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VENISE 2025 Orizzonti

Mihai Mincan • Réalisateur de Milk Teeth

“Ce que j’ai essayé de faire ce n’est pas un film de souvenirs autobiographiques, mais un film qui transmette un sentiment de solitude”

par 

- VENISE 2025 : Le réalisateur roumain nous raconte comment il a fusionné réalité historique, souvenirs d’enfance et le poids du silence

Mihai Mincan • Réalisateur de Milk Teeth
(© 2025 Fabrizio de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

Nous avons interrogé le réalisateur roumain Mihai Mincan sur Milk Teeth [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Mihai Mincan
fiche film
]
, projeté à Venise dans la section Orizzonti, qui s'articule autour de la disparition d'une fillette dans la Roumanie de 1989 et des conséquences de cette perte mystérieuse pour sa sœur Maria (Emma Ioana Morgos), qui va être forcée de grandir plus vite que prévu.

Cineuropa : L’idée de Milk Teeth vous est venue en 2019, mais il a fallu plusieurs années pour que le film voie le jour. À quel moment avez-vous compris que le film avait enfin trouvé "sa voix", pour reprendre vos mots  ?
Mihai Mincan :
Il est toujours très difficile de pointer le moment précis où la gestation d'un film commence, d’autant que votre vie personnelle et la personne que vous êtes à ce moment-là interviennent aussi dans sa fabrication, mais en l'espèce, le point de départ a été la lecture d’un dossier de la milice communiste roumaine sur le cas d’une fillette disparue au printemps 1989. La première image montrait une petite fille sortant de chez elle avec un seau rouge rempli de coquilles de noix, car ses parents l'avaient envoyée sortir les ordures, et c'est là qu'elle a disparu à jamais. J’ai tenté d’écrire un scénario qui soit plus proche du film de genre et je l’ai terminé en 2020, juste avant le Covid. Ensuite, tout le temps qu'a duré la pandémie, j’ai mis le scénario de côté. Vers 2022, je l’ai relu et je l’ai trouvé affreux. J’avais de gros problèmes éthiques avec la manière dont j’avais traité l’histoire, comme si j'avais pris cette affaire de disparition d'une fillette pour en faire une sorte d’émission de true crime façon Netflix.

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À ce moment-là, j’ai commencé à réfléchir à ce qui m’avait réellement attiré à la lecture du dossier, et c'était l'image d’une petite fille devant un mur en ciment. Une phrase a également joué un rôle qui ne concernait pas la disparue à proprement parler, mais sa sœur. Le dossier est énorme, mais la seule fois où la sœur est mentionnée, en deux lignes à peine, c’est dans un rapport où un milicien dit qu’elle travaille bien à l’école et qu’elle a de bonnes notes, mais qu’elle a cessé de parler. Ses camarades ont commencé à l’appeler "la muette", et c’est ça qui m’est resté : l’image d’une sorte de terreur muette.

Y a-t-il quelque chose de particulier qui vous est arrivé ou dont vous vous souvenez et que vous avez ensuite utilisé dans le film, ou est-ce moins personnel que cela ?
C’est un mélange, je crois. Un ami à moi a réellement disparu. On l’a retrouvé deux semaines plus tard, et personne dans notre groupe d’amis n’a vraiment compris. Aujourd'hui encore, nous ne savons pas ce qu'il s’est passé, et à l’époque, personne n’en a parlé. En même temps, ce que j’essaie de faire ici n'est pas de livrer mes "mémoires autobiographiques", mais plutôt de transmettre un sentiment de solitude, quelque chose de très ténu et de très difficile à cerner. 

Travailler avec de très jeunes acteurs n’est jamais facile – non que travailler avec des acteurs en général soit simple, et garantisse à chaque fois un bon résultat. Comment avez-vous obtenu une interprétation aussi stupéfiante de la part d’Emma Ioana Mogos ?
C’est elle qui a tout fait. Vous dites deux choses ici, or je suis d’accord avec l’une mais pas avec l’autre. Celle avec laquelle je suis totalement d’accord, c’est qu’il n’est jamais facile de travailler avec des acteurs. En revanche, je ne trouve pas du tout qu'il soit difficile de travailler avec un enfant. Au contraire, c’est bien plus simple qu’avec des adultes parce que les enfants n’ont pas d’ego et qu'ils n’ont, de fait, pas besoin d’être sous les projecteurs en permanence. Ils ne vous demandent pas non plus de longues biographies sur leurs personnages, pour comprendre d’où ils viennent.

Emma nous a rejoint à travers un casting classique. J’ai dû voir une centaine de filles de son âge, et elle s’est tout de suite imposée à moi – même si j’ai continué à chercher après, car un casting prend souvent du temps et je voulais explorer d’autres options. Finalement, je l’ai choisie elle, pour de nombreuses raisons, mais surtout parce qu'elle avait tout simplement quelque chose qui sonnait juste pour le rôle. Le fait qu’elle ne connaisse pas directement l'univers dans lequel le film a été tourné n'a pas eu la moindre incidence sur le résultat. La première fois que nous avons discuté, nous avons parlé de son chien et de son grand-père, tous deux morts récemment, et de ce que cela signifie, quand un être important disparaît de votre vie sans dire au revoir. Elle semblait aussi comprendre la solitude, qui était un élément clef du film. Malheureusement, aujourd’hui, on la voit comme un grand danger, et beaucoup de parents tentent de remplir chaque minute du temps de leurs enfants avec des activités, au lieu de les laisser faire l’expérience de la solitude.

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(Traduit de l'anglais)

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