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Espagne / Argentine

Agustina Macri • Réalisatrice de Miss Carbón

“Un homme n'aurait pas pu réaliser ce film”

par 

- La cinéaste argentine nous parle de transition de genre, de sensibilité féminine et du besoin de ressentir très en profondeur les projets cinématographiques

Agustina Macri • Réalisatrice de Miss Carbón
(© Sebastián Argüello)

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, lancé dans les salles espagnoles le 12 juin (par Caramel Films) revisite l’épopée réelle de la mineuse patagonne Carlita (Carla Antonella Rodríguez), qui a osé se battre avec ténacité pour réaliser ses rêves. Pour interpréter ce film, la réalisatrice Agustina Macri, argentine mais installée en Espagne, a mélangé des acteurs non professionnels (trans et mineurs de métier) et professionnels (notamment Lux Pascal et Paco León).

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Cineuropa : En quoi ce deuxième long-métrage fait-il écho à votre premier, Soledad ?
Agustina Macri :
Les deux films se répondent. Miss Carbón s’inscrit dans une progression naturelle vers l'avant, car tous mes projets à venir racontent aussi des histoires de femmes, qui plus est de femmes réelles. C'est tellement difficile de monter un projet de long-métrage et de le porter à son terme, et on doit accompagner celui qu’on a choisi de faire pendant tellement longtemps qu’il faut vraiment s'engager à fond, donc autant choisir un projet auquel on tient de tout son cœur et de toute son âme. C’est pour ça que je n’ai jamais accepté de faire des films de commande. En l'espèce, même s'il y a eu des moments rudes et compliqués, savoir que ce film montrait la vie de Carlita et pouvait changer la vie d’autres personnes m’a beaucoup soutenue.

À quel moment avez-vous commencé à participer à la création de Miss Carbón ?
Les premières versions du scénario étaient déjà écrites, avec Carlita comme conseil. En 2022, on m’a contactée, je suis tombée amoureuse du sujet et nous avons commencé à chercher un producteur en Argentine, mais c’est la société espagnole Morena Films, même si l’intrigue se déroule à l’autre bout du monde.

Le film a réuni une équipe assez féminine. Aurait-il été différent s’il avait été réalisé par un homme ?
Les femmes occupent de plus en plus d’espace, la génération actuelle des cinéastes espagnoles le montre bien. Les femmes ont une sensibilité particulière, une manière très personnelle d'aborder les choses. On le voit dans les scènes sur l'opération, dans ma façon de filmer le corps : un homme aurait fait autrement. J’ai aussi discuté avec mon héroïne du fait qu’elle est une femme trans et moi une femme cisgenre : il y avait là une petite ligne de séparation, même si je crois avoir assez de sensibilité, alors imaginez ce qu'il en aurait été avec un homme… la ligne de séparation qu'il y aurait eu ! Après avoir vu le film, une fille m’a dit : “Ce film n’aurait pas pu être réalisé par un homme”. On parle d'un système patriarcal et machiste où arrive une femme trans, avec son superpouvoir, pour hacker le système : aux yeux de la société, Carlita n’aurait autrement pas été une femme qui a réussi à devenir mineuse, parce qu’on la voyait comme un homme. Pour elle, en revanche, elle est une femme, une femme trans qui se déguise en homme, mais quand la loi sur l’égalité est promulguée, elle change de nom. Finalement, le fait qu’elle se soit fait poser des seins a fait évoluer les mentalités, c’est incroyable !

Il y a dans Miss Carbón une scène assez dure avec des femmes transphobes.
Elles ont été absorbées par le système machiste. Alors qu'elles sont devant une collègue, elles ne la voient pas comme telle. Ça m’a frappée et attristée, de voir à quel point le système peut transformer les femmes pour qu'elles en arrivent là. 

Il existe en Amérique du Sud un mouvement fort autour des thématiques trans, comme dans l’œuvre littéraire de Camila Sosa Villada ou le film Le Mystérieux Regard du flamant rose [+lire aussi :
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. Que se passe-t-il dans cette région du monde exactement ?
Nous avons longtemps été dominés par des récits hétéronormatifs et patriarcaux et, soudain, un changement de cap s'est amorcé et des histoires qui étaient jusque-là dans l’ombre se sont mises à jaillir : il est temps de revendiquer les sujets LGTBIQ+ et le thème de l’immigration, comme l’a fait Les Colons [+lire aussi :
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, qui racontait l’Histoire sous un autre angle, pas seulement l’angle espagnol. C’est une dette en suspens, alors les collectifs jusqu'à présent tenus dans l’ombre vont émerger : le film argentin Simón de la montaña, qui parle de handicap, a gagné à la Semaine de la Critique de Cannes. Le temps de l’inclusion arrive, mais c’est difficile. Au départ, la société chilienne est conservatrice ; ces groupes sont en train de rompre avec les structures existantes. L’Argentine est un pays qui survit : nous avons été des pionniers en matière de parité et de mariage gay. Pourvu que tout cela ne soit que le début d’un vaste mouvement.

Votre héroïne dit qu'elle était faite pour être mineuse. Comme elle, vous êtes-vous vous-même rêvée cinéaste avant toute autre chose ?
Non, j’aurais adoré. Enfant, je jouais au football, je rêvais d’être sportive professionnelle, mais comme j’aime le cinéma, que j’ai découvert à vingt ans, j'ai “transitionné” vers l’art (ma famille était dans les affaires). J'ai étudié la sociologie et, de là, je suis passée au documentaire. Et mes frères m'ont suivi dans la voie artistique. Eh oui, nous sommes toutes des Carlita : ce qui est beau, c’est de “transitionner” de ce qu'on doit être à ce qu’on veut vraiment être, en laissant de côté ce que les autres attendent de toi.

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(Traduit de l'espagnol)

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