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BLACK NIGHTS 2020 Compétition

Dalibor Matanić • Réalisateur de The Dawn

“La compassion, l’amour et la tolérance enlèvent toutes les toxines”

par 

- Entretien avec le réalisateur croate Dalibor Matanić à l’occasion de la première mondiale de son nouveau film, The Dawn, en compétition au Festival Black Nights de Tallinn

Dalibor Matanić • Réalisateur de The Dawn
Le réalisateur Dalibor Matanić (au centre) sur le tournage de The Dawn

Dalibor Matanić est un des réalisateurs croates les plus prolifiques actuellement. Il est l’auteur du titre qui marque sans doute le plus gros succès du cinéma croate depuis l’indépendance du pays : Soleil de plomb (2015), vainqueur du Prix du jury dans la section Un Certain Regard à Cannes. Ce film est la première partie d’un projet de trilogie et sa "suite", The Dawn [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Dalibor Matanić
fiche film
]
, est à présent en lice au Festival Black Nights de Tallinn.

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Cineuropa : Dans Soleil de plomb, vous traitiez du passé et du présent. Dans The Dawn, vous envisagez le futur proche. Est-il plus facile d’analyser le passé ou de prédire et d'imaginer le futur ?
Dalibor Matanić : Dans The Dawn, je continue d’explorer la question de l'influence que l'on peut avoir à travers l'art sur notre réalité. Pourrions-nous éviter la formule historique qui nous enseigne que tous les 40 ou 50 ans, un nouveau conflit survient en Europe du Sud-Est, à la faveur d'une montée de l’intolérance et des différents extrémismes ? Y a-t-il une forme de courage et de connaissance qui pourrait nous permettre de repérer les nouveaux populistes et les nouveaux fascistes, qui ont peut-être simplement changé d’uniforme ? Je me fie à la vérification mathématique du passé pour prédire l'avenir, mais 2020 nous a montré que le futur est imprévisible, inconnu et susceptible de générer un sentiment d'insécurité. En préparant The Dawn, je ne pensais pas que mon propre "lendemain sombre" arriverait réellement demain. Cependant, je fais ce que je fais parce que je crois qu'au bout du compte, les gens veulent juste l'amour, l'espoir et la paix, et le genre de choses qui maintiennent cette planète en vie.

The Dawn se passe dans la même région que Soleil de plomb et décrit de nouveau une séparation entre "nous" et "eux", mais cette fois, la ligne de partage n’est pas seulement ethnique. De quelles manières la société croate d’aujourd’hui et celle de demain sont-elles scindées ?
Comme partout ailleurs dans le monde, la société est divisée entre ceux qui se cachent dans la foule, craignent de se regarder dans un miroir et de faire face à leurs peurs et à leurs frustrations, et ceux qui sont plus courageux. La Croatie est en voie de modernisation et les gens sont plus conscients que si quelqu’un clame être un "grand Croate", il y a quelque chose de suspect là-dedans. La Trilogie du soleil parle de péchés et d’absolution sur trois générations dans ma famille. Soleil de plomb parlait de ma grand-mère, The Dawn parle de mon père, The Dusk parlera de moi. Le moins que je puisse faire, c’est me repentir pour l’obscurité qui a existé dans ma famille. Je ne suis pas intéressé par les péchés de mes voisins, mais par les péchés commis par ma nation et la possibilité d’absolution pour le mal que nous faisons.

Le seul lien de ce film avec Soleil de plomb n'est pas juste le milieu dans lequel ils se déroulent, mais aussi le style, le directeur de la photographie, l’actrice principale… Cette fois, cependant, il ne s’agit pas d’un triptyque, si ?
Il y a un triptyque, dans l'âme du héros et par rapport aux dispositifs dans lesquels il tombe tout en essayant de se parachever comme personne, afin d’affronter les challenges de temps nouveaux et tumultueux. Pendant les années 1930, les nazis s’adressaient à des gens insatisfaits qui avaient faim, qui étaient au chômage, qui n’étaient pas éduqués et qui étaient frustrés. Ce n’était pas difficile de transformer ces gens en bêtes. L'Europe est de nouveau face aux mêmes défis. Si la pandémie entraîne notre ruine économique, est-ce que les bêtes vont refaire surface, encouragées par le populisme et les fake news ? L'homme calme et complet va surpasser les extrémistes ; c’est l’objectif premier de notre héros, Matija.

Même dans l’apocalypse, vous parvenez à trouver de la beauté, de manière à aborder la tragédie avec joie. La soi-disant joie que vous décrivez est toutefois assez toxique et destructrice. Comment cela se fait-il ?
Nous ne savons pas à quoi ressemble le "nouveau mal", le nouveau vampire, fasciste ou démon. Est-ce qu’il est de droite ou de gauche ? Quels uniformes sont dangereux ? Est-ce que les gens qui viennent nous guider vont se marrer ou se prendre au sérieux ? Dans un monde saturé d’informations, où des attractions visuelles artificielles dictent le contenu, nous ne savons pas à quoi ressemble "le nouveau Hitler". Ce que nous savons, c’est que la compassion, l’amour et la tolérance enlèvent toutes les toxines. À travers mes films, je m’efforce d'oeuvrer pour que le monde reste stable.

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(Traduit de l'anglais)

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