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CANNES 2025 Un Certain Regard

Francesco Sossai • Réalisateur de Le Dernier pour la route

"Avec ce film, je souhaitais vivre une autre nuit d’aventure"

par 

- CANNES 2025 : Le réalisateur italien évoque son nouveau long-métrage, véritable ode aux hommes qui boivent

Francesco Sossai • Réalisateur de Le Dernier pour la route

Carlobianchi et Doriano (Sergio Romano et Pierpaolo Capovilla) ne disent jamais non à un dernier verre, mais quand ils rencontrent Giulio (Filippo Scotti), bien plus jeune qu'eux, ils quittent leurs bars préférés et se lancent dans une aventure – ce qui ne veut pas dire qu’ils vont arrêter de boire. Le réalisateur Francesco Sossai nous parle de The Last One for the Road [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Francesco Sossai
fiche film
]
, projeté à  Cannes dans la section Un Certain Regard.

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Cineuropa : Le film évoque un peu ceux d'Aki Kaurismäki. Il s'inscrit dans la tradition du cinéma sur des hommes qui boivent, ce qui ne va jamais sans une certaine mélancolie.
Francesco Sossai :
Depuis mon enfance, je passe ma vie au bar, en gros. Je viens d’une petite ville du nord de l’Italie, où se passe le film, et là-bas, il avait quatre rues et dix bars. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le plaisir de boire (le film ne parle pas de plaisir du tout), mais le fait que les hommes qui boivent ont une manière particulière de parler : tout se passe comme s’ils étaient tout le temps devant un public. Même quand ils parlent à une personne seulement, en fait ils parlent à tout le bar.
Les deux compères font tout un show pour Giulio. À vrai dire, c’est très touchant et très humain : il y a de la fragilité dans le fait de devoir constamment jouer. Ils se comportent toujours comme des personnages dans une pièce de théâtre, et ils connaissent leur texte. Je voulais voir ce qui se passe quand cette posture retombe un peu, quand ils se réveillent seuls, avec la gueule de bois : là, on a un petit aperçu de qui ils sont vraiment.

On pourrait se demander pourquoi ils traînent avec ce gamin, mais c'est qu'ils ont besoin d’une nouvelle personne pour les écouter, car eux connaissent déjà par cœur toutes les histoires qu'ils ont à raconter. Giulio regarde vers l’avant, eux regardent vers l’arrière. Ça vous intéressait, ces mouvements contraires ?
Là où je vis, les hommes qui boivent savent beaucoup de choses sur la vie et sur l’endroit d’où ils viennent, mais il y a plus de strates que ça dans le monde, et quand deux strates distinctes se rencontrent, quelque chose se passe. J’aime beaucoup American Graffiti de George Lucas, qui parle, d'une certaine manière, de la dernière nuit avant le reste de votre vie. Grâce à cette rencontre, Giulio voit une autre manière d’envisager le temps, qui consiste principalement à raconter des histoires sur le passé. Dans dix ans, le jeune homme sera architecte à Milan et travaillera dans un grand cabinet, mais il aura une histoire à raconter. En retour, il ouvre pour eux une fenêtre sur le futur. Il leur offre aussi une nouvelle histoire.

Quand nous avons commencé à écrire le scénario, nous nous sommes rendu compte que nous voulions transmettre ce sentiment d'émerveillement qu'on peut avoir quand on écoute les gens, car on remplit leurs histoires avec son imagination. Plus tard, Giulio se met à le faire aussi : il peut se voir dans le rôle de leur ami perdu. Vous avez mentionné la Finlande, dans votre première question, eh bien je n'ai pas pu m’empêcher de m’imaginer des Finlandais assis au bar. Tout le monde fait ça, surtout quand tout ça est alimenté par l’alcool.

On s’attend à ce que les personnages plus âgés partagent leur sagesse avec les plus jeunes. Vous jouez avec ce concept, comme dans Lost in Translation, mais sans le formuler de manière explicite.
L’idée était plutôt de décrire le moment où on a l'impression d'être près de comprendre quelque chose de profond. On y est presque, et puis ça se dissipe. Dans la première scène, ils sont sur le point de révéler un secret, mais les bruits ambiants du bar couvrent tout, on n'entend pas. Ces gens ne communiquent pas : ils essaient de communiquer. On est à deux doigts d'y arriver presque tout le temps, mais on n'atteint jamais ce but de final.

Ou alors on l'oublie complètement ! Quand vous cherchiez vos acteurs, est-ce que vous vous souvenez de ce que vous vouliez ? Ces types ont toute leur vie inscrite sur leur visage.
Et ils ne sont jamais arrivés sur le plateau les mains vides. Sergio est avant tout acteur de théâtre, mais il a beaucoup travaillé sur le langage de son personnage. Il n’est même pas de ma région ! Pierpaolo fait partie d’un des groupes de rock les plus importants d’Italie ces 20 dernières années [One Dimensional Man]. C’est vraiment une rockstar, un poète rock. Je cherchais des gens qui ne donnent jamais l’impression d’être vides, parce que je ne voulais pas donner trop d’informations sur eux. Dans la vie, quand on rencontre quelqu’un dans un bar, on ne sait pas non plus qui est cette personne.

Avant, quand on sortait, on ne savait pas ce qui allait se passer, qui on allait rencontrer. Cherchiez-vous à rendre compte d'une chose qui est peut-être en train de disparaître ?
C'est en train de disparaître, lentement. Je suppose que je voulais vivre une autre nuit d'aventures en faisant ce film, et je sens que c’est encore possible, de se perdre comme ça. On partait vraiment en voyage, ces soirs-là. On ne voulait jamais rentrer, on ne voulait pas que ça se termine. Parce qu'une fois que c'est terminé, tout ce qui vous reste, c'est une histoire.

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(Traduit de l'anglais)

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