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LOCARNO 2025 Compétition

Naomi Kawase • Réalisatrice de L'Illusion de Yakushima

“Pour moi, la sensibilité et les sentiments qui font partie de notre travail vont au-delà du langage parlé”

par 

- La cinéaste japonaise explique ce qui l'a amenée à vouloir raconter l'histoire d'une pédiatre française travaillant à Kobe, et pourquoi elle a choisi Vicky Krieps pour ce rôle

Naomi Kawase • Réalisatrice de L'Illusion de Yakushima

Yakushima’s Illusion, sélectionné en compétition au Festival de Locarno, aborde les questions sensibles des greffes d’organes ainsi que des milliers de personnes qui disparaissent chaque année au Japon. Naomi Kawase explique comment ces deux sujets sont liés et souligne l’importance de s’exprimer par le cinéma plutôt que par les mots.

Cineuropa : D’où vient votre intérêt pour les greffes d’organes, et pourquoi avoir choisi d’aborder ce sujet à travers une fiction ?
Naomi Kawase :
L’idée est née de la question des disparitions. Ici, au Japon, on voit chaque année des milliers de cas de personnes qui disparaissent – c’est ce que nous appelons des "évaporations". Cette question a précédé celle des greffes d’organes. Je ne voulais pas l’explorer à travers un documentaire. S’agissant des disparitions, la loi japonaise prévoit que lorsqu’une personne est portée disparue, sa famille peut la déclarer morte sept ans après sa disparition, alors que dans la plupart des pays occidentaux, ça fonctionne différemment. Quant à la définition de la mort, au Japon, quand le cœur d’une personne bat encore, c'est à la famille de décider si cette personne est morte ou vivante, même si son cerveau a cessé de fonctionner. Comme dans le cas des personnes disparues, les proches ont la main sur l’acte de décès. À travers le personnage de Corry, je voulais apporter un regard neuf et plus objectif sur ces questions.

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Comment avez-vous choisi votre actrice principale, Vicky Krieps ?
Nous avions cinq candidates pour le rôle que m'avaient présentées mon producteur et mon agent en France. Vicky m’a paru vraiment unique. D’autres dans la liste étaient très talentueuses, mais Vicky avait quelque chose de plus  naturel, elle collait mieux au projet. L’énergie qu’elle dégageait m’attirait beaucoup. Avant le tournage, elle a passé du temps à Kobe pour préparer le rôle et rencontré les enfants à l’hôpital.

Pour le spectateur français, il est clair dès le début que le personnage principal, Corry, n’est pas une "pure" Parisienne : son accent n’est pas parisien. Ce n’est qu’à mi-parcours qu’on découvre qu’elle a grandi au Luxembourg, élevée par ses grands-parents. Ses origines multiples, le fait qu’elle parle français avec un accent difficile à situer et qu’elle communique avec ses collègues en français, en anglais et parfois en japonais, rendent son personnage encore plus mystérieux, presque insaisissable. Êtes-vous d'accord avec cette idée ?
Pour répondre à votre question, je dois vous dire qu'au début, Corry devait parler anglais, pas français, mais comme le film a finalement été produit avec la France, la majeure partie devait être en français. Voilà pourquoi nous avons décidé qu’elle parlerait français. Ce n'est qu'à mi-parcours du projet que j’ai appris, par le traducteur, que son accent n’était pas parisien. J’ai été assez surprise, mais j’ai essayé de composer au mieux avec la situation. J'ai tiré parti des différentes origines de Vicky Krieps, du fait qu’elle est née au Luxembourg mais qu'elle a vécu à Berlin. J’espère que le mystère du personnage auquel vous vous référez est une bonne chose.

La question de la communication, ou plutôt la difficulté de communiquer, semble être un thème récurrent dans vos films. Dans celui-ci en particulier, le mélange des langues est tout spécialement mis en évidence, et même quand les gens parlent la même langue, ils semblent avoir du mal à exprimer ce qu’ils pensent vraiment avec des mots. D’où vient votre intérêt pour ce motif ? Votre expérience personnelle y est-elle pour quelque chose ?
Je ressens effectivement des différences dans la manière dont les gens communiquent verbalement. Il se peut qu'au Japon, on ne dise pas tout ce qu'on pense, alors qu’en France, j’ai l’impression qu’on dit tout, et même plus. De ce fait, j'ai commencé à me sentir un peu perdue par rapport à ce que les gens voulaient vraiment dire et à ce que j’étais censée comprendre. En même temps, je travaille avec des personnes qui ne sont pas japonaises : le monteur avec qui je collabore depuis 2007 est un Libanais vivant en France, et l’ingénieur du son avec qui je travaille depuis longtemps est français, or communiquer avec eux ne me pose aucun problème. Ils sont pour moi dotés d’une grande sensibilité. On peut avoir du mal à se comprendre à l’oral, mais on arrive à se comprendre par le biais du cinéma. J’ai le sentiment que nous avons en commun le langage du cinéma, or il y a peu de malentendus avec ce genre de communication. Je pense que la sensibilité et les émotions qui font partie de notre travail dépassent le langage verbal.

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(Traduit de l'anglais)

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