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VENISE 2025 Orizzonti

Carolina Cavalli • Réalisatrice de Il rapimento di Arabella

“J'aime l'ironie qui frôle l'absurde parce qu'elle reflète l'existence humaine, incertaine et contradictoire”

par 

- VENISE 2025 : Entretien avec la réalisatrice italienne sur les non-lieux, l'esthétique précieuse et les héroïnes qui reflètent la confusion et la désorientation actuelles

Carolina Cavalli • Réalisatrice de Il rapimento di Arabella
(© 2022 Fabrizio de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

Après y avoir présenté son premier long-métrage, l'original et excentrique Amanda [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Benedetta Porcaroli
fiche film
]
(2022), Carolina Cavalli est de retour à la Mostra de Venise avec Il rapimento di Arabella [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Carolina Cavalli
fiche film
]
, en lice dans la section Orizzonti. Nous avons discuté du rapport entre les deux films, des non-lieux, de l’esthétique de l'outrance et des personnages qui traduisent la confusion et le désarroi de notre époque.

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Cineuropa : Y a-t-il une continuité entre Amanda et Il rapimento di Arabella
Carolina Cavalli :
J’ai un rapport ambivalent avec Amanda. Parfois, ça me paraît loin, et puis je vois des jeunes femmes, dans le métro ou au parc, et je me prends à espérer qu’elles ont vu Amanda. Au fond de moi, j'ai encore envie de partager ce film. Je pense qu’il y a des similitudes de ton entre mon premier et mon deuxième film, car c’est un type de ton que j’aime beaucoup. Je ne me suis jamais dit qu'ils se déployaient dans le même monde, même si aucun des deux ne se situe dans un lieu géographique précis, ou à une période explicitement indiquée. En revanche, sur le plan visuel, il y a probablement des coïncidences.

Ces non-lieux déroutants semblent être une caractéristique de votre cinéma.
É
voluer dans une sorte de non-lieu crée une suspension du réel qui me donne beaucoup de liberté pour dessiner une carte personnelle des choses qui pourra être utile au récit. Je me sens ainsi complètement libre d’inventer des personnages et de rendre leur essence par les émotions, pas nécessairement de manière réaliste. De même pour le temps et l’espace. En termes d'époque où se passe l'intrigue, il y a aussi une autre raison : j’aime raconter des histoires contemporaines, mais il y a tellement de dynamiques à l'œuvre dans le présent que cette actualité nous éloigne beaucoup, je trouve, de la beauté cinématographique que peut avoir une histoire. L'idée de ne pas être tout à fait dans le présent me donne donc elle aussi beaucoup de liberté.

Une ironie subtile et des citations cultes traversent le film. À quel type de public vous adressez-vous ?
Le public est très important pour moi, évidemment, mais lorsque j’écris, j’essaie d’y penser le moins possible. Je ne crois donc pas écrire pour un public spécifique, pour tout vous dire. En revanche, j’ai toujours une idée très claire du type d’ironie qui me plaît. C’est une ironie assez proche de l’absurde, car je pense qu'elle reflète parfaitement l’existence humaine, incertaine et contradictoire, ainsi que la confusion et le désarroi que ressentent beaucoup de gens. Je pense aussi que cette ironie nous oblige à remettre en question des choses qu'on tient habituellement pour acquises. C'est une ironie qui n'est pas détachée : elle est toujours vulnérable. Elle ne te donne pas l’impression d’être malin, mais d’être humain. Il y a un aspect particulier du style outrancier que j'aime infiniment et qui le rend toujours respectueux et bienveillant : il ne se moque pas des choses, mais se place toujours au même niveau qu’elles, et il sait rire de lui-même. Quand on dépasse les apparences, ce qui peut sembler à première vue excessif et de mauvais goût est en réalité un langage très élégant.

Parlons un peu de votre collaboration avec Benedetta Porcaroli, qui jouait également l'héroïne d’Amanda, et de la manière dont vous avez créé ce personnage.
Amanda et Holly sont des personnages extrêmement différents, mais elles ont des traits en commun que Benedetta arrive à gérer d’une manière que je comprends très bien, et que j’aime énormément. Elle a par exemple cette façon particulière de raconter des blagues qui semblent a priori déplacées mais viennent en fait tout naturellement et ont beaucoup de sens par rapport au récit, à tel point qu’on ne perçoit jamais cette distance. Elle a aussi la capacité de transformer des personnages qui ne sont pas immédiatement sympathiques et d’en montrer les côtés tendres. Je n’aime pas modifier les dialogues ni certaines scènes, mais Benedetta a eu beaucoup de liberté pour construire ce personnage, et elle a fait un travail très subtil et précis.

Pourquoi avoir voulu que ce soit un acteur américain, Chris Pine, qui incarne l’écrivain et père de la jeune Arabella du titre ?
Pour moi, il est important de bien se dire que chaque personnage, même le plus jeune, a eu une vie qui l’a conduit là où on le trouve. J'ai eu l'idée d'un personnage qui a connu un grand succès tôt dans sa vie, et puis qui l’a perdu et qui a du mal à le retrouver. Ce que fait cette angoisse, c'est qu'elle l’extrait du monde : il n'existe plus qu’en lui-même. Ses priorités ont trait au désir de revenir à quelque chose qu’il a l’impression d’avoir perdu. J’avais envisagé un personnage qui viendrait d’un autre endroit du monde, car cela renforçait encore davantage ce sentiment de solitude et de désorientation au sein de l'univers dans lequel il vit à présent.

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(Traduit de l'italien)

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