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CANNES 2021 Semaine de la critique

Elie Grappe • Réalisateur d’Olga

"Je voulais explorer le rapport entre une frontière au sens géographique et une frontière intime"

par 

- CANNES 2021 : Le réalisateur a présenté son premier long-métrage à la Semaine de la critique et remporté le Prix SACD

Elie Grappe • Réalisateur d’Olga

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, son premier long-métrage, Elie Grappe, Français mais installé en Suisse, s’est plongé dans l’univers de la gymnastique féminine et il a développé un récit d’apprentissage touchant avec un contexte politique : la révolution ukrainienne. Le film, présenté à la Semaine de la Critique pendant le 74e Festival de Cannes,  a remporté le Prix SACD. Nous avons interrogé le réalisateur sur ses recherches pour le film, ce qui lui a inspiré cette histoire et son personnage principal.

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Cineuropa : Comment est né ce projet de film ?
Elie Grappe :
J’ai travaillé sur plusieurs documentaires dans des académies de musique. J’ai moi-même été élève au conservatoire et j’ai eu l'occasion de rencontrer une jeune violoniste ukrainienne qui avait émigré vers la Suisse alors que la révolution battait son plein dans son pays. Son histoire et les photos de la révolution que j’ai vues m’ont beaucoup impressionné. C'est là que j’ai trouvé les sujets réunis dans mon premier film : l’aspect politique, qui est plus général, et le motif de la passion des jeunes gens, celle-là même qui les amène à poursuivre leurs rêves et repousser leurs limites, ce qui est un sujet plus individuel. Je voulais explorer les liens entre la frontière entendue dans le sens géographique et dans le sens intime. La question principale portait sur la manière dont le personnage central pouvait réconcilier son élan personnel avec l’Histoire.

Comment avez-vous développé le personnage principal ?
J’ai commencé par le témoignage d'Irina, la musicienne en question, et puis j’ai parlé à beaucoup d’autres gens et j’en ai appris davantage sur leurs points de vue et leurs expériences respectives. J’ai aussi fait appel, pour l'écriture, à des spécialistes, par exemple un sociologue, mais aussi un réalisateur ukrainien et un homme politique, tous ayant participé à la révolution ukrainienne. Il était important d'impliquer des gens qui ont vécu cette période pour qu'ils apportent leur expertise au projet et lui donnent la complexité souhaitée.

Pourquoi était-il important pour vous de tourner en Suisse ?
Il fallait que ça se fasse en Suisse. D’abord parce que c'est là que je vis depuis dix ans maintenant, et que je compte rester, et pourtant, je dois encore me confronter avec ce lieu et ses particularités. Ensuite, par rapport à mon héroïne Olga : quand elle est en Suisse, d'un coup, elle est en lieu sûr et très loin de son pays d’origine, puisque la Suisse ne fait pas partie de l’Union européenne. C’est vraiment un endroit neutre. Comme Olga n’aura jamais ailleurs cette neutralité, inévitablement, c’est un lieu de tension pour elle.

Comment avez-vous trouvé votre actrice principale ?
La première fois que j'ai vu Anastasia Budiashkina, c'était au Championnat d'Europe de Berne en 2016. Je venais de commencer le scénario. Début 2017, je suis allé à Kiev pour rencontrer des athlètes, afin d’intégrer à l’histoire des détails qui soient les plus réalistes possible et de créer la toile de fond la plus authentique possible, même si tous les personnages sont fictionnels. Et donc je suis entré dans le gymnase et certains sont venus nous voir et ils étaient très curieux. Anastasia, de son côté, ne faisait pas attention à nous du tout. Elle était complètement absorbée par son entraînement. J’ai été instantanément fasciné par son intensité. Je me suis rendu compte qu’il fallait que je garde ça, autant que faire se peut, et que j'offre à tous les acteurs un espace qui soit le plus libre possible pour être en mesure de rendre leur énergie. Anastasia a utilisé tout cet espace et ainsi elle a donné au rôle beaucoup plus encore que ce que j’avais espéré et même imaginé.

Pourquoi avez-vous choisi le domaine de la gymnastique pour raconter cette histoire ?
Cela m'a semblé un prolongement logique des recherches que j’avais faites avant avec l’académie de musique, sur la passion des jeunes gens et jusqu'où elle peut aller. La gymnastique est un sport qui est à la fois très individuel et collectif. Cela reflète ce qui se passe avec Olga. Est-ce qu'elle fait partie d'un groupe ou est-ce qu'elle est seule ? C’est un sport avec beaucoup de sons et de gestes. J’étais fasciné par ça et je voulais le filmer. J’étais moins intéressé par la perfection des exercices que par les regards que les filles échangent et leur concentration avant leurs performances et ce qui se passe quand elles tombent. J’avais l’impression que dans ces moments-là, on peut percevoir la fragilité mais aussi la légèreté des athlètes. C’est là qu’on sent l’humanité des gens et que l’entraînement devient vraiment émouvant. C'était très intéressant pour moi, d’observer les corps féminins appartenant à cette tranche d'âge, car je pense que c’est très rarement montré au cinéma.

A-t-il été difficile de trouver des vidéos amateurs sur la révolution en Ukraine ?
J'ai découvert ça pendant mes recherches. Je savais ce qui s’était passé et je connaissais certaines de ces images, mais j’ai principalement découvert les événements à travers ces vidéos. J’étais fasciné par leur intensité. Comme Olga elle-même, je les ai cherchées sur YouTube et je voulais restituer cette expérience dans le film. Il a été difficile de trouver le bon équilibre entre l’histoire et les images. Il fallait qu'elles soient le plus réelles possible, mais en même temps qu'elles conservent leur étrangeté, comme pour l’héroïne.

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(Traduit de l'anglais)

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