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IFFR 2026 Harbour

Claude Schmitz • Réalisateur de Sainte-Marie-aux-Mines

"Le film d’enquête est un prétexte pour raconter un territoire"

par 

- Le réalisateur belge nous parle de son nouveau film, sorte de suite, ou de spin-off, de son film précédent, L’Autre Laurens

Claude Schmitz • Réalisateur de Sainte-Marie-aux-Mines
(© Anne Reitsma)

Claude Schmitz présente en première mondiale à l’IFFR Sainte-Marie-aux-Mines [+lire aussi :
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interview : Claude Schmitz
fiche film
]
, sorte de suite, ou de spin-off de son film précédent, L’Autre Laurens [+lire aussi :
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bande-annonce
interview : Claude Schmitz
fiche film
]
, présenté en 2023 à la Quinzaine des Cinéastes de Cannes. Le cinéaste belge y retrouve donc les agents Crab et Conrad, flics de province qu’il fait migrer du Sud de la France à l’Alsace profonde.

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Cineuropa : Quelles sont les origines de ce projet ?
Claude Schmitz :
Dans L’Autre Laurens, Francis et Rodolphe jouaient des personnages secondaires, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à les voir évoluer, leur alchimie m’enchantait. Très vite, j’ai eu l’envie de développer leurs personnages pour les emmener ailleurs, faire une sorte de spin-off, inventer un terrain de jeu ils pourraient grandir, et voir comment leur relation allait trouver d’autres colorations. Pendant le montage, Rodolphe m’a invité dans sa petite ville de Sainte-Marie-aux-Mines, son fief natal, où il a vécu une bonne partie de sa vie, et où il a son studio d’enregistrement, dans une vieille ferme aménagée. C’était pendant un évènement, la bourse aux minéraux, qui a lieu là-bas chaque année, et c’est le deuxième plus gros évènement au monde du genre ! Soudain, dans cette petite ville débarquent des centaines de personnes, qui viennent vendre et acheter des minéraux. Évidemment, il y a souvent des vols, et je me suis dit que ce serait super de transporter ces deux personnages dans cet environnement. Petit à petit est née l’idée de faire un film qui serait à la fois le portrait de ces deux personnages, et d’un territoire, partir d’un endroit sans vraiment le connaître, pour rendre compte d’une réalité locale dans le cadre d’une fiction.

Et de jouer sur cette tension, cette friction entre le réel et la fiction ?
Oui, s’implanter quelque part, et essayer de comprendre comment rendre compte d’un territoire sans en avoir une approche folklorique, faire en sorte qu’il se raconte à travers les gens qui y habitent, que ce soit ça le moteur, plutôt qu’un argument scénaristique qui viendrait caricaturer un endroit. J’ai organisé non pas des castings, mais plutôt des rencontres. Je n’avais pas d’idées préconçues sur qui seraient les autres personnages. On a mis des petites annonces dans les journaux locaux, on a monté un petit QG dans un bar, où qui voulait venait se présenter. J’ai commencé à dessiner des personnages à partir de ces rencontres, en écrivant à partir des personnes que je rencontrais, le pasteur de la ville, la tenancière d’un restaurant. Des personnes réelles, qui jouent à peu près leur propre rôle, mais dans le cadre d’une fiction. Les endroits frontière, c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. C’est un film d’enquête, mais dans le scénario, cette dernière est un peu un prétexte pour raconter un territoire, et les gens qui y vivent. Ca donne quelque chose d’assez ouvert, avec beaucoup de digressions. L’idée est de rester surpris par ce qui peut arriver, on a pas mal de scènes qui laisse de la place à l’improvisation, ou plutôt, à l’imprévu, avec l’idée d’amener une sorte de fraicheur à l’ensemble.

Quels choix esthétiques pour accueillir cet imprévu ?
Cette vallée est un peu particulière car elle a connu la désindustrialisation. De l’autre côté, c’est Colmar, la route des vins, des endroits plus riches. Ca fait presque penser à des endroits comme Twin Peaks. Avec mon chef opérateur, on mène une réflexion sur le type de cadrages, il y a surement moins de découpages que dans la plupart des films, car l’idée est de laisser du temps aux gens pour exister dans le cadre, et l’opportunité à l’imprévu de surgir. On pose des cadres plutôt fixes, et on laisse l’action vivre. Ce qui m’intéresse profondément dans ce genre de projets c’est de trouver cette ligne de crête entre des moments où on est dans une forme de vacances, et des moments plutôt d’action, avec l’idée de faire exister ce film policier de province, où on est plus dans la marche que dans l’action.

La musique a un traitement très particulier, elle fait avancer l’action, vient parfois en contrepoint, et conclut le récit.
On a travaillé de manière un peu spéciale. J’ai proposé à Thomas Turine, mon compositeur, d’investir le studio de Rodolphe Burger pendant le tournage, pour composer la musique in situ avec les instruments de la ferme. Tous les soirs, on écoutait ses maquettes. Il fallait que la musique ait un rapport à la fois mélancolique, parfois, plus rock, plus frappé à d’autres moments, pour amener un contrepoint à des scènes soit en martelant un rythme qui ne soit pas adapté à la scène, soit en l’étirant, pour donner une coloration proche du spleen. L’idée était de terminer dans cette dernière scène, dans le studio, comme si on levait le rideau à la fin du spectacle.

Qu’est-ce qui vous touche le plus à la fois chez ces deux personnages et ces deux comédiens ?
Il y a une alchimie incroyable entre eux, et ils ont deux corporalités très particulières, pas du tout classiques. Rodolphe a un rythme qui peut paraître chaotique, mais très précis, on sent qu'il est musicien. En opposition, Francis est une sorte de masse, de force tranquille. Ce ne sont pas des acteurs classiques, il y a des choses qui leur échappent. Et puis c’est montrer des corps qu’on ne voit pas beaucoup au cinéma, et ça vaut d’ailleurs pour le reste du film, la région, les gens, les corps. Crab et Conrad cherchent une bague, mais le diamant brut, c’est eux.

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