email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

EMERGING PRODUCERS 2021

Alice Lemaire • Productrice, Michigan Films

“L’imagination des scénaristes ne saurait battre la vie réelle aujourd’hui”

par 

- La productrice belge, sélectionnée pour participer au programme Emerging Producers 2021, nous parle de production de documentaires dans la conjoncture actuelle

Alice Lemaire  • Productrice, Michigan Films

La productrice belge Alice Lemaire, de Michigan Films, sélectionnée pour participer au programme Emerging Producers 2021, se confie sur la production de documentaires dans la situation actuelle.

Pourquoi produisez-vous des documentaires ? Les considérez-vous comme un instrument du changement politique et social ?
Alice Lemaire: En tant qu’ancienne étudiante en histoire, je me suis toujours sentie liée à notre réalité qui, selon moi, est tellement complexe et pleins de rebondissements que l’imagination des scénaristes peut difficilement surpasser la vie de tous les jours. De plus, j’ai toujours trouvé que les documentaires étaient le terrain de jeu le plus fertile pour les expérimentations et les recherches des réalisateurs par rapport au langage cinématographique, surtout en Belgique, car c'est une vraie "terre de liberté" pour le cinéma documentaire. Je pense que les films sont très rarement des facteurs de changement efficaces, mais je crois que les choix que nous faisons en termes d’écriture, de réalisation et même de production sont éminément politiques. La grande force du cinéma documentaire est de pouvoir apporter une vision singulière sur un monde complexe et fragmenté, de fournir des indices et des perspectives différentes qui peuvent nous aider à réfléchir et à donner plusieurs sens à la vie en nous offrant du temps et des rencontres inattendues.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

En tant que productrice, comment gérez-vous la situation de pandémie actuelle ? Quelles sont vos principales préoccupations (ou les opportunités que vous y voyez) ?
Il est certain que cette crise va entraîner des changements importants pour la production et la distribution cinématographique, mais il est difficile de prédire ce genre de choses à l'avance… En Belgique, nous avons jusqu’à présent été chanceux d’avoir pu bénéficier de fonds publics pour soutenir les producteurs et les réalisateurs indépendants. De plus, être une petite société comme nous est une force : on plie mais on ne rompt pas. En effet, nous avons l’habitude de réaliser des films en temps de crise et nous avons appris à être inventifs en termes de modèles et de méthodes de production.

Quel est, selon vous, l’avenir de la distribution des films documentaires ?
Je pense que les gens ont encore besoin d’histoires et de contenus visuels, d'autant plus pendant les périodes de confinements et les époques difficiles. Il y aura un espace où ces histoires pourront se faire entendre, dans les festivals et en ligne. Mais nous devons nous battre pour que les cinémas indépendants survivent, et nous avons également besoin que les chaînes de télévisions prennent des risques et diffusent nos films.

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment (en comptant aussi les fictions et autres projets) ?
L’année dernière, après 15 ans à produire principalement des documentaires et des films artistiques, nous avons commencé à nous diriger davantage vers des films plus fictionnels. Nous essayons cela dit d’alimenter nos fictions d'une vraie compréhension de la société et d’utiliser dans ces films certains outils du documentaire. Nous essayons de garder ce que nous avons appris du documentaire et d’utiliser ces ressources dans les productions plus tournées vers la fiction.

Nous développons en ce moment plusieurs long-métrages de fiction :

Le Fléau d'Éléonore Saintagnan, un film en plusieurs chapitres sur la relation entre les humains et les animaux, racontée à travers trois histoires inspirées de faits réels : le massacre des moineaux en Chine dans les années 1960, un procès d’insecte au Moyen-Âge et l'histoire d'une mystérieuse créature lacustre devenue une attraction pour les touristes (en coproduction avec Ecce Films, France).

Life Ahead d'Olivier Meys, un récit d'apprentissage qui suit l'amitié de deux adolescentes en attente d’asile dans un centre de réfugiés (en développement)

Nous sommes actuellement en post-production sur Aya, réalisé par Simon Gillar. Le film s'intéresse à une jeune fille qui vit sur une péninsule de pêcheurs en Côte d’Ivoire, une péninsule progressivement rongée par la mer, ce qui l'oblige, avec sa mère, à déménager dans la capitale (en coproduction avec Kidam, France).

Nous avons également des coproductions européennes, notamment le prochain documentaire d’Alessandro Comodin, produit en Italie par Okta Films, des courts métrages plus expérimentaux (par Francisco Rodriguez, Sarah Vanagt et d'autres) et des documentaires (par Pauline Fonsny, Samira El Mouzghibati et d'autres) qui verront le jour dans les années à venir.

-------

EMERGING PRODUCERS est un projet promotionnel et pédagogique de premier plan qui réunit des talents de la production documentaire européens. Le programme est organisé et curaté par le Festival international du film documentaire de Jihlava.

La date-limite pour s'inscrire à l’édition 2022 d'EMERGING PRODUCERS est le 31 mars 2021.                                             

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais par Marine Campredon)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy