Ian de la Rosa • Réalisateur d'Iván & Hadoum
"L'Almérie et la représentation des personnes trans ont quelque chose à voir, dans le sens où l'Almérie non plus n'est pas beaucoup représentée au cinéma"
par Veronica Orciari
- BERLINALE 2026 : Le réalisateur espagnol réfléchit à la capacité qu'a l'amour de changer les gens et à la représentation de la communauté trans dans le cinéma contemporain

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interview : Ian de la Rosa
fiche film], projeté dans la section Panorama de la Berlinale et récompensé par le Teddy Award, revient pour nous sur les éléments clefs de la production de son film et de la représentation qu'il y donne de sa terre natale, l’Almería.
Cineuropa : Avant d’entamer le tournage, vous avez travaillé pendant deux mois avec les acteurs, sans scénario. Comme il s’agit de votre premier long-métrage, quels étaient les risques présentés par cette méthode, et quelle liberté vous a-t-elle offerte ? En quoi a-t-elle modifié le scénario originel ?
Ian de la Rosa : Pour moi, c’était une manière très naturelle de travailler : je l’avais déjà fait sur le court-métrage que j'ai réalisé avant et dans une pièce de théâtre où j’ai joué comme acteur, sans texte non plus (nous parlions directement au public). En tant que réalisateur et acteur, je crois que la liberté que cela offre est immense. Pour Iván & Hadoum, je savais que je voulais travailler ainsi, aussi bien avec Silver et Herminia (dont c'était la première expérience devant une camér) qu’avec les comédiens plus expérimentés qui entourent le personnage d'Iván : tout le monde a travaillé de cette manière. Cela a aussi été possible grâce à Mar Isern, qui a été coach d’interprétation et aussi coach d’intimité.
Le film parle d’identité, non seulement au sens d’identité sexuelle, mais aussi au sens d’identité au travail et au sein de la famille. Vous avez décrit le film comme un récit sur la force de l’amour, qui peut déclencher des révolutions. Avez-vous toujours imaginé l’amour comme une force positive et comme le centre de l’histoire ?
Pour moi, l’amour, ça a toujours été ça : deux personnes qui se rencontrent, nouent un lien et grandissent ensemble. Je l’ai abordé ainsi : il était évident pour moi que cet amour allait les transformer dans un sens positif. Ça a toujours été la première idée, mais il y a aussi le contexte et le lieu et le cadre professionnel dans lequel tout cela se passe qui jouent, et en l’occurrence, on est à Almería. C'est un environnement socioéconomique et socioprofessionnel dans lequel les opportunités sont rares. Après la première du film à Berlin, et après avoir vu la réaction du public, participé à des rencontres et rencontré la presse, j’ai commencé à me dire que le film avait bien plus de niveaux de lecture : qu'il n'y avait pas seulement l’amour, mais aussi l’identité, le travail, la famille et les attentes. Au bout du compte, je me suis rendu compte que nous avions écrit un scénario plus intersectionnel que nous ne le pensions.
En voyant le film, on a le sentiment d’assister à une tranche de vie. Ce réalisme surgit peut-être plus naturellement quand on travaille dans des lieux qu'on connaît intimement et qui sont chargés de souvenirs. Y a-t-il dans le film des éléments puisés dans vos propres souvenirs ? Comment avez-vous vécu l’expérience de transformer ces espaces réels en fiction?
Le film est entièrement fictionnel et il n’y a rien d’autobiographique, mais il est bien sûr très personnel. J’ai essayé d’y mettre toutes les réflexions que je m'étais faites et toutes les questions que je me posais sur l’amour, l’expérience trans et l’endroit où j’ai grandi, ainsi que les rares réponses que j'aie. Il était très important de faire ce portrait et de pouvoir porter un regard sur l'Almería qui, pour moi, a un lien fort avec la communauté trans dans le sens où elle est peu représentée au cinéma. On y tourne pourtant beaucoup de films : la région est très connue grâce aux westerns spaghetti et parce que c’est le lieu de nombreuses productions internationales – un jour, pendant notre tournage, nous avons vu la production du nouveau remake de La Momie. L'Almería joue souvent le rôle d'un autre endroit (le Mexique, la Syrie, etc.) et peut rarement être elle-même, de sorte qu'il me semblait très important d’obtenir cette représentation. Je pense que beaucoup de facteurs entrent en jeu pour y parvenir, et qu’ils ne s’alignent pas toujours. La manière de tourner et de répéter en est un, mais le casting, l’écriture et la mise en scène sont tout aussi fondamentaux. Tout est une combinaison d’éléments, en particulier le travail autour de l’intimité (qui a été un grand apprentissage) et la direction artistique, qui a su s’intégrer à l’ambiance de l’Almería et la rendre fidèlement. Dans mon idée, nous avons essayé d’être des caméléons.
Pourriez-vous partager quelque chose sur vos projets futurs?
Je prépare un scénario que j’ai écrit quasiment en parallèle d'Iván & Hadoum et nous espérons tourner d’ici un an. Je ne peux pas en dire davantage pour l’instant, mais des nouvelles arriveront bientôt.
(Traduit de l'espagnol)
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