Julian Radlmaier • Réalisateur de Phantoms of July
“La solitude, ainsi que les problèmes de classe et d’argent, sont des sujets universels ; j’espère que le film a cette résonance”
par Veronica Orciari
- Le réalisateur franco-allemand nous en dit plus sur le point de départ de son nouveau long de fiction, et sur les principales influences qui ont informé le film

Cineuropa a rencontré le cinéaste franco-allemand Julian Radlmaier à l’occasion de la première mondiale de son dernier film, Phantoms of July [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Julian Radlmaier
fiche film], dans le cadre de la compétition internationale du Festival de Locarno. Le réalisateur revient sur le point de départ de ce long-métrage de fiction et sur les principales influences qui le sous-tendent.
Cineuropa : L’intrigue du film est à plusieurs niveaux. Êtes‑vous parti d’un personnage ou d’un symbole en particulier ? Si oui, comment avez‑vous développé le reste ?
Julian Radlmaier : En fait, pour la première fois de ma courte carrière, je suis parti d'une ville, Sangerhausen, que j’ai tout de suite trouvée très intéressante. J’en avais vu une photo où j’avais remarqué, en arrière‑plan, une étrange montagne en forme de pyramide. J’ai passé quelques jours dans la région et j’y ai découvert tout un tas d’éléments intéressants qui pouvaient être tissés ensemble. En arpentant la ville, j’ai commencé à imaginer des histoires. La première était celle d'Ursula, une serveuse qui cumule deux emplois, pour joindre les deux bouts (ce qui reflète l'impact de l’inflation en Allemagne et la pression du quotidien). Le son constant de la musique provenant de l’école de musique locale m'a inspiré une autre strate du récit, car je ne voulais pas me limiter à une seule intrigue. C’est une région très allemande, où la droite est très présente, mais qui accueille aussi des immigrés ; je me suis donc demandé comment y était la vie pour ceux qui ne sont pas nés en Allemagne, et j’ai voulu croiser ces points de vue. Enfin, j’ai découvert la richesse culturelle de cette zone : le poète Novalis est né tout près de là, mais au lieu de l’intégrer directement, j’ai décidé d’ajouter le personnage de Lotte, pour relier passé et présent.
Quels éléments visuels vous ont inspiré ? Le film paraît très élégant et classique dans son approche.
Ce long-métrage aura marqué un tournant pour moi, car mes travaux précédents avaient un style très différent : je les ai tournés en numérique et ils se composent plus souvent d'images fixes, comme des tableaux. Pour ce projet, je voulais quelque chose de plus léger et de plus fluide, alors nous avons choisi le Super 16 mm. Avec mon directeur de la photographie, Faraz Fesharaki, nous voulions que la caméra soit vivante, qu’elle ait un regard autonome et découvre des choses par elle‑même. Nous nous sommes inspirés des Longs Adieux de Kira Muratova, ce film nous ayant frappés par sa légèreté et sa poésie. Nous voulions que la forme, la grammaire cinématographique employée elle-même surprenne, pas seulement le récit. Souvent, nous comprenions comment nous voulions composer nos plans sur place, au lieu de les planifier en amont, ce qui donne au film un côté presque documentaire. Nous avons laissé le paysage nous guider pour façonner des images à la fois spontanées et délibérément artistiques.
Pensez‑vous que le public international va réagir différemment au film, par rapport au public allemand, et en quoi ? Voyez‑vous ce film comme particulièrement ancré en Allemagne ?
J’essaie de ne pas trop penser au public pour ne pas me laisser submerger, car chacun arrive avec sa perspective, et elles diffèrent beaucoup entre elles. Ce qui m’importe, c’est de ne pas faire des films trop refermés sur eux-même ou exclusivement "allemands", parce que je trouve qu’une large portion de la production allemande reste coincée dans un monde qui n’existe plus. Je préfère montrer le pays comme un lieu où se croisent des milieux et destins variés, qu’il s’agisse d’immigrants iraniens, de personnes d’origine soviétique, ou autre. L’immigration, la solitude, les questions de classe et les difficultés économiques sont des sujets universels, et j’espère que de fait, le film peut parler à tout le monde. Notre équipe était elle‑même internationale, et le dialogue entre nos différents points de vue a aussi contribué à modeler le film pour arriver à ce que vous voyez maintenant.
À vos yeux, votre film appartient‑il à un genre particulier, ou à plusieurs ?
En général, je ne pense pas en termes de genres, mais je sais ce qui m’attire. L’humour est important pour moi, alors quand quelque chose me paraît drôle, à l’écriture, j’ai tendance à le garder. En même temps, je me méfie de la satire. La réalité semble souvent plus satirique que tout ce que je pourrais inventer. C'est pourquoi, dans ce film, j’ai essayé de ne pas trop pencher de ce côté‑là. Je voulais me concentrer davantage sur son versant poétique, car ce qui m’intéresse vraiment, c’est le mélange de comédie et de mélancolie. J’aime aussi ancrer mes histoires dans des lieux et des époques très concrets, tout en les ouvrant à des dimensions plus fantastiques. Je crois que j’aime les contrastes : si une scène penche trop d’un côté, j’ai envie de l’équilibrer en ajoutant un autre élément.
Quelle était l'élément que vous redoutiez le plus de transmettre au public ?
J’espère simplement être parvenu à ce que le film donne une impression de cohérence, qu'on n'ait pas le sentiment d'avoir affaire à trois courts-métrages séparés. Trouver de petits détails qui relient le tout, des motifs voyageant d’une histoire à l’autre, était très important à mes yeux. Cela dit, quand on essaie de faire cela, à l'écriture, on peut se laisser déborder par la multitude des directions possibles. Le plus difficile est de savoir quand s’arrêter, ou quelle voie choisir pour ensuite d'y tenir.
(Traduit de l'anglais)
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