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LOCARNO 2022 Cineasti del presente

Tereza Nvotová • Réalisatrice de Nightsiren

“Nous nous sommes rendu compte que nombre de ces traditions qu’on aime tant n’existent que pour préserver le statu quo”

par 

- La réalisatrice slovaque parle de son film, qui évoque les traditions conservatrices et l’émancipation féminine ; ce long-métrage a remporté le Léopard d’or de la section Cineasti del presente

Tereza Nvotová • Réalisatrice de Nightsiren
(© Locarno Film Festival/Ti-Press/Massimo Pedrazzini)

La réalisatrice slovaque Tereza Nvotová a présenté en première mondiale son nouveau long-métrage de fiction, Nightsiren [+lire aussi :
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, dans la section Cineasti del Presente de Locarno, où le film a remporté le Leopard d’or. Nvotová est passée du documentaire à la fiction avec le film dramatique Filthy [+lire aussi :
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, qui parlait d'un viol. Avec son deuxième long-métrage de fiction, elle se démarque avec témérité de ce travail et adopte une imagerie plus surréaliste ainsi qu'un certain réalisme magique pour façonner un récit d’horreur dans un contexte rural traditionnel qui aborde les sujets de la misogynie et de l'inégalité entre les sexes, profondément enracinée. Filthy et Nightsiren ont en commun le thème central de l’émancipation féminine, qui est traité, dans le cas du second, à travers une subversion des stéréotypes et coutumes. Cineuropa a interrogé la réalisatrice sur les traditions conservatrices, le patriarcat et l’émancipation féminine.

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Cineuropa : Dans Nightsiren, vous mettez face à face deux intrigues/vues du monde : le patriarcat, représenté par la société, et une autre perspective représentée par l’héroïne, en chemin vers son émancipation. Pourquoi cette confrontation était-elle importante pour vous ?
Tereza Nvotová : Parce qu’il n’y a rien qu’on puisse faire si les femmes elles-mêmes n’ont pas le désir de vivre différemment. Je voulais les inspirer à avoir une nouvelle idée d’elles-mêmes. Je connais tellement de femmes, dans mon pays, qui n'envisagent même pas une vie différente de celle qui consiste à avoir des enfants, un mari et un foyer dont s'occuper. Il m’a fallu longtemps, à moi aussi, pour me demander ce que je voulais vraiment. Et quand je l’ai fait et que je l’ai dit aux autres, le retour de bâton a été immédiat : "Tu ne veux pas être mère ? Tu n’es pas une femme !".

La misogynie, la xénophobie et l’hystérie de masse sont des motifs dans le film. Comment avez-vous enquêté sur ces sujets ?
Eh bien, avoir grandi en Slovaquie, c'est déjà, en soi, comme d'avoir fait des recherches approfondies. La moitié de ma famille vient d’un village. J'ai passé beaucoup de temps dans des sociétés provinciales, donc je dirais que j'ai ça en moi. Mais ce n’est pas tout. Nous avons utilisé le village comme un adversaire collectif pour rendre compte de ce qui, pour nous, ne va pas dans notre société. La peur de l’inconnu ou de la différence est le grand moteur qui entraîne les pires des crimes. C’est comme ça depuis des siècles.

Pourquoi avez-vous décidé d'ancrer votre histoire dans un environnement rural et de travailler avec des éléments de folklore et des coutumes locales ?
Notre sentiment était que si nous voulions parler de thèmes importants, il fallait qu’on rende les choses simples. Cet environnement provincial permet de décrire parfaitement la manière dont ces problèmes archaïques continuent de dominer notre monde moderne. Barbora Námerová a amené une étude ethnologique sur les croyances superstitieuses liées aux "sorcières" dans la Slovaquie contemporaine. Nous avons été stupéfaites en constatant qu’elles sont toujours très vivaces. Nous nous sommes alors penchées sur toutes sortes de rituels qui sont préservés dans notre société, en nous demandant quel objectif ils servent exactement. Nous nous sommes rendu compte que la plupart de nos chères traditions existent pour préserver le statu quo : les femmes doivent être fertiles, les hommes doivent être forts, les femmes servent les hommes, les hommes protègent les femmes. Et si quelqu’un ne se conforme pas à cela, cette personne devient un danger pour la communauté. C’est aussi simple et terrifiant que ça.

Nightsiren a recours à des procédés appartenant au cinéma de genre. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
Nous avons puisé dans le cinéma de genre parce que c’était la manière la plus naturelle de raconter cette histoire. Si on parle de sorcières, de magie, de peur et de traumatisme, il faut amener le public dans cet univers, faire en sorte qu’il le ressente. Si un film ne laisse aucune marque d'ordre émotionnel, je ne considère pas que c’est un bon film. À l'époque où j'ai grandi, le cinéma de genre était vu comme quelque chose de cheap – et une grande partie de ces films avaient en effet l’air cheap et ringards. Aujourd’hui, le cinéma est beaucoup plus libre. Je peux utiliser n’importe quelle forme ou n’importe quel genre pour produire l’impact que je veux produire. C’est tout naturel que les festivals de cinéma voient ce glissement et le soutiennent.

Vous utilisez ici un langage cinématographique très moderne. Par exemple, la nuit d’été est dépeinte de manière très peu traditionnelle. Comment c’est arrivé ?
Je suppose qu’on s’est permis de rêver en grand avec ce film. Nous n'avons pas imaginé de boîte où le ranger. Nous avons simplement joué avec les outils que nous nous sommes donnés. La nuit d’été, par exemple, a été le fruit d'une collaboration entre moi, ma co-scénariste, le chef opérateur, le chorégraphe, le maquilleur et le compositeur. J’avais une vague idée de ce que je voulais, mais j’ai invité ces gens à créer avec moi et ça a fonctionné, et ça a été amusant à faire !

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(Traduit de l'anglais)

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