BERLINALE 2025 Berlinale Special
Petra Volpe • Réalisatrice de En première ligne
"Ce film est une déclaration d'amour pour la profession des infirmiers et infirmières"
par Teresa Vena
- BERLINALE 2025 : La réalisatrice suisse italienne nous parle sur ce qui lui a inspiré son nouveau film et ses intentions, ainsi que sur les recherches qu'elle a faites et son travail d'écriture

La réalisatrice suisse Petra Volpe présente cette année à Berlin, dans la section Berlinale Special, son nouveau long-métrage, En première ligne [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Petra Volpe
fiche film], où elle suit une infirmière tout au long d'une garde éprouvante. Nous avons discuté avec la réalisatrice du développement du scénario, des recherches faites pour ce film et de l'admiration qu'elle a pour le travail du personnel soignant.
Cineuropa : La pandémie de Covid a-t-elle contribué à l'élan derrière ce film ?
Petra Volpe : Non, le sujet me préoccupait déjà auparavant, le Covid n'a fait qu'accentuer mon intérêt. J'étais à New York pendant la pandémie. Tant de gens sont morts. Les hôpitaux étaient surchargés. On voyait bien que le personnel soignant était poussé jusqu'à ses limites. Il ne s'en est jamais vraiment remis. Comme je cherchais une manière d'aborder le sujet, j'ai lu le livre de la jeune infirmière allemande Madeline Calvelage, qui décrit son quotidien au travail. Ce livre m'a fait l'effet d'un thriller. Ce sentiment de tension, d'excitation et de rythme effréné a été déterminant par rapport à la forme que j'ai donnée au film. J'ai pris contact avec Madeline et elle m'a conseillée sur le scénario. Nous avons conçu les histoires des patients ensemble. Ces histoires de patients m'ont aussi été inspirées par mon propre entourage. J'ai mené de nombreux entretiens avec des soignantes et des soignants. J'ai moi-même travaillé dans un hôpital. C'est grâce à ces recherches approfondies, avec l'aide de deux autres infirmières et d'un médecin, que petit à petit, ce scénario a vu le jour.
Comment s'est passée votre propre expérience du travail à l'hôpital ?
J'ai été impressionnée par la pression sous laquelle travaillent ces femmes. Même une garde "normale" est exigeante, techniquement et humainement. Et c'est tous les jours. Nous avons tellement tendance à prendre cela pour un acquis. J'ai été incroyablement touchée par le professionnalisme et l'humanité du personnel. Ce métier est d'une complexité folle et d'une importance capitale dans notre société, mais il est trop peu reconnu. Mon film est une déclaration d'amour à cette profession.
A-t-il été difficile d'avoir accès à cet univers ?
Les femmes étaient très heureuses de parler de leur métier. Il était important de montrer non seulement à quel point il est éreintant, mais aussi ses beaux aspects. J'ai eu de très beaux échanges, ouverts, mais ce qui est aussi ressorti, c'est à quel point la situation est critique, et combien même les professionnelles expérimentées souffrent de cette pression. Elles n'ont plus de joie à faire ce travail, pas parce qu'elles estiment être sous-payées, mais parce qu'elles ont l'impression de ne plus pouvoir aider les malades, de ne pas être en mesure de faire correctement leur métier. Elles rentrent chez elles avec l'angoisse d'avoir, peut-être, oublié quelque chose, car la pression est énorme et certains services sont vraiment en sous-effectif.
Comment s'est mise en place la collaboration avec Leonie Benesch, qui tient le rôle principal ?
Je l'avais en tête très tôt, dès l'écriture. Quand je l'ai vue au casting (en l'espèce sur Zoom, la première fois) et qu'elle a prononcé la première réplique de Floria, il a aussitôt été évident pour moi que c'était elle.
Comment s'est-elle préparée pour le rôle ?
Dès le départ, nous voulions faire un film très physique, un film qui vous prend vraiment aux tripes, qui vous donne des palpitations quand vous le voyez en salle. Bien sûr, il a fallu être très précis dans notre travail pour y parvenir. La préparation de Leonie a évidemment été très importante. Elle a elle-même passé du temps à l'hôpital et observé le personnel. Elle avait également une coach : une infirmière en soins intensifs avec 25 ans d'expérience à son actif. Leonie s'est beaucoup entraînée. Elle a même emporté du matériel médical chez elle pour s'entraîner jusqu'à arriver à le maîtriser. Nous avons abordé la mise en scène du film comme une danse, car pour moi, ces infirmières sont comme des athlètes de haut niveau. Leurs gestes ressemblent à une danse, nous les avons conçus comme une chorégraphie. Le sol blanc de l'hôpital évoquait pour moi une patinoire artificielle, sur laquelle évoluaient ces athlètes.
Comment avez-vous développé votre approche du montage ?
Dès le début, la dramaturgie était écrite comme une montée en puissance. Il y avait divers défis à relever pour y parvenir. Comme on raconte ici une journée de huit heures en 90 minutes, l'objectif était de transmettre la sensation qu'on court aux côtés de l'héroïne pendant toute une journée. Il fallait aussi qu'au milieu de tout ce stress et cette intensité croissante, on réserve de la place à des moments chaleureux et émouvants. Nous avons beaucoup travaillé sur cet équilibre avec mon monteur, Hansjörg Weißbrich.
Où avez-vous tourné ?
Dans un ancien petit hôpital de Zurich. Nous avons utilisé un étage pour la production et l'autre pour le tournage. Nous y avons monté deux services. Il a fallu réunir tout l'équipement, des machines et des lits, jusqu'aux boîtes de médicaments. De nombreux hôpitaux encore en activité nous ont aidés.
(Traduit de l'anglais)
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