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BERLINALE 2024 Compétition

Veronika Franz, Severin Fiala • Réalisateurs de The Devil’s Bath

“Nous trouvions ce personnage et ce sujet fascinants, et nous voulions faire honneur au sujet de la dépression”

par 

- BERLINALE 2024: Le duo de réalisateurs autrichien plonge dans l’esprit sombre d’une fermière et le choix radical qu’elle doit faire

Veronika Franz, Severin Fiala • Réalisateurs de The Devil’s Bath
(© Dario Caruso/Cineuropa)

Comment affronter la dépression quand on vit dans l’Autriche rurale de la moitié du XVIIIe siècle, que votre vie est dominée par la pression sociale et les normes et que s'ôter la vie est le plus grand péché imaginable ? Dans The Devil’s Bath [+lire aussi :
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fiche film
]
. à partir d'archives historiques sur des interrogatoires inquisitoriaux, le duo Veronika Franz-Severin Fiala s'immerge dans l’esprit de plus en plus noir d’une fermière et dans le choix radical qu’elle doit faire, si elle veut exaucer son vœu d’être "hors de ce monde". Nous avons interrogé les co-réalisateurs sur ce film, qu’ils ont présenté en compétition à Berlin.

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Cineuropa : Beaucoup de films ont déjà traité des épreuves qu'on subies les femmes tout au long de l'histoire, mais ces meurtres commis par des femmes en constituent un chapitre assez peu connu. Où en avez-vous entendu parler ?
Veronika Franz :
Dans le podcast d’une historienne américaine, Kathy Stuart. Nous n'avions jamais entendu parler de ce phénomène de suicide indirect. Nous avons contacté Stuart, et après quelques conversations, elle nous a ouvert ses archives. Nous avons lu sur des centaines d’affaires de ce type, partout en Europe. Nous avons été touchés d'entendre la parole d’une paysanne du XVIIIe siècle, de lire quelles difficultés elle endurait, quels étaient ses désirs profonds et quelles étaient ses pensées. Une femme de la Haute-Autriche,  Ewa Lizlfellner, est devenu le modèle principal du film, parce qu’un inquisiteur l'a interrogée trois fois.

Le destin des femmes n'est qu'un aspect du film. Il y a aussi l’Église et la question de ce que ces institutions nous font.
V.F. :
C’est aussi une question de dogmatisme. La manière dont la foi se construit est perverse est on peut utiliser ça pour servir ses objectifs personnels. C’est ce que nous avons aimé dans le matériel source. Si la foi aide les gens, c’est une bonne chose.

Severin Fiala : Mais si vous êtes forcé de tuer quelqu’un juste pour avoir le droit de mourir, alors c’est follement absurde.

Votre actrice principale, Anja Plaschg, ne devait au début s'occuper que de la musique. Qu’est-ce qui vous a amenés à lui proposer le rôle principal ?
S.F. :
Quand nous avons vu comment elle a réagi au scénario, nous avons su qu’il y avait une connexion avec le personnage d’Agnes. Nous avons un personnage qui est passif, qui passe beaucoup de temps au lit, qui n'agit pas bien, mais il faut aussi qu’on puisse l'aimer, sinon le film ne peut pas marcher. Avec Anja, it était clair immédiatement qu’on allait compatir avec elle.

V.F. : Elle n’est pas actrice de métier. Au début, nous pensions que nous allions dire "OK, voyons quels sont ses points forts, et peut-être qu'on va changer un peu le rôle ou le scénario", mais il s’est avéré que nous n’avons pas eu à le faire. Elle est incroyablement talentueuse, très précise et disciplinée. Et au bout du compte, elle a pu faire plus de choses que la plupart des comédiennes professionnelles ne l'auraient fait.

Les personnages vivent dans un environnement très dur. Le mari ne peut pas offrir grand-chose, et sa mère doit survivre aussi. On a l’impression qu’Agnes n’est pas adaptée à son environnement.
S.F. :
. Il était important pour nous que personne ne soit méchant. Ils essaient tous d'aider cette femme, d’une manière ou d’une autre. Il y a aussi beaucoup de pression sociale sur la belle-mère et sur le mari. Donc ce n’est pas la faute de la belle-mère : c’est la faute de la société et des dogmes que nous nous sommes tous imposés à nous-mêmes.

Votre filmographie est décrite comme réunissant principalement des films d’horreur. Cependant, The Devil's Bath est plus un drame psychologique. Diriez-vous que vous vous êtes détachés un peu du registre horreur, ou qu'on ne vous avait jusqu'ici pas totalement compris ?
S.F. :
Nous avons fait ce film parce que nous avons trouvé le personnage et le sujet fascinants, et par ailleurs nous voulions rendre justice au sujet de la dépression. Dans cette idée, il était clair pour nous qu'il n'allait pas s'agir d'un film d’horreur. Ça ne veut pas dire que nous ne ferons plus de films d’horreur, parce que nous avons aussi d’autres projets qui vont dans cette direction.

V.F. : Au début, nous étions partis pour faire un thriller judiciaire, mais nous avons ensuite basculé. Nous voulions que les gens puissent comprendre la situation dans laquelle se trouve Agnes et ressentir la manière dont Agnes vit le monde. De fait, on ne pouvait pas introduire des touches de cinéma de genre. Nous adorons les films d’horreur, mais nous prenons aussi nos personnages au sérieux. Si les personnages ont besoin de quelque chose d’autre que les mécanismes classiques d’un film d'horreur, alors nous les évitons.

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(Traduit de l'anglais)

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