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VENISE 2025 Orizzonti

Roderick Warich • Réalisateur de Funeral Casino Blues

“Je reste toujours au milieu : je veux faire des films d'horreur et je veux faire Tokyo Story”

par 

- VENISE 2025 : Le réalisateur allemand détaille pour nous son film, un thriller mâtiné de film noir où l'amour est plus fort que la vie

Roderick Warich • Réalisateur de Funeral Casino Blues
(© Aleksander Kalka/La Biennale di Venezia/Foto ASAC)

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un film qui part dans de nombreuses directions, à l’image de Bangkok où, la nuit, on tente de gagner sa vie ou d’échapper à ses démons. Parfois, on finit par trouver quelqu’un qui nous comprend, comme cela arrive à Jen et Wason (Jutamat Lamoon et Wason Dokkathum). Nous avons interrogé le réalisateur allemand sur son film, présenté à Venise dans la section Orizzonti.

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Cineuropa : Dans votre film, “les étrangers” sont les méchants. Ils n'ont ni nom, ni visage. Mais vous êtes étranger, vous aussi !
Roderick Warich :
En Europe, aujourd’hui, on a beaucoup de “nihilisme en smoking”. Les Européens, surtout les riches, se regardent d’une manière grotesque (aux États-Unis, The White Lotus serait un bon exemple de cette approche). On critique un certain style de vie, mais on le représente aussi en montrant les personnes employées dans le service comme des faire-valoir. Ça me met en colère.

Il faut arrêter d’être aussi eurocentrés, parce que ce genre de satire n’a pas de mordant. Ici, je ne donne pas du tout la parole aux blancs : on ne voit que l’arrière de leurs têtes et ils sont interchangeables. Je pensais à La Chasse de William Friedkin, où il change constamment de tueur. Quand cette fille nous regarde droit dans les yeux, elle dit : “C'est toi, le coupable.”

Il y a quelque chose d’inquiétant dans le fait que tant d’échanges passent ici par des textos. On pourrait croire qu’entendre quelqu’un crier serait plus effrayant, mais non.
C’est comme ça que fonctionne le capitalisme. Quelqu’un décide de quelque chose qui concerne ta vie, et tu le lis sur ton putain de téléphone. Ça nous donne l’illusion de ne pas être seuls et, en même temps, ça nous isole encore davantage. Je ne suis pas très pro-Silicon Valley, disons-le comme ça. Ce sentiment étrange d’isolement numérique, de ne plus habiter son propre corps, on le voyait déjà dans Personal Shopper [+lire aussi :
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ou dans les Ghost in the Shell, dans les années 1990.

Quand Personal Shopper est sorti, beaucoup de gens ont eu du mal avec le mélange de spiritualité et de technologie que le film proposait. Vous jouez avec ça aussi. Vous jouez avec le surnaturel.
Je pensais aux “attachements” dans le sens bouddhiste du terme [c'est-à-dire les objets et les gens auxquels on s'agrippe], alors que la mort est une chose qu'on doit affronter seul. Le film se transforme au fur et à mesure, et on s’en rend à peine compte. Chaque chapitre relève d’un genre très spécifique, même si, quand on dit ça, les gens prennent peur et disent que c’est invendable [rires]. Je voulais que le premier ait des allures de film sur des gens qui passent du temps ensemble, inspiré des années 1970. J'y ai mis un peu de Robert Altman, un peu de Nouvelle Vague taïwanaise et d'Edward Yang. Je voulais qu'il soit léger et doux, même si l’intrigue est très sombre. Plus on avance dans le film, plus on découvre ce qui se cache en dessous.

Vous dites que les films qui mélangent les genres sont “invendables”, mais vous avez aussi ici une histoire d’amour étonnamment adorable. Ces deux personnes n’ont pas à faire semblant.
J’ai toujours besoin d’une histoire d’amour ou d’une histoire de famille, et d’un peu de religion, tout ça. C’est comme cuisiner un plat, mais avoir besoin pour ce faire de certains ingrédients qui pourront vous nourrir pendant trois ans. J’ai eu l'idée de cette histoire d'amour parce que pour ma génération, il est impossible d’oublier Mulholland Drive ou In the Mood for Love. Ils font partie de mon paysage cinéphile. À travers l’amour et la famille, on touche au cœur de ce que nous sommes.

En même temps, je parle du travail du sexe, où il faut porter un masque en permanence : on devient une autre personne... pour quelqu’un d’autre. Quand Jen enlève ce masque, c’est un moment important. Elle voit probablement chez Wason quelque chose qu’elle reconnaît, une certaine énergie qui a, pour elle, un parfum de famille.

Vous combinez le thriller et le film noir avec le slow cinema. Ne craigniez vous pas que cela vous coûte des spectateurs ?
Je suis toujours entre les deux. Je veux faire des films d’horreur et je veux faire Voyage à Tokyo. J’ai trop regardé de films quand j’étais jeune et de fait, aujourd’hui, je ne crois plus vraiment aux mots qu'on prononce pour exprimer les sentiments, alors je transmets les émotions à travers l’atmosphère et la musique, et le langage non verbal des corps. Quand on veut aller quelque part plus vite, le cinéma de genre est la voie à emprunter, mais il y a une énergie propre au slow cinema : on respire le même air que les personnages, on finit par croire qu’ils sont réels.

Je pense qu’on a fait un film très conscient de son style ; c'est plus du cinéma de la "vibe "que du slow cinema typique. On y trouve une citation directe d’un film de John Huston, ainsi que du Privé, et des musiques qui évoquent celles des jeux vidéos, des choses qui peuvent faire dire aux gens : “Ah, ce n’est pas un film d’art et essai.” On appâte le public de Letterboxd en disant “Bienvenue, voici une dose de nostalgie”, mais ensuite, on prend vraiment le temps de rester avec ces personnages.

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(Traduit de l'anglais)

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