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SÉVILLE 2020

Alfonso Zarauza • Réalisateur d'Ons

“L’île a tellement de force qu’elle se nourrit des personnages du film”

par 

- Nous avons discuté avec le réalisateur galicien Alfonso Zarauza après la présentation de son nouveau film, Ons, dans la section Histoires extraordinaires du Festival de Séville

Alfonso Zarauza • Réalisateur d'Ons

Alfonso Zarauza (Saint-Jacques-de-Compostelle, 1973) travaille depuis plus de vingt-cinq ans dans le secteur audiovisuel en Galice. Six ans après Los fenómenos [+lire aussi :
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,, son film précédent, il revient avec Ons [+lire aussi :
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, une œuvre de maturité qui a fait sa première mondiale au Festival de Séville et qui va clôturer le festival Cineuropa dans sa ville natale, avant de sortir dans les salles espagnoles le 18 décembre avec BTeam.

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Cineuropa : L'île est omniprésente dans le film, jusque dans le titre. Était-elle un élément fondamental de l’histoire dès le départ ?
Alfonso Zarauza : Quand j’ai commencé à écrire le scénario, avec Jaione Camborda, nous avons fait une dizaine de brouillons. Dans le premier, l’espace n’était pas clair ; nous cherchions un lieu isolé et nous allions dans des lieux reculés en Galice alors qu'en réalité, en Galice, il n’y a aucun lieu complètement isolé : il y a toujours une ville ou une route qui passe pas loin. C’est là que j’ai eu l’idée d’une île et qu'Ons m'est venu à l'esprit. À partir de là, tout a commencé à avoir du sens, tout s’est mis à trouver la place que cela devait avoir. Les neuf autres versions du scénario avaient l'île comme personnage, et celle-ci a pris de plus en plus le devant de la scène jusqu’à voler la vedette aux personnages. L'île a tellement de force qu’elle se nourrit des personnages du film.

On suit au début l'histoire d'un couple en crise mais très vite, elle dérive pour devenir quelque chose de plus complexe et mystérieux. Comment s’est passé le processus qui a mené à ce résultat final ?
Jaione et moi avons passé trois mois à discuter de ce que nous souhaitions écrire avant de commencer à le faire. Finalement, j'en suis venu à la conclusion que le sujet qui m'intéressait, c'est cette idée des existentialistes selon laquelle l’essence de toute réalité, c’est le manque. J’ai commencé à me dire que le thème du film, c’était le manque d’amour, pas seulement entendu dans son acception plus romantique et cliché, mais comme quelque chose de plus ample qui comprend des choses comme la sécurité émotionnelle, l’instinct maternel et le désir sexuel. Et à partir de là s'est présentée l’idée de l'île et elle nous a amenés sur des sentiers inattendus, que ce lieu nous a apporté tout du long.

Comment avez-vous choisi les bons acteurs pour incarner vos personnages ?
Dans le cinéma d’auteur, c'est à la mode de travailler avec des acteurs non professionnels, et c’est quelque chose qui me plaît beaucoup. J’adore ce que font Oliver Laxe ou Bruno Dumont, par exemple. Les non-professionnels vous donnent beaucoup de vérité à travers l'expression physique et ça, c’est très puissant. Mais ce qui m’intéresse moi avec les acteurs, c’est qu’ils puissent faire des enquêtes émotionnelles beaucoup plus approfondies, voire plus folles même. Par exemple, les personnages de Melania Cruz et Antonio Durán “Morris” ont pris beaucoup d'épaisseur avec ce qu'ils y ont mis. D'ailleurs, Melania a fait une espèce de mini-dépression pendant un temps – elle s’est vite remise, mais je me suis fait du souci. L'île en soi absorbe beaucoup. J’ai l’avantage de très bien connaître tous ces acteurs "fondamentaux" qu'on a en Galice, et cela a aidé pour réunir une troupe très engagée qui s’est adaptée à un plan de tournage qui n’avait rien de simple.

Le film joue à ne jamais révéler au spectateur tout ce que savent les personnages. Est-ce que cela a rendu difficile votre travail avec les comédiens ?
Avec beaucoup de personnages, il fallait mesurer les informations qu'on voulait donner au spectateur et celles que nous souhaitions occulter, mais pour cela, les acteurs avaient besoin d’avoir toutes les données, pour pouvoir les administrer dans leurs interprétations. Et on peut apprécier ce travail à des détails très subtils, détails à travers lesquels les acteurs donnent par petites doses l'information précise, pour que le spectateur recompose lui-même l'ensemble. Ça a été compliqué pour tout le monde, mais finalement, ils m’ont vraiment fait confiance ainsi qu'à l’histoire et tout a bien fonctionné.

Vous incorporez subtilement au film des éléments sur la vraie vie des vrais habitants de l'île. Pourquoi avez-vous décidé d’introduire ces petites touches de réalité ?
Pendant le tournage, sur l'île, les locaux étaient en pleine lutte pour la propriété de leurs logements et leurs droits sur l'île. Rien de tout cela n’était dans le scénario, mais il nous a paru intéressant de l’inclure, quand nous avons compris l’importance de ce combat. Ça me paraît beau que cela reste dans le film, comme une espèce de compte-rendu historique de ce qui se passait à Ons à ce moment-là. Les noms des personnages, les métiers, les gens… J’ai fait en sorte que tout le film soit empreint de vérité.

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(Traduit de l'espagnol)

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