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BERLINALE 2026 Berlinale Special

Teodora Ana Mihai • Réalisatrice de Heysel 85

"Le film est aussi très contemporain dans ses thématiques, à un point qui fait presque peur"

par 

- BERLINALE 2026 : La cinéaste se penche sur les responsabilités et les dysfonctionnements à l’œuvre dans la catastrophe abordée dans son film historique traité comme un thriller

Teodora Ana Mihai • Réalisatrice de Heysel 85
(© Sabina Costinel)

Teodora Ana Mihai s’est faite remarquer avec son documentaire Waiting for August, puis avec un premier long métrage de fiction, La Civil [+lire aussi :
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, inspirée de l’histoire vraie d’une mère de famille mexicaine en lutte contre le cartel, suivi par Traffic [+lire aussi :
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, inspiré par le vol de tableaux de maitres aux Pays-Bas par trois ressortissants roumains. Un cinéma ancré dans l’histoire donc, qui en explore dans Heysel 85 [+lire aussi :
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, présenté en première mondiale à la Berlinale dans la section Berlinale Special, une nouvelle page, celle de la catastrophe du Heysel survenue en mai 1985 à Bruxelles. La cinéaste se penche sur les responsabilités et les dysfonctionnements à l’œuvre, dans ce film historique traité comme un thriller sous haute tension.

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Cineuropa : Quelles sont les origines de ce projet ?
Teodora Ana Mihai :
Mon producteur Hans Everaert m’a parlé de ce projet car il savait que je voulais me pencher sur un sujet belge, après avoir fait des films au Mexique, et en Roumanie. Je suis Roumaine, mais mes parents sont arrivés en Belgique quand j’étais petite, comme réfugiés politiques. La Belgique est mon pays adoptif. Quand Hans m’a parlé du film, il y avait un premier scénario qu’il fallait retravailler, et il m’a donné toute liberté d’en faire mon projet. Et le fait que je ne sois pas forcément le premier nom qui viendrait à l’esprit pour prendre en mains ce projet était très stimulant, car je savais que je pourrais amener une perspective différente, y amener ma sensibilité.

Vous avez fait le choix de traiter cet évènement sous le prisme des dysfonctionnements, des signaux d’alarme ignorés, comme un drame qui aurait dû être évité.
L’une des raisons pour lesquelles je voulais faire ce film c’est parce que je voyais le potentiel métaphorique de ce récit. Il y a un aspect historique, bien sûr, mais c’est aussi très contemporain dans ses thématiques, à un point qui fait presque peur. Quand je regarde les informations aujourd’hui, la façon dont se comportent les classes dirigeantes, je suis très inquiète, et j’y vois beaucoup d’échos avec le film. Quand je parle avec des gens de ce qui est vrai ou exagéré dans le film, je suis bien consciente qu’il y a certains aspects qui peuvent sembler grotesques. Mais quand je regarde les vrais gens du vrai monde aujourd’hui, je me demande si ce ne sont pas des caricatures ! On attend toujours de la fiction qu’elle rende les choses plus crédibles que la réalité elle-même. C’est assez ironique.

Le film se passe autour du stade, au-dessous, et sous le stade. L’action, la plupart du temps est hors-champ.
Il y a des raisons productionnelles bien sûr, mais en fin de compte, c’était presque un cadeau, comme des contraintes qui stimulent la créativité. J’adorais l’idée d’être dans le ventre de la bête, dans les profondeurs du stade. Il y a eu beaucoup de choses montrées et racontées sur cet évènement. Mais à cette époque, les décisions étaient prises dans le secret le plus total. Et je me suis dit que cela serait fascinant de pénétrer ce secret.

Il y a beaucoup d’archives de l’époque dans le film, et le style du film a été réfléchi pour approcher ce régime d’image.
Oui, je voulais certes montrer les coulisses, mais il fallait évidemment que le stade lui-même soit présent, de manière réfléchie. On est souvent auprès des journalistes, c’était une porte d’entrée pour montrer ces images. Lors de mes premières discussions avec mon chef opérateur, il m’a tout de suite dit : on doit tourner en 16mm pour aller avec les archives. Non pas pour imiter, mais pour que la transition de l’un à l’autre soit fluide. On a également choisi de filmer caméra à l’épaule, toujours dans cet esprit. Je voulais aussi respecter les images d’archive dans leur intégrité, je n’ai pas voulu y intégrer mes personnages. Dans le choix des archives, j’ai aussi voulu éviter d’être trop sensationnaliste. En même temps, il faut montrer, on ne peut pas se contenter de suggérer, et c’est un équilibre délicat à trouver.

Le Heysel ce jour-là est une zone de guerre, ce que l’on ressent à l’image, mais aussi au son…
Oui, on savait dès le début que le sound design serait crucial. Nous faisions deux films, aussi important l’un que l’autre, l’un à l’image, l’un au son. C’était la condition pour accepter le fait que l’on reste dans les coulisses, il faut que l’évènement qui se déroule hors champ soit palpable, sinon c’est du théâtre, pas du cinéma. Et puis c’était la première fois que je faisais appel à une bande originale. Mon background c’est Cristian Mungiu, la nouvelle vague roumaine, les frères Dardenne, pour faire court, ils n’utilisent pas de musique, et j’avais fait pareil jusqu’ici. Mais ici, je pensais que cela conviendrait bien au récit. Et comme les années 80s étaient si présentes dans le style du film, on a travaillé la bande originale en ce sens aussi.

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