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SOLEURE 2026

Benoît Goncerut • Réalisateur de Be Boris

"Je ne voulais pas d’une narration classique, je trouvais intéressant d’explorer une trajectoire plus ambiguë, voire une descente"

par 

- Le réalisateur suisse nous parle de son premier long-métrage, de la complexité et de la tendresse qui habite son personnage ainsi que de son humour très particulier

Benoît Goncerut • Réalisateur de Be Boris

Nous avons discuté avec le réalisateur suisse Benoît Goncerut qui présente Be Boris [+lire aussi :
critique
interview : Benoît Goncerut
fiche film
]
aux Journées de Soleure où il a été sélectionné pour le Prix du Public. Le film raconte le quotidien de Boris, un ami d’enfance qui voue sa vie à l’oisiveté.

Cineuropa : Comment est née l’idée du film ? Boris a tout de suite accepté d’être votre protagoniste ?
Benoît Goncerut : Je connais Boris depuis longtemps et pour moi il a toujours été une figure très cinématographique, un vrai personnage de cinéma dans sa façon de bouger, de s’exprimer, dans son style de vie déjà très punk à l’époque. Je me suis toujours dit que si un jour une opportunité se présentait, j’allais la saisir pour faire un film sur lui. J’ai commencé à tourner le film avec mon iPhone dans le but de faire un petit film à présenter dans un festival de cinéma indépendant. D’habitude, Boris n’est pas quelqu’un qui se livre facilement, mais là, il s’est offert très généreusement à la caméra. Ensuite, on a réalisé un deuxième film, en plein Covid, un projet destiné aux professionnels de l’audiovisuel et du théâtre en Suisse romande. Le film était plus abouti, tourné dans des conditions professionnelles et ça m’a donné la confiance d’aller plus loin. Pour répondre à votre question, dès le départ il y avait un contrat implicite, je ne voulais pas tourner un film sur Boris, un portrait documentaire classique. Je pense qu’il n’aurait jamais accepté ça. L’idée, c’était de réaliser un film avec lui. J’ai fait beaucoup de portraits documentaires, et je me suis toujours interrogé sur le rapport de force entre le réalisateur et le protagoniste. Jusqu’où est-ce qu’on fait un film "d’auteur", et à quel moment ça devient une co-écriture ? Boris a une culture cinématographique largement supérieure à la mienne. Il passe sa vie à lire des livres, à regarder des films. Je trouvais intéressant que, par moments, les rôles puissent s’inverser : que le protagoniste prenne la place du réalisateur, ou du moins que la question de qui dirige le film soit floue. Cette idée de co-écriture me plaisait énormément.

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Ça n’a pas dû être facile de suivre Boris qui a une vie assez imprévisible.
C’est vrai. Mais comme on était une petite équipe, très agile, avec un chef opérateur avec qui j’avais l’habitude de travailler, on pouvait s’adapter facilement. Et puis on était en plein Covid, dans une période d’incertitude totale, ce qui influençait aussi notre état d’esprit. À ce moment-là, Boris n’avait pas de logement, pas de travail, mais il devait partir en Russie pour une résidence de littérature, pour traduire des ouvrages russes. Pour une fois dans sa vie, il avait quelque chose de concret. Et tout s’est effondré. L’enjeu du film était de savoir si sa vie allait changer et dans quel sens. Je ne voulais pas d’une narration classique, d’une success story où tout s’améliore. Au contraire, je trouvais intéressant d’explorer une trajectoire plus ambiguë, voire une descente. C’est quelque chose qu’on voit peu, des récits où, avec le temps, les choses se détériorent.

Le film est présenté de différentes façons, comme un feel good movie mais aussi comme un mockumentary. Comment est-ce que vous définiriez le film ?
C’est compliqué. D’un côté, ce n’est pas un vrai documentaire au sens classique. Et de l’autre, ce n’est pas non plus un faux documentaire complètement assumé. Il y a ce flou permanent. Il y a quelque chose du road movie aussi parce que Boris déménage souvent et les personnages sont tout le temps en mouvement. Le film noue également des liens avec la littérature russe, ces anti héros qui errent, qui sont dans une sorte de fuite en avant, souvent dans des trains, dans des déplacements sans fin. J’ai aussi lu certains des livres que Boris traduit ou sur lesquels il travaille, et je me suis rendu compte à quel point il est imprégné de cette littérature-là. Pour moi, c’était important d’aller plus loin qu’un simple portrait un peu caricatural.

L’humour du film très particulier. Boris n’est pas juste drôle, il est surtout très attachant. Il a quelque chose de mélancolique, de presque nostalgique.
Boris est issu d’une famille polonaise. Ses parents sont des réfugiés politiques, je pense que pour eux l’humour a été un moyen de survie. Cet humour-là est très présent dans la culture polonaise. Boris est extrêmement imprégné de ce langage, à la fois par la littérature russe et par ses origines polonaises. J’ai essayé de transposer ça dans le film : ce mélange de trash, de comédie, mais aussi de quelque chose de plus profond, de presque existentiel.

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