email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

VENISE 2025 Orizzonti

Ana Cristina Barragán • Réalisatrice de Hiedra

“Le lierre est une plante superbe mais aussi toxique, et je trouvais cette dualité très intéressante”

par 

- VENISE 2025 : La réalisatrice équatorienne nous parle de la dimension très sensorielle de son film, des acteurs et des décisions formelles qui ont fondé ce travail

Ana Cristina Barragán • Réalisatrice de Hiedra
(© 2025 Fabrizio de Gennaro pour Cineuropa - fadege.it, @fadege.it)

Nous avons interrogé la réalisatrice équatorienne Ana Cristina Barragán sur son film Hiedra [+lire aussi :
critique
interview : Ana Cristina Barragán
fiche film
]
, qui a remporté le prix du scénario dans la section Orizzonti de la Mostra de Venise. Il s’agit d’un film profondément marquant sur une jeune femme et un adolescent qui se rencontrent et font face ensemble aux traumatismes et douleurs du passé.

Cineuropa : En présentant votre film, vous mentionnez que vous aimez l’ambiguïté. Comment êtes-vous parvenue à rendre cette ambiguïté dans cette histoire ?
Ana Cristina Barragán : Dès que j’ai commencé d'écrire cette histoire, j’ai senti qu'elle ne surgissait pas en moi de la même manière que celles que j’avais écrites avant. Elle semblait venir d'une zone plus inconsciente, plus liée aux sensations. Elle m'apparaissait dans les moments où j’étais sur le point de m’endormir, ou dans des états de conscience flous, comme quand on est happé par ses pensées. Au fur et à mesure de mon travail, le film s’est beaucoup transformé. J'ai d'ailleurs commencé à l'écrire avant La piel pulpo, mon deuxième long-métrage, et ce film-là m’a apporté une perspective nouvelle, quand j’ai repris l’écriture de cette histoire. Ce qui m’attire dans ce film (qui est une chose que j'aime explorer dans mes films de manière générale), c’est l’intimité qui n’est pas du tout claire, et les blessures héritées de l’enfance. Il ne s’agit pas de formuler ça de manière explicite, mais de le rendre visible, dans ce qui n'est pas dit. Comme spectateur, on ne peut accéder qu'à une partie de cette histoire. mais il y a beaucoup plus à l’intérieur.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Vous mentionnez la notion d’intimité. Dans le film, il y a beaucoup de gros plans, vous n'hésitez pas à vous rapprocher. Conceviez-vous la caméra elle-même comme un personnage qui se rapproche de ce monde ?
C’est une chose que j’avais déjà commencé d'explorer dans mes travaux précédents : l’acteur ou l’actrice, qu'ils soient des professionnels ou pas, sont au centre de tout. Pour certains chefs opérateurs, c'est plus compliqué de fonctionner ainsi, car la coutume est de commencer par un plan d’ensemble, de montrer l’espace dans son ensemble, et ensuite de se rapprocher. Sauf que dans mon cas, tout tourne autour des acteurs. Le fait que le film soit très visuel est fondamental, pour moi. Je travaille cet aspect dès le scénario : je crée un univers esthétique qui va être ensuite se développer en complicité avec le directeur de la photographie. En l'occurrence, Adrián Durazo a beaucoup apporté. Par exemple, au début, nous avions pensé utiliser des objectifs anamorphiques, car il a travaillé sur plusieurs films avec Carlos Reygadas et maîtrise bien ce type d’objectif, mais quand nous avons commencé à faire des essais, nous nous sommes rendu compte que ces objectifs n'offraient pas la liberté dont j’avais besoin. C’est ainsi que nous avons décidé de travailler avec des objectifs sphériques, et je sens que ça a été une excellente décision, parce que ça a permis que la caméra ne soit pas un personnage en soi, mais au contraire qu'elle soit le plus invisible possible.

Vous travaillez beaucoup avec des acteurs non professionnels, mais ça ne vous empêche pas de les placer dans des situations de vulnérabilité, des situations intimes, voire inconfortables. Comment s’est passé votre travail avec les acteurs sur Hiedra?
Le casting a été long et nous y avons mis beaucoup de soin. Nous sommes allés dans plusieurs collèges et centres de jeunesse. Deux jeunes se sont présentés aux auditions qui n'étaient pas initialement dans le scénario, mais je les ai trouvés si frappants que j'ai décidé d’intégrer au film des personnages qui leur correspondent. Le casting a beaucoup nourri le film. Pour ce qui est de Simone Bucio, qui est quant à elle comédienne de profession, j’étais très attirée par le mystère qui se dégage d'elle, et je sentais qu’on pouvait trouver en elle une fragilité intéressante. La direction d’acteur est une des choses qui me passionnent le plus. Je propose moi-même des exercices aux comédiens, ce qui crée une relation très forte entre nous. Ainsi, quand nous sommes arrivés sur le plateau, il y avait déjà une connexion profonde avec l’histoire, et entre eux. De plus, comme il s'agissait d'adolescents qui n'avaient jamais joué dans un film avant, il était capital de les aider à se distancier émotionnellement de l'histoire.

Vous avez dit que vous cherchiez, dans votre cinéma, quelque chose de sensoriel, presque comme un parfum. Quelles ont été vos principales sources d’inspiration à ce niveau-là ?
Quand je commence à écrire une histoire, je ne pense pas d’abord à la structure, à là où elle commence et se termine. Je pars plutôt d’une sensation physique. En l’espèce, c’est une sensation acide, de vide, que j’ai prise comme un point de départ. À partir de là, j'ai tiré le fil, qui a amené avec lui d’autres sensations, images et émotions. Ce n'est que quand l'ensemble devient suffisamment fort que je commence à écrire. Il faut qu'il s'agisse de quelque chose qui m’accompagne sur plusieurs années, parce que faire un film prend cinq, voire sept ans. À travers ce projet, je voulais parler de certaines blessures, d’abandon, de ce qu'il reste après un abus. Et aussi de sensations spécifiques à Quito, d'où le titre : le lierre (hiedra) est une plante qui pousse dans les espaces abandonnés, qui adhère aux murs. Elle est belle, mais aussi toxique. Cette dualité m’intéressait beaucoup, de même que la sensation d’une ville enveloppée par la brume, de ce qui vit en marge de ce qu’on considère comme le succès ou la normalité.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'espagnol)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi

Privacy Policy