Gabriela Bussmann et Yann Decoppet • Producteurs de Malestar Tropical
"Entre résistance, solidarité et puissance visuelle, le film offre un témoignage vibrant de résilience et de survie culturelle"
par Fabien Lemercier
- Les pilotes de la société suisse GoldenEgg Production parlent de leur projet, réalisé par Jorge Cadena et vainqueur du Prix Coprocity d’aide au développement

Malestar Tropical (Tropical Malaise), le projet de premier long métrage du Suisso-Colombien Jorge Cadena (très remarqué et multiprimé avec ses courts Flores del Otro Patio, Soeurs Jarariju et El Cuento de Antonia) a remporté le Prix Coprocity d’aide au développement (lire la news) qui sera décerné aujourd’hui dans le cadre du Göteborg Nordic Film Market. Rencontre avec les producteurs suisses Gabriela Bussmann et Yann Decoppet pour en savoir un peu plus.
Cineuropa : Quelles sont les grandes lignes de Malestar Tropical ?
Gabriela Bussmann et Yann Decoppet : Malestar Tropical est le premier long métrage du réalisateur Jorge Cadena que nous avons eu l’occasion de présenter au Foro de San Sebastián et au Proyecta de Ventana Sur en 2024. Il s’inscrit dans la continuité de ses précédents courts, profondément ancrés dans la réalité colombienne, et prolonge son approche cinématographique des enjeux sociaux, politiques, environnementaux et queer contemporains. Le film se déroule dans le nord de la Colombie, à proximité des territoires indigènes ravagés par la plus grande mine de charbon à ciel ouvert du pays, et réunit dans une alliance sans précédent des membres de la communauté indigène et LGBTIQ+. Ensemble, ils se lancent dans une lutte flamboyante pour défendre leur droit à l’existence et protéger leur terre. Entre résistance, solidarité et puissance visuelle, le film offre un témoignage vibrant de résilience et de survie culturelle. Malestar Tropical est une fiction documentée aux accents oniriques, co-écrite avec les scénaristes colombiens Jacques Toulemonde (Les Oiseaux de Passage [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film]) et Juana del Río, qui imagine la convergence inédite de deux communautés marginalisées. En contrepoint de la gravité des enjeux abordés, Jorge Cadena souhaite insuffler au film un aspect enchanteur, onirique empreint de dignité, qui suggère, par son militantisme contagieux, une résonance universelle et contemporaine bien au-delà des frontières colombiennes.
Qu’est-ce qui vous a attiré vers ce projet ?
La richesse et la qualité de nos précédentes collaborations avec Jorge Cadena, qui s'inscrivaient dans le même univers artistique et qui ont été largement saluées dans de nombreux festivals internationaux, nous ont convaincus sans réserve de l’accompagner dans son premier long métrage. Sa démarche, portée par une urgence et des convictions personnelles fortes, rejoint pleinement notre désir de produire des films engagés, à la fois politiquement incarnés et visuellement ambitieux.
Quels sont les partenaires déjà impliqués ? En cherchez-vous d’autres ?
Dès le développement, nous avons engagé une coproduction avec la société française Still Moving (Juliette Lepoutre et Pierre Menahem), avec qui nous partageons des valeurs communes et une réelle synergie de travail. Still Moving dispose par ailleurs d’une solide expérience dans l’accompagnement de jeunes talents d’Amérique latine ainsi que d’un catalogue de films remarquable.
Nous collaborons également avec Evidencia Films (Franco Lolli) pour assurer la production exécutive en Colombie. Leur expertise des coproductions internationales et leur connaissance approfondie du terrain sont particulièrement précieuses pour la mise en œuvre du film sur place. Pour compléter le financement, nous restons ouverts à l’intégration d’un troisième partenaire de coproduction, de préférence en Espagne ou au Canada. Nous sommes également intéressés par la participation d’investisseurs et de vendeurs, le projet bénéficiant d’une portée et d’un rayonnement résolument internationaux.
Quand envisagez-vous de tourner ?
Selon l’avancée du financement, nous prévoyons de tourner le film entre l’automne 2026 et le printemps 2027 en Colombie.
Avez-vous déjà des pistes pour le casting ?
S’agissant d'une fiction ancrée dans le réel, le casting se compose de comédiens et comédiennes professionnels et non-professionnels dont les parcours et expériences ont directement inspiré le scénario. Les interprètes principaux du collectif queer sont déjà confirmés et reprennent les rôles qu’ils tenaient dans le court métrage Flores del otro patio. Parallèlement, un casting est actuellement en cours dans la région indigène de la Guajira afin de donner vie aux personnages Wayuu avec des habitants des communautés locales directement concernées par le film.
Ce projet est-il représentatif de la ligne éditoriale de GoldenEgg Production ? Quelles sont vos autres actualités ?
Malestar Tropical illustre parfaitement les films que nous défendons, des films engagés, portés par de jeunes cinéastes avec de fortes ambitions visuelles. Notre ligne éditoriale repose sur la rencontre entre une ambition esthétique et narrative affirmée et un ancrage des histoires, de leurs thèmes et questions dans le monde contemporain. Nous finalisons actuellement le montage du premier long-métrage documentaire de Sophie Dascal, Keigei Kakocho (titre provisoire), coproduit avec la France (House on Fire) et le Japon (Ume Films), qui propose une immersion sensorielle dans l’une des dernières communautés baleinières traditionnelles japonaises. En parallèle des documentaires, nous développons actuellement trois autres longs métrages de fiction, tous portés par une vision artistique affirmée et un fort potentiel international : After the Night, the Night, le premier long-métrage de Naomi Pacifique, développé avec les Pays-Bas (GROM Productions, Lemming Film) autour de l'amour libre, qui sera présenté au prochain Cinemart de Rotterdam, Comment-allez-vous? de Maxime Rappaz, qui poursuit le cinéma audacieux et sensible déployé dans son premier long Laissez-moi [+lire aussi :
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fiche film] (Cannes ACID 2023) et Matar Saudades d’Aurélie Oliveira Pernet, une émouvante quête d'émancipation féminine au cœur des réalités migratoires des années 1980, prévu en coproduction avec le Portugal et la France.
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