SUNDANCE 2026 Compétition World Cinema Dramatic
Andrius Blaževičius • Réalisateur de How to Divorce During the War
“Je voulais laisser de la place au spectateur pour qu'il puisse réfléchir à ce qui se passe et à ce qu'il aurait fait dans cette situation”
par Olivia Popp
- Le scénariste-réalisateur lituanien évoque l'importance de trouver la bonne distance pour réfléchir à la guerre d'Ukraine, à travers un prisme nettement spécifique à son pays

Dans le troisième long-métrage du réalisateur lituanien Andrius Blaževičius, How to Divorce During the War [+lire aussi :
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fiche film], Marija et Vytas s’apprêtent à vivre une séparation éprouvante. Le film, qui réunit deux des acteurs les plus marquants du cinéma lituanien indépendant actuel, Žygimantė Elena Jakštaitė et Marius Repšys, vient de faire sa première mondiale à Sundance dans le volet World Cinema Dramatic Competition.
Le deuxième long-métrage de Blaževičius, Runner [+lire aussi :
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fiche film] (2021), avait révélé Jakštaitė (vue plus récemment dans Renovation [+lire aussi :
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fiche film] de Gabrielė Urbonaitė). Quant à Repšys, dernièrement à l'affiche dans le rôle principal de China Sea [+lire aussi :
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fiche film] de Jurgis Matulevičius, c'est un collaborateur de longue date de Blaževičius. Dans How to Divorce During the War, les deux personnages centraux font face à des pressions d'ordre personnel, relationnel et social, tandis que la guerre menée par la Russie en Ukraine est dans ses premiers mois.
Cineuropa : L'intrigue se situe au début de la guerre en Ukraine. Quand avez-vous commencé à écrire le scénario ? Est-ce qu’il a évolué au fur et à mesure ?
Andrius Blaževičius : À vrai dire, j’ai commencé à écrire tôt après le début de la guerre, autour de mars 2022, mais l'intrigue est restée la même. C'est comme si j'avais prédit, on ne sait comment, les sentiments que les gens allaient ressentir. C’est une chose très humaine que de se lasser de la guerre et d’en entendre parler tout le temps. Je commence toujours par le scénario, et ensuite, je réfléchis à la bonne manière de le tourner et au bon style pour le film. Je ne voulais pas faire un film dans le style champ-contrechamp, même si on a essayé pour voir. Je me suis rendu compte dès le début que ça ne fonctionnerait pas pour cette histoire.
Vous optez au lieu de ça pour des plans larges, et souvent fixes. La scène dans la voiture, quand Marija dit à Vytas qu’elle veut divorcer, est très longue, et suivie par un zoom très lent. On sent une forte influence du théâtre.
L’idée était très simple. Je ne voulais pas rendre cette scène trop mélodramatique. Le scénario avait déjà un potentiel mélodramatique, entre cette scène de divorce et d'autres qui viennent ensuite. Ce qui comptait pour moi, au niveau du style, c’était de maintenir une distance d’où on puisse observer ces personnages. Quand on est en plein dans une histoire, on est déjà sur des montagnes russes émotionnelles. Je voulais créer un espace où respirer, pour que le spectateur puisse réfléchir davantage à ce qui se passe et ce qu'il aurait fait dans cette situation. Pour les Lituaniens, il y a des choses à garder à l'esprit quand on songe à ce qui se passe en Ukraine : nous vivons une vie très confortable, alors qu’une guerre est en cours.
Vous avez travaillé avec Žygimantė Elena Jakštaitė et Marius Repšys sur Runner, et avec Marius sur plusieurs autres projets. Comment décririez-vous vos collaborations avec eux ?
J’aime beaucoup travailler non seulement avec les mêmes acteurs, mais avec les mêmes personnes en général. Je me sens en sécurité en leur compagnie. Je travaille avec Marius depuis l’école de cinéma ; il a joué dans presque tous les films que j’ai faits, que ce soit dans le rôle principal ou dans un rôle secondaire. Quand on connaît quelqu'un depuis aussi longtemps, cette personne vous comprend... j'ai envie de dire à demi-mot, mais Marius me comprendrait probablement sur un simple regard.
Avec Žygimantė, c’était différent, parce qu’elle jouait dans Runner le rôle principal, et apparaissait dans presque toutes les scènes. Elle n'était pas habituée à partager le rôle principal avec un autre acteur. Elle n’était pas habituée à ce type de distance par rapport à la caméra. Depuis Runner, elle a eu deux autres rôles principaux et dans ces films, la caméra était aussi très près d’elle. Du coup, là, elle se disait "Qu'est-ce qui se passe ? La caméra est loin ! Peut-on me voir ? Comment faut-il que je joue ?".
On voit que les parents de Vytas soutiennent tacitement la Russie, pendant que Marija and Vytas se sentent forcés de réagir activement, littéralement et métaphoriquement, dans la manière dont ils s’expriment contre la guerre. Ces archétypes sont-ils nés de choses que vous avez observées ?
Dans le cas de parents, par exemple, je vois encore ça en Lituanie. Ce qui est bien, c’est qu'il s'agit d'un très petit groupe de gens – dont tous ne soutiennent pas forcément la Russie, mais disent par exemple que la vérité est quelque part entre les deux, ou que la guerre n’est pas une bonne chose, mais que ça ne veut pas dire qu'il faut donner notre argent à l’Ukraine. Ces personnages représentent peut-être 10 % de la société lituanienne, mais je pense que c’est la même chose dans d’autres pays. [Au début], les gens étaient nombreux à manifester leur soutien en faveur de l’Ukraine, mais on voyait aussi les grosses entreprises écrire sur leurs panneaux qu’ils soutenaient l’Ukraine. En gros, ils utilisaient la guerre pour se faire de la pub. Il y a des gens qui ont bâti des carrières là-dessus, ou du moins qui se sont servis de la guerre pour qu'elle bénéficie à leur enseigne. J'ai du mal à comprendre ça : est-ce que ça procède d'un sincère désir d’aider ou est-ce que ces gens utilisent la situation à des fins personnelles ?
(Traduit de l'anglais)
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