’est moi : j’ai tellement vécu cela moi-même"

par 

- VENISE 2020 : Nous avons rencontré Julia von Heinz pour en savoir plus sur le titre qu’elle présente en compétition, And Tomorrow the Entire World

Julia von Heinz • Réalisatrice de And Tomorrow the Entire World
(© La Biennale di Venezia/Foto ASAC/Jacopo Salvi)

Bien que And Tomorrow the Entire World [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Julia von Heinz
fiche film
]
de Julia von Heinz s'inspire de sa propre expérience et qu'elle l'ait réalisé, instinctivement, pour le public allemand, il s’est ensuite trouvé sélectionné, comme par magie, en compétition à la Mostra de Venise. Comme nous l'avons découvert, la réalisatrice est elle-même surprise de l’universalité de son histoire, qui s'intéresse à de jeunes activistes du mouvement antifasciste allemand.

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Cineuropa : Comment compareriez-vous votre expérience personnelle à l’histoire du film ?
Julia von Heinz :
C’est un film très personnel. J’ai fait cette expérience dans les années 1990, quand le néo-nazisme était un phénomène nouveau en Allemagne. Mon expérience s’est étalée sur toute une décennie. Ainsi, ce que vit Luisa sur une durée courte m'est vraiment arrivé, entre 15 et 25 ans, une période longue et intense de ma vie. Les années 1990 ont été rudes : il y avait des attentats de la part de l’extrême-droite, des maisons brûlées, des meurtres… Ensuite, ça s’est calmé. Nous avons retrouvé quelque confiance en la démocratie et on croyait que les choses allaient s’apaiser, mais il y a environ trois ou quatre ans, les choses ont empiré de nouveau. Au début, je voulais raconter une histoire située dans les années 1990, et puis le parti Alternative pour l'Allemagne est entré en jeu et beaucoup de gens ont voté pour eux. Comme leurs liens avec les groupes d’extrême-droite étaient forts, mon co-scénariste John Questeret moi avons décidé de ramener l’histoire à ici et maintenant.

La situation de l'Allemagne est très spécifique pour de nombreuses raisons, compte tenu de l’Histoire et de la première moitié, et de la seconde moitié du siècle dernier. Comment avez-vous entrepris de relater cela de manière à ce que le public international aussi puisse suivre ?
Vous savez quoi, je n’ai rien fait de la sorte ! J’ai raconté une histoire très spécifiquement allemande (ouest-allemande même) qui se passe à Mannheim, une ville relativement petite. C’est une histoire régionale, ou du moins c’est ce que je pensais, mais ces derniers jours, j’ai parlé à des gens d’Italie, de Hongrie, de Belgique, de Pologne et des États-Unis et ils peuvent se rapporter à ce que j'ai à dire. J’essaie de rester modeste, mais je commence à penser que le film pourrait fonctionner dans d’autres pays. À dire vrai, j'ai encore du mal à croire qu’on l'ait invité à Venise : c’est magique. Alors même si cette année est très particulière, avec les restrictions liées au Covid et les masques, ça reste très glamour à mes yeux. Je suis vraiment aux anges.

Avez-vous fait beaucoup de recherches ?
Mes recherches, c’est moi : j’ai tellement vécu cela moi-même, c’est dans ma tête. Cela dit, certaines choses ont changé : par exemple, les jeunes gens de gauche aujourd’hui s'engagent pour le climat, la parité et des droits des personnes transgenres, les droits des animaux, c'est-à-dire des choses avec lesquelles je suis d’accord, mais nous, nous discutions de "grands" sujets, comme le capitalisme. Par ailleurs, dans les années 1990, il n’y avait pas de téléphone portable alors bien sûr, nous avons dû les intégrer à l’histoire, pour plusieurs raisons.

Luisa vient d’une famille noble : son père est baron, elle vit dans une grande propriété où on organise des parties de chasse, etc. Votre nom semble indiquer que vous appartenez à une classe similaire.
C’est le cas, mais nous ne sommes pas d'une classe si élevée que ça : nous ne sommes jamais allés chasser et nous habitions dans un appartement. Mais j’ai fait un documentaire appelé Noble Commitments, où l’on voit trois femmes qui sont comme ça, à fond. L’année que j’ai passée avec elles pour le documentaire s'est avérée une recherche précieuse pour ce film aussi. Luisa se sent coupable à cause de tous ses privilèges et elle sent qu’elle doit d’autant plus faire ses preuves. Je connais très bien ce sentiment.

Est-ce qu’elle fait partie de la "gauche caviar", ou de ce que vous, les Allemands, appelez Salonkommunist ?
Totalement. C’est un des sujets principaux du film. Les blancs privilégiés qui font de l’activisme de gauche, après quoi ils peuvent partir. Comme le personnage masculin dans le film, Alfa : son père est professeur, lui-même fait des études, il a déjà en tête sa vie après l’activisme. Au début, ça déçoit Luisa, mais c’est pareil pour elle, en fait. Il était important pour moi de les inscrire dans ces milieux-là.

Vous citez même ce proverbe connu : "Quiconque a moins de temps de 30 ans et n’est pas de gauche n’a pas de cœur… "
“…et quiconque l'est toujours après 40 ans n'a pas de cerveau". Mon père me disait cela. Mais j’ai plus de 40 ans maintenant, et j’ai fait un film qui montre que je suis toujours active avec mon cœur. Et j’ai un cerveau, aussi. Donc cette célèbre citation pourrait bien être fausse.

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(Traduit de l'anglais)

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