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ZURICH 2020

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh • Réalisateurs de Gagarine

“Pour notre personnage, ce bâtiment est comme un vaisseau spatial : si vous allez dehors, impossible de respirer”

par 

- Nous avons rencontré Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, les co-réalisateurs de Gagarine, pour parler de leur personnage central, Youri, et de ses ambitions intergalactiques

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh • Réalisateurs de Gagarine
(© Thomas Niedermueller/Getty Images/Zurich Film Festival)

En saluant le Festival du film de Zurich après avoir été labellisé Sélection officielle à Cannes, Gagarin [+lire aussi :
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e est une aventure véritablement surprenante dans laquelle le jeune Youri, habitant d’une cité de banlieue parisienne, la cité Gagarine, rêve d’aller dans l’espace. D’autant plus que la seule maison qu’il n’ait jamais connue est sur le point d’être démolie. C’est à Zurich que nous avons rencontré les réalisateurs Fanny Liatard et Jérémy Trouilh.

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Cineuropa : Qu’est-ce qui vous a attiré exactement à la Cité Gagarine ?
Jérémy Trouilh : Nous l’avons découverte la première fois que nous sommes arrivés à paris, il y a cinq ans. Nous nous sommes rencontrés alors que nous étions étudiants et nous voulions vraiment devenir réalisateurs. Nos amis architectes travaillaient sur un projet là-bas, au moment même où les habitants quittaient la cité promise à la destruction. Ils nous ont invités à réaliser des portraits documentaires. En arrivant là-bas, nous avons découvert cette immense cité. Le premier choc a été visuel, vraiment. Ensuite, les gens nous ont raconté qu’elle avait été nommée d’après Yuri Gagarin, cosmonaute soviétique, premier homme à être allé dans l’espace, qui nous a rappelé les utopies des années 1960. Nous l’avons trouvée magnifique. Tout a commencé avec un court-métrage (également appelé Gagarine), mais 15 minutes ne suffisaient pas pour raconter l’histoire de toute cette communauté.

Fanny Liatard : Il y a de nombreux endroits autour de Paris, et dans d’autres villes partout dans le monde, qui ont mauvaise réputation. Les gens qui y habitent finissent par souffrir de cette image, en particulier les jeunes. Nous voulions raconter une autre histoire et créer un héros qui serait un rêveur. Et ensuite, nous pensions que nous pourrions peut-être également rendre hommage à ce lieu, voué à disparaître bientôt, emportant avec lui les magnifiques histoires de trois générations d’habitants.

Vous montrez clairement à quel point ils aiment cet endroit. L’un d’entre eux va jusqu’à voler sa boîte aux lettres, en déclarant : Ils ont pris ma maison, mais ils n’auront pas ma boîte aux lettres !
J.T. : Ce sont des zones marginalisées, des endroits “où vivent les pauvres”. Les médias dressent de ses habitants le portrait de gens violents, privés de toute perspective. En France, on parle même de “films de banlieue”, ou de films sur les banlieues, sur tout ce qui s’y passe, comme s’il s’agissait d’un genre nouveau. Non, il y a de nombreuses histoires à raconter là-bas. Nous voulions montrer qu’il y avait des communautés fortes. C’est simplement qu’elles vivent quelquefois dans des conditions déplorables, dans des bâtiments qui ont besoin d’être rénovés. Les enfants qui habitent-là ont parfois l’impression qu’ils ne sont pas les bienvenues ailleurs. Pour Youri, ce bâtiment est comme un vaisseau spatial : si vous en sortez, vous ne pouvez plus respirer. C’est un peu comme si c’était le ventre de sa mère. Il n’est pas prêt à le quitter.

F.L. : Nous avons passé beaucoup de temps avec ces gens. Nous avons assisté à tout le processus et les avons vus partir les uns après les autres. Même si le bâtiment a eu des problèmes, de nombreux souvenirs s’y cachent. Leurs histoires nous ont inspirées, tout comme leurs sentiments que nous pourrions ajouter au film plus tard.

En regardant ce film, j’avais le titre “Rocket Man” dans la tête. D’où vous est venue l’idée de ce conte spatial ?
F.L. : En fait, nous avons essayé ça pendant le montage [rires].

J.T. : Et “Space Oddity”, bien entendu. Quand nous avons filmé Youri dans cette lumière rouge, vêtu d’une combinaison spatiale, nous l’avons fait avec la musique de Bowie pour montrer à quel point il est fier d’être astronaute. Réaliser notre premier long-métrage et s’inspirer de nos films préférés, des œuvres comme de 2001 : L’Odyssée de l’espace, Blade Runner et Solaris, était vraiment merveilleux. Il ne s’agit bien sûr pas d’un film de science-fiction, parce qu’il est ancré dans la réalité. Mais nous voulions ce héros et nous voulions aussi vous amener à croire qu’il peut aller dans l’espace. Et faire de ce bâtiment un vaisseau spatial à certains moments, et puis, à d’autres un de ces endroits à l’abandon.

Comme la Zone dans Stalker ? Mais effectivement, il est tellement sérieux que vous en oubliez presque la folie de son projet.
F.L. : Nous cherchions quelqu’un de gentil, dans les yeux duquel vous pourriez voir cet immense monde intérieur. Quelqu’un d’un peu timide, qui est à la limite entre l’enfance et l’âge adulte. Comme l’acteur Alseni Bathily. Dès que nous l’avons rencontré, tout cela est devenu évident.

J.T. : Youri n’est pas un mystérieux rêveur. C’est un créateur. Nous avons souvent échangé sur le réalisme magique comme source d’inspiration, avec cet équilibre entre la difficulté de montrer la dure réalité et de s’en écarter, de prendre du recul.

F.L. : La première fois que nous voyons Youri, il y a toutes ces images de vaisseaux spatiaux derrière lui. Ils sont dans sa tête et dans sa chambre. Petit à petit, cela se répand aux autres appartements et aux couloirs. Et lorsqu’on le voit enfin flotter, en apesanteur, on a l’espoir d’y croire précisément parce que c’est arrivé si lentement. Nous sommes avec lui, nous partageons sa solitude et son imaginaire, et même cette “folie”. Vous le suivez dans l’espace.

J.T. : Ce qui est incroyable, c’est la tolérance de son amie Diana. Il ouvre la porte, craignant d’être jugé à cause de sa solitude et de sa folie peut-être. Elle est simplement curieuse. C’est ce qui crée ce lien. La question de la communication a occupé une place importante dans le film. Les gens s’expriment dans des langues différentes, et nous voulions offrir à ces personnages de nouveaux outils, de telle sorte que lorsqu’il en manque un, ils trouvent autre chose. Youri parle peu, mais Diana lui apprend le Morse. Et ainsi, il peut envoyer un SOS au reste du monde.

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(Traduit de l'anglais par Karine Breysse)

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