email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

MÁLAGA 2026

Margherita Ferri • Réalisatrice de Il ragazzo dai pantaloni rosa

“La solution au harcèlement scolaire, c’est l’éducation, pas seulement au sein de la famille mais en tant que société”

par 

- La réalisatrice italienne nous parle de son deuxième long-métrage, qui traite de violence et d’homophobie ainsi que des inquiétudes liées à l’adolescence

Margherita Ferri • Réalisatrice de Il ragazzo dai pantaloni rosa

Nous avons discuté avec la réalisatrice italienne Margherita Ferri, qui prépare déjà son troisième long-métrage, Piercing, alors que son dernier en date, Il ragazzo dai pantaloni rosa [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Margherita Ferri
fiche film
]
, qui a remporté un franc succès dans son pays (où il est sorti en novembre 2024, distribué par Eagle Pictures), va arriver le 17 avril dans les salles espagnoles (avec Filmax), après un passage au Festival de Malaga, dont la prochaine édition est imminente, dans la section Mosaïque : Panorama international.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)
insularia_Josué

Cineuropa : Le film que vous préparez s'intéressera-t-il lui aussi à la jeunesse ?
Margherita Ferri : Oui, il s’intitule Piercing et raconte l’histoire de trois adolescentes. Cela fait des années que je travaille à l'écriture de ce film. Mes jeunes héroïnes sont issues d’un quartier populaire de Bologne (où nous avons tourné) et accumulent les problèmes, avec leurs parents comme avec leurs amis. Ce sont des trublionnes, chacune à sa manière, du genre à se percer elles-mêmes la lèvre dans la salle de bains, dans le cadre d’un pacte entre copines. Sauf que ce faisant, elles découvrent qu’elles ont d’étranges superpouvoirs. C’est une sorte de film de genre, mais tourné dans un style très naturel et réaliste. Il se situe entre le nouveau cinéma néoréaliste et le film de superhéros, car il y a un élément surnaturel dans ce quartier ouvrier.

Mais s’agit-il d’un récit autobiographique ou d'une fiction ?
Ce qui m'a inspiré Piercing remonte à l’époque où je tournais des documentaires, pendant laquelle j’ai rencontré des personnes de tous âges qui avaient vécu des vies très différentes, comme par exemple une adolescente enceinte – de fait, ici, une des héroïnes l'est aussi. Quant à l’élément surnaturel, c'est une métaphore de cet âge où l'on se sent invincible. Dans le film, je fais quelque chose de concret de cette impression de n’avoir aucune limite à laquelle nous pouvons tous nous rapporter. À l’adolescence, on met à l’épreuve les limites de sa vie, et on n’a pas peur de la mort.

Vous continuez donc à vous intéresser, dans votre cinéma, à l’adolescence, un moment très particulier de le vie où fait l'effet soit d'un grand drame, soit d'une grande fête…
Oui, à cet âge, on a sentiment que les possibilités sont infinies, mais c’est aussi effrayant, car le rapport à la mort qu'on a est complètement irréel. C’est une idée qui revient dans mes films. C’est fascinant, parce qu’on se sent invisible, de sorte qu'on ne craint pas les conséquences de ses actes. Dans Il ragazzo dai pantaloni rosa, qui s'inspire d'une histoire vraie, celle d’Andrea Spezzacatena, le héros ne mesure pas les conséquences réelles que peut avoir une tentative de suicide. Le film aurait pu être plus sombre, mais je ne voulais pas non plus qu'il soit nihiliste ou désespérant. Tous les personnages de mon nouveau film, comme ceux du précédent, ont en commun la magie de l’adolescence : la tendance à l'exagération, l’intensité absolue des sentiments. Quand on ressent quelque chose adolescent, c’est total, définitif. Comme ressort narratif, c’est attrayant, parce que les personnages adolescents permettent à l’histoire d'emprunter des voies qui, avec des personnages adultes, demanderaient à être davantage justifiées. Cet âge correspond au moment clef où l’on est en train de devenir une personne. C’est une étape que nous avons tous vécue et à laquelle nous pouvons nous rapporter. Les questions qu’on se pose à 15, 16 ou 17 ans sont les mêmes qu’on soit gay ou hétéro, qu’on soit enceinte ou qu'on pratique un sport de manière intensive. Les réponses changent, mais les questions identitaires qu'on se pose sont les mêmes.

Pourquoi avez-vous décidé de réaliser un film inspiré d'une histoire réelle aussi marquante que celle que raconte Il ragazzo dai pantaloni rosa ?
J’ai lu le projet parce que mon agent me l’a envoyé. La productrice avait acheté les droits du livre de Teresa Manes, la mère d’Andrea, et le scénario était déjà en cours d’écriture. L’idée n'est donc pas venue de moi, mais j’ai immédiatement su que je voulais réaliser ce film. Je me souviens quand c’est arrivé, en 2012 : je vivais à Rome, et comme je fais partie du collectif LGBTQI+, j'ai participé à une marche, à la mort d'Andrea. Cet événement a grandement contribué à changer la situation du mouvement pour les droits LGBTQI+ en Italie : il a fait bouger les consciences. Savoir qu’un garçon aussi jeune a décidé de mettre fin à ses jours parce qu’il était considéré comme "différent" était trop douloureux et inacceptable. Pour moi, il était important que le film soit réalisé par une personne qui ait le bon point de vue sur les choses. Il fallait respecter la douleur de Teresa, qui, depuis la mort d’Andrea, se bat pour sensibiliser les jeunes au harcèlement et à ses conséquences. C’est un film qui parle d’homophobie, mais surtout d’empathie.

Avez-vous dû modifier des éléments du livre pour l’adapter au cinéma ?
Oui. Le livre commence au moment où Teresa découvre son fils mort, alors que le film s'ouvre sur la naissance d’Andrea, qui n’a laissé ni note ni explications, ce qui ajoute à la tragédie. L'histoire est racontée de son point de vue et à la fin du film, quand on voit Teresa écrire le livre, la voix off passe d’Andrea à elle pour dire ce qu’elle pense qu’il s’est passé, même si elle n’en a pas la certitude.

Pourquoi avoir décidé de ne pas montrer le moment de la mort ?
Il était essentiel que le film parle de la vie d’Andrea, pas de sa disparition. Avant d’entrer dans la salle, on sait déjà comment le film se termine. Teresa voulait un film vivant et plein d’énergie, à l’image de son fils. C’est pour cela que c’est un film qui parle avant tout d’empathie : ce n’est qu’en développant de l’empathie pour les autres que nous pourrons construire la société dans laquelle nous voulons vivre.

Mais le harcèlement persiste aujourd’hui… pourquoi ?
C’est une violence psychologique, physique ou numérique. Elle naît de sentiments humains négatifs. Je n’ai pas voulu montrer le harceleur comme un méchant de science-fiction, mais comme quelqu’un qui est incapable de gérer ses propres sentiments, qu’il transforme en violence. La solution, c’est l’éducation, non seulement au sein de la cellule familiale, mais en tant que société : elle est plus nécessaire que jamais.

Les réseaux sociaux peuvent-ils aggraver ce problème ?
Tout espace social, numérique ou physique, influe sur l’identité des adolescents. Pour eux, un commentaire ou un "j’aime" peut être comme une balle en plein cœur, avoir le même effet qu’un coup de poing sur un terrain de football. Il est important que les adultes le comprennent.

Andrea était un garçon ultra-sensible. Pourquoi la sensibilité est-elle rejetée comme quelque chose d’exclusivement féminin par une certaine masculinité toxique ?
La division rigide entre le masculin et le féminin est un système d’oppression : elle ne reflète pas qui nous sommes vraiment, car nous sommes plus complexes. J’ai travaillé sur ce thème avec les jeunes acteurs, en particulier avec Samuele Carrino, qui joue Andrea, et Andrea Arru, qui joue Christian. Christian ne harcèle pas Andrea parce qu’il est méchant, mais parce qu’il a peur de la façon dont Andrea exprime ses sentiments et son identité. On ne sait pas si Andrea était hétérosexuel ou gay, et cela n’a pas d’importance. Ce qui compte là-dedans, c'est qu'il bousculait les attentes liées au genre. Le film parle moins d’homosexualité que de la remise en cause des attentes et des normes sociales en termes de genre.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'espagnol)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi

Privacy Policy