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BERLINALE 2026 Panorama

Jérémy Comte • Réalisateur de Paradise

“Je vois la nation de ‘paradis’ comme une stratégie de fuite ; chacun des personnages essaie d'atteindre une zone où il va oublier sa souffrance”

par 

- BERLINALE 2026 : Nous avons interrogé le réalisateur québécois pour en savoir plus sur son premier long, dont les héros sont deux ados qui ressentent les tensions postcoloniales

Jérémy Comte • Réalisateur de Paradise
(© Global Constellation)

Nous avons rencontré le réalisateur canadien Jérémy Comte pour parler de son premier long-métrage, Paradise [+lire aussi :
critique
interview : Jérémy Comte
fiche film
]
, présenté dans la section Panorama de la Berlinale. Le film, tourné entre le Canada et le Ghana, raconte l’histoire de deux adolescents originaires de ces deux pays, Tony et Kojo, dont les chemins vont s’entrecroiser au fil du récit.

Cineuropa : Il vous a fallu dix ans pour faire ce long-métrage. Pouvez-vous nous décrire la manière dont ça s'est passé ?
Jérémy Comte :
J’ai coécrit ce film avec Will Niava. Comme nous abordions un sujet assez complexe, il y avait beaucoup de recherches à faire. Nous nous sentions une responsabilité par rapport à ce que nous montrions, alors il fallait de toute façon prendre le temps nécessaire, mais réunir les financements a par ailleurs été très difficile. Paradise a été un film assez compliqué à financer pour son sujet, alors au début, je le finançais un peu moi-même. Nous n’avons eu aucune aide au développement. Je travaillais à côté sur des publicités, et je réinvestissais l’argent dans ce projet.

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Votre histoire se déploie à deux endroits du monde très différents. Comment s'est passé le tournage, sur le plan pratique ?
Je voulais impliquer autant que possible les communautés des deux endroits. Ainsi, au Québec, nous avons vraiment impliqué le monde du skate, puisque les amis de Tony sont des skateurs. Nous faisions des répétitions en amont, avec les répliques du scénario, pour que les phrases aient du sens dans leur argot. Nous avons ensuite fait la même chose au Ghana : nous avons travaillé avec beaucoup d’acteurs non professionnels, et travaillé le texte de la même manière. Je tenais vraiment à ce que leur manière de parler soit respectée et que le film sonne juste pour eux.

Au niveau du tournage à proprement parler, je me considère comme un réalisateur très visuel : mon chef opérateur et moi-même avons fait un repérage très poussé et combiné différents lieux, mais de manière à ce que le spectateur ne se rende pas compte de la distance qui pouvait les séparer en réalité. Parfois, un plan et son contrechamp étaient filmés dans des endroits totalement différents.

Vous dites que vous avez travaillé avec des acteurs non professionnels. Est-ce que cela a donné lieu à des modifications dans l'intrigue ?
Pendant l’écriture, Will et moi avons eu ensemble un terrible accident de moto. À l’hôpital, on nous a injecté de la kétamine. Au début, on s’est dit qu’on ne voulait pas mettre ça dans le film, mais comme cette expérience a tout changé pour nous, nous l’avons fait. Par ailleurs, nous avons tourné sans scénario la scène du sanctuaire, avec le spiritualiste, et de même pour la séquence avec les pêcheurs. Nous sommes vraiment partis en mer avec eux, et nous avons attendu que les choses se passent. Nous avons aussi soumis la scène de l’arrestation au CID, la police ghanéenne, et ils m’ont expliqué comment ça se serait passé en réalité, et j'ai suivi leurs conseils. Nous avons également essayé d’être authentiques dans la manière dont nous décrivions les arnaqueurs. Par exemple, le personnage de Prince s'inspire d'une vraie personne, mais le vrai est un peu plus paranoïaque. Il avait le mot "loyalty" tatoué en travers de la poitrine. J’ai trouvé ça follement ironique, dans la mesure où c'est un escroc, mais il était par ailleurs loyal avec son groupe. On a rencontré plein de types d’arnaqueurs différents, et chacun gère la situation à sa manière : certains sont dans le déni, d’autres se sentent extrêmement coupables, d’autres encore en viennent même à tomber amoureux de leurs victimes.

Un dialogue très intéressant sur le post-colonialisme intervient vers la fin du film. Considérez-vous que c’est le thème principal, ou est-ce que Paradise parle avant tout du manque d’une figure paternelle ?
Je pense que certains des éléments principaux du film viennent du fait que nous avons tous été trahis ou humiliés, notamment en amour, et que nous devrions tous essayer de comprendre l’autre côté. Il y a tellement de haine en ce moment dans le monde, et les gens ont l’impression qu’il faut choisir un camp. Notre objectif principal était donc de montrer qu'il peut y avoir de l’amour et de la compréhension même quand quelqu’un est en train de vous arnaquer, mais inévitablement, quand on travaille sur une histoire qui se passe entre le Canada et le Ghana, la question du post-colonialisme se pose. Les escrocs à qui nous avons parlé insistaient sur le concept pour justifier leurs actes ; ils en rejetaient la faute sur ce qui s'est passé autrefois. Nous voulions nous assurer que ce message ait été bien transmis quand arrive le moment fort où tout converge.

Quant au motif de la figure paternelle, je voulais qu’il unisse les deux personnages, qui deviennent ennemis au fil de l’intrigue mais qui sont tous les deux, au fond, mus par la même quête : cette recherche de vérité, profondément humaine. Je vois la notion de "paradis" à laquelle se réfère le titre comme une forme d’évasion, chaque personnage cherchant à atteindre un point où il pourra oublier sa douleur et les épreuves placées sur son chemin.

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(Traduit de l'anglais)

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