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VENISE 2021 Orizzonti

Thomas Kruithof • Réalisateur de Les Promesses

“C’est un champ de bataille où chaque personnage est un soldat avec un territoire à défendre, et où seul le spectateur voit la situation dans son ensemble”

par 

- VENISE 2021: Contrairement à certains de ses personnages, le réalisateur français réfléchit à l’aspect plus complexe des choses

Thomas Kruithof  • Réalisateur de Les Promesses
(© La Biennale di Venezia - Foto ASAC)

Dans le film français Les Promesses [+lire aussi :
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, projeté dans la section Orizzonti de la 78e Mostra de Venise, une intrigue politique de haut niveau tourne à la crise existentielle. Contrairement à certains de ses personnages, lors de notre entretien, le réalisateur Thomas Kruithof  a réfléchi aux aspects les plus complexes des choses.

Cineuropa : Quelles sont "les promesses" du titre ?
Thomas Kruithof :
Elles ne sont pas spécifiques. Pour moi, la promesse est la base de la politique et ce que les personnages échangent tout au long du film. Je dirais qu’il y en a 20 à 25 en tout, notamment celle que la maire jouée par Isabelle Huppert se fait à elle-même sur son éthique personnelle et sa ligne de conduite. Elle est très intelligente mais son truc, c'est l’action ; elle ne réfléchit jamais sur elle-même.

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Isabelle Huppert porte le film comme seule Isabelle Huppert sait le faire. Est-ce que vous l’aviez à l’esprit très tôt lors de la création du film ?
Ce que nous avions d’abord, c'est le terrain de jeu et le duo maître/maire et disciple/directeur de cabinet, mais dès l'étape de l’écriture, nous nous sommes dit "elle est un peu comme Isabelle Huppert" puis, plus tard, "il est comme Reda Kateb". J’essaie de ne pas penser comme ça et de me concentrer sur l’histoire, mais nous nous sommes rendu compte très vite que c’était c’est deux acteurs-là qu'il nous fallait. La première fois que j’ai vu Isabelle, c'était au milieu des années 1980, à une époque où elle a fait quelques comédies en incarnant un personnage haut et couleurs et sexy, ce qui ne correspond pas nécessairement à la vision qu’on peut avoir d'elle sur l'ensemble de sa carrière ; elle avait une certaine énergie comique. Elle a force, autorité et profondeur, et un bon sens du timing comédique. J'ai vu Reda pour la première fois dans Un prophète [+lire aussi :
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et je me suis dit "voilà un non-professionnel très talentueux", car j'ignorais complètement qu’il venait du théâtre.

En tant que drame politique, le film a quelque chose de Borgen, et aussi quelque chose de la satire politique à la Armando Iannucci – comme dans In the Loop [+lire aussi :
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et Veep.
Absolument. Borgen est un formidable exemple de ce genre de situation, qui mêle les batailles politiques et les vies personnelles des personnages. Quant à Iannucci, j’aime le fait qu'il rende cette brutalité qui fait partie du jeu politique. C’est un champ de bataille où chaque personnage est un soldat avec un territoire à défendre, et où seul le spectateur voit la situation dans son ensemble.

La préoccupation centrale des personnages dans cette histoire est la situation du logement dans une zone à bas revenus. Peut-on lire dans le film l'intention de soulever un débat ?
Par rapport aux gens de politique ? Non. Je vais montrer le film aux maires avec lesquels j’ai travaillé pendant mes recherches, car je suis curieux de connaître leur réaction, mais je ne crois pas aux films avec des messages politiques. C’est un film qui s’adresse au grand public et propose une image de la politique qui flirte avec le côté sombre des choses, mais aussi le côté beau, celui de l’engagement et de la tentative de faire quelque chose collectivement. La situation du logement, tout en étant très actuelle, était surtout pour moi la plus visuelle. Où on vit, comment on vit, l'eau, l'électricité, l'hygiène, la sécurité : tout cela est très concret. Bien sûr, je voulais saisir un peu de la colère des gens qui vivent dans ces conditions, et aussi la manière dont ils se défendent ainsi que leur territoire – comme dans cette discussion que j’ai trouvée parmi les commentaires sur un article du Monde, sur les ventes de télévisions à écran plat dans les foyers en banlieue, comme quoi ce serait un mauvais usage à faire de son argent. La réponse est que les PlayStations et les chaînes de sport éloignent les enfants de la rue et les empêchent de traîner avec des gens qui auraient sur eux une mauvaise influence.

Vous en êtes à votre deuxième long-métrage. Est-ce qu’il y a un thème commun entre celui-ci et le premier, selon vous ? Et de quoi parlera votre film suivant ?
Je ne vous dirai rien sur le prochain, pas encore, mais je pense que comme dénominateur commun, il y a la relation entre l’individu et un système complexe. Dans mon premier fils, La Mécanique de l'ombre [+lire aussi :
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, c’était plus kafkaïen, avec François Cluzet dans le rôle de la nouvelle recrue d'une étrange organisation d’espionnage. Dans Les Promesses, nous traitons des différents niveaux de la politique française et de combien il est difficile de réellement accomplir quelque chose. Les personnages sont intelligents et s’expriment bien, mais personne n’arrive à convaincre qui que ce soit. S'ils finissent par l'emporter, ce n’est pas par l’esprit, mais par les tripes.

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(Traduit de l'anglais)

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